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  • La Dépêche de Tahiti | Crée le 14.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 14.06.2019 à 11h15
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    La venue de plusieurs membres du gouvernement polynésien a aussi été l’occasion d’apporter toutes sortes de marchandises.Photo La Dépêche de Tahiti
    Polynésie française. Une délégation gouvernementale s’est rendue la semaine dernière à Maiao. La population, peu gourmande, n’a que deux souhaits : disposer d’eau potable et d’électricité.

    L’arrivée au début du XXe siècle d’un commerçant peu scrupuleux s’étant approprié des terres pour rembourser les dettes des habitants dans son magasin a marqué l’histoire de Maiao. Chat échaudé craignant l’eau froide, depuis, aucun étranger n’est autorisé à poser le pied sur l’île. Les règles se sont un peu assouplies, mais même les représentants du pays ne peuvent passer la nuit à terre.

    Néanmoins, c’est avec plaisir que la population de l’île reçoit des visiteurs. Ce fut le cas la semaine dernière, avec la venue d’une délégation du gouvernement polynésien menée par Édouard Fritch.

    Les attentes des habitants sont peu nombreuses mais vitales. Pour Tama Ina, infirmier de l’île, « le plus important, c’est l’eau et l’électricité. C’est tout. L’eau de pluie est récupérée dans une citerne et elle n’est pas potable. J’ai souvent des gens malades à cause de cela. »

    De l’énergie hybride

    Les deux dossiers ont été abordés par le gouvernement. Pour l’eau, la commune va, comme à Bora Bora, faire intervenir des experts qui, par hélicoptère, pourront identifier le stock de la lentille d’eau de l’île.

    « Il ne faut pas exploiter une ou deux fontaines d’eau où les gens viennent tous les jours. Il faut que des conduites soient tirées », indique Edouard Fritch. L’électricité, elle aussi, pourrait faire son apparition dans les foyers de l’île. Un chantier qui représente des années de discussions. Mais aujourd’hui la population semble prête à faire le grand saut. « D’après les enquêtes menées par la commune, les gens sont prêts à payer mais ils estiment qu’au-delà de 10 000 francs, cela ne pourra pas marcher », explique le président du Pays.

    La commune a fait le choix d’une énergie hybride avec l’installation de panneaux solaires, mais des études doivent d’abord être menées pour recenser les réels besoins en kilowatts, puis avoir les accords des propriétaires terriens pour l’installation des poteaux. Une perspective qui traduit peu à peu l’ouverture de l’île vers l’extérieur. Les 25 règles pour les étrangers arrivant à Maiao s’assouplissent, et la population n’est plus si réfractaire au monde extérieur.

    Prendre son temps

    « Cette interdiction n’est plus une bonne chose, confie Tama Ina. Mais il faut que les gens respectent notre vie. Par exemple, on n’a pas l’habitude que les gens se promènent sur la route en bikini. S’ils veulent faire ça, ils peuvent le faire à la plage. Des touristes viennent deux à trois fois par semaine mais ils ne passent pas la nuit à terre, ils retournent sur leur bateau. » En plus de ces visiteurs de passage, un prestataire de Moorea propose également depuis peu des journées de découverte sur l’île. Pour que ce nouveau type de ressources profite au plus grand nombre, la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, a invité la population à monter un comité du tourisme. Mais à l’image du quotidien paisible de ses habitants, l’île ne veut pas être brusquée.

    « Nous avons une perception très modernisante des choses. On a envie que les choses aillent vite. Ici, ils prennent le temps. Il faut respecter cela. Je suis originaire des îles et je pense que ce n’est pas la peine de se presser pour ensuite devoir revenir en arrière. En général, ça coûte plus cher », a rappelé Edouard Fritch.

    Un repli qui favorise la déscolarisation

    Une cinquantaine d’élèves du collège d’Afareaitu de Moorea ont profité du voyage pour découvrir l’île. L’occasion de voir un autre monde car ici, sans Internet, l’on vit du coprah, du pandanus et l’eau est rare. En remerciement, ils ont proposé aux habitants une chorégraphie apprise à l’école. 

    « Nous étions sept en CM2 à Maiao, seuls quatre sont partis au collège Afareaitu à Moorea. Certains ne voulaient pas quitter leurs familles. Pour d’autres, c’est la famille qui ne voulait pas, mais c’est quand même nous, les enfants, qui décidons », raconte une jeune fille de l’île.

    Ses chiffres ne sont pas des statistiques officielles, mais ils illustrent le problème de la déscolarisation des enfants de Maiao. « Je ne vois pas beaucoup mes parents, je reviens juste pour les vacances. Mais après le collège, je veux continuer au lycée. Après, par contre, je reviendrai vivre ici parce que c’est mon île. Ici, j’aime tout : la mer, les balades. Par rapport à Moorea, que je ne connais pas trop, ici je connais tout, je sais où je vais », poursuit la collégienne.

    Prise en charge

    Un attachement viscéral des jeunes pour l’île que reconnaît également Tama Ina, l’infirmier. « Le problème, c’est que les enfants d’ici n’ont pas l’habitude d’aller à Papeete ou à Moorea, ils sont habitués à rester à côté de leurs parents. Et les parents n’ont pas envie de les envoyer, ils veulent voir ce que font leurs enfants. Ils sont comme ça ici. »

    Un sentiment somme toute logique mais qui s’oppose à l’obligation de scolariser ses enfants jusqu’à l’âge de 16 ans.

    John Toromona, élu de Moorea et membre du conseil d’administration du collège Afareaitu, a réuni les parents pour leur rappeler leurs obligations ainsi que tous les moyens mis en œuvre, le logement et le transport des enfants de l’île étant intégralement pris en charge.

     

    Repères

    Matériaux de construction

    A l’occasion de la venue de la délégation gouvernementale à Maiao, du matériel a été déchargé sur l’île : des citernes, des poutres de bois, du ciment ou des parpaings destinés à l’amélioration de l’habitat pour un total de 16 millions de francs.

    Future navette

    C’est un serpent de mer, un projet évoqué maintes fois qui peine à aboutir. Sous-dimensionnée, avec seulement 12 places et une consommation de 1 000 litres de carburant par traversée, la navette, seul lien entre Maiao et le reste du monde, ne répond plus aux besoins de la population.

    Un premier projet - un navire de 60 places - a été présenté et refusé par le pays en raison de son surdimensionnement. Un nouveau dossier est en cours avec un bateau capable d’accueillir 30 passagers et adapté aux évasan les moins urgentes. D’un coût estimé à 100 millions de francs, cette navette devrait être financée par l’Etat et le pays qui a donné son accord de principe.

    Elle pourrait assurer ses premières liaisons en 2020.

    Comme celle qui assure aujourd’hui la liaison Maiao/Moorea, elle permettra également l’envoi du pandanus de l’île et le transport des marchandises.

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    Vendredi 14/06/2019
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