Pacifique
  • Marty Melville/AFP | Crée le 17.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 17.06.2019 à 04h25
    Imprimer
    Nouvelle-Zélande. Le gouvernement vientde renforcer l’arsenal législatif contre le vol de bétail. Ce fléau toucherait un quart des éleveurs.

    Ce ne sont pas des bêtes vivantes que les voleurs étaient venus chercher cette nuit-là sur les terres de Daniel Wheeler. Ils ont abattu les brebis sur place, prélevé des morceaux de viande et laissé un spectacle de sang.

    Le vol de bétail est devenu un tel fléau en Nouvelle-Zélande que le pays a durci sa législation.

    Le profil des voleurs est très divers, entre les particuliers qui enlèvent une ou deux bêtes pour remplir leur congélateur et les bandes organisées qui emportent tout un troupeau, quand elles ne transforment pas le champ en abattoir à ciel ouvert.


    Traumatisant

    Daniel Wheeler élève des moutons dans la campagne d’Ashburton, au sud de Christchurch. Et il ne s’est pas remis du spectacle de ses animaux massacrés en septembre 2017.

    « Il y avait des bêtes qui étaient sur le point de mettre bas et dont les fœtus avaient été retirés et abandonnés dans l’herbe. Avec les entrailles des cinq brebis qu’ils avaient abattues, c’est tout ce qu’il restait, se souvient-il. J’étais choqué. Et furieux. »

    M. Wheeler, qui gagne aussi sa vie grâce à une activité de détection de gestation par échographie, peut témoigner que les vols sont « remarquablement fréquents » : « Je visite 200 élevages par an et j’en entends tout le temps parler. »

    Certains voleurs sont équipés de lunettes de vision nocturne, d’appareils thermographiques pour repérer les bêtes dans la nuit, explique Miles Anderson, des Agriculteurs fédérés.

    Parfois, ce sont des centaines de bêtes emportées et revendues à des éleveurs peu scrupuleux ou à des abattoirs. Si la logistique est trop lourde, on abat et équarrit sur place.

    « Le matin, l’éleveur découvre les boyaux et la peau du mouton dans l’enclos, raconte-t-il. C’est très traumatisant, que ce soit ces actes de cruauté contre leurs animaux ou le fait de savoir que des voleurs armés sont venus en pleine nuit. Et cela alimente un sentiment d’insécurité. »

    Le groupement des Agriculteurs fédérés, principal syndicat agricole, affirme qu’un quart de ses membres ont été victimes de vol de bétail, pour un préjudice annuel total de l’ordre de 120 millions de dollars néo-zélandais (8,2 milliards de francs, 70 millions d’euros).

    L’agriculture est la première ressource du pays qui a exporté en 2018 pour 30 milliards de NZD de produits agricoles. Avec 4,8 millions d’habitants, l’archipel est un désert : tout juste 18 habitants au km2, mais compte pas moins de 27 millions d’ovins et dix millions de bovins.


    Sept à dix ans de prison

    Les vaches élevées pour la viande peuvent être vendues 1 300 NZD (89 500 francs) et les moutons 180 NZD (12 400 francs). On ignore les prix payés au marché noir. Mais, à en croire Harry Stanway, éleveur dans la région de Canterbury, sur l’île du Sud, ils sont suffisamment élevés pour encourager les vols.

    Le changement législatif implique que le vol de bétail est désormais passible de sept années de prison, et que le fait de pénétrer illégalement sur des terres agricoles avec l’intention de voler du bétail ou des machines agricoles est passible de 10 ans. « Cela donne à la police et aux tribunaux les moyens de punir les voleurs », estime le ministre néo-zélandais de la Justice Andrew Little.

    M. Anderson veut croire que le problème sera désormais pris à bras-le-corps.

    « Mais comme un paysan me disait récemment : si quelqu’un s’enfuit d’une bijouterie de la ville avec 70 000 dollars, la police réagira vite. Mais nos moutons, ça n’intéresse personne. »

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS