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  • ENTRETIEN AVEC Kamali Fitialeata, directeur de l'Académie fédérale de football féminin
    Propos recueillis par Fabien Lefranc | Crée le 07.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 07.06.2019 à 09h33
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    Avec l’Académie fédérale qu’il supervise et qui a ouvert au mois de février, Kamali Fitialeata veut démontrer que « le football féminin a toute sa place dans l'Océanie ». Photo FCF
    Ancien sélectionneur des Cagoues, le conseiller technique de la Fédération calédonienne de football voit d’un très bon œil le début de la Coupe du monde en France. Une vitrine bienvenue pour un sport qui s’inscrit de plus en plus dans le paysage local.

    Les Nouvelles calédoniennes :

    Est-ce que le football féminin est arrivé récemment en Calédonie ?

    Dans les années 2000, j'étais éducateur au club du Mont-Dore. Il y avait des filles qui traînaient autour des terrains de football, des grandes sœurs et des mamans aussi. Il y a eu la volonté de la Fédération calédonienne de faire quelque chose pour ces jeunes filles qui arrivaient comme ça et qui tapaient dans le ballon sans vraiment de cadre. J'ai découvert aussi qu'une équipe féminine de la Calédonie avait participé à une coupe d'Océanie au début des années 1980, peut-être 1983… Mais selon moi, le vrai engouement est arrivé avec les Jeux du Pacifique de 2011.

    Quelle est la situation du football féminin aujourd'hui sur le Caillou ?

    Je ne sais pas si c'est la Nations Cup (la Coupe d'Océanie des nations qui se déroulait au mois de novembre dernier, NDLR), les Jeux du Pacifique ou la Coupe du monde en France, mais il y a quelque chose qui est en train de naître. Les clubs locaux ont vu leur nombre de licenciées augmenter. Au Mont-Dore, qui vivait avec une quinzaine de filles, elles sont actuellement 30. Le club de Magenta, qui s'était éteint l'année dernière, a remis une équipe en place avec plus de 20 licenciées.

    Je nuance quand même un peu parce qu'à l'approche des Jeux du Pacifique, on sent que les filles veulent venir pour y participer. C'est un rendez-vous très important pour le pays et donc on sent quelque chose de supplémentaire. Par exemple, il y a des dirigeants de clubs qui ne veulent s'occuper que des féminines.

    Donc le foot féminin est en pleine phase de structuration ?

    Oui, ça se structure. Maintenant, il faut faire attention à l'envie qu'il peut y avoir de créer de nouveaux clubs. Mon rôle, c'est de dire qu'il y a des clubs qui existent déjà, avec une organisation interne qui est solide, une bonne assise. Il suffit de créer à l'intérieur une section féminine. La partie administrative vient vite alourdir tout ça. Et par rapport aux aides des provinces, ça éviterait qu'elles soient dispersées, ça serait plus ciblé. On a aussi l'exemple du club de l'Asaf (Association sportive Academy féminine) qui apporte une nouvelle vision dans le paysage du football calédonien. C'est un club entièrement féminin, ça répond à des besoins de ne jouer qu'entre elles.

    Si elles veulent que le foot féminin explose ici en Calédonie, il faut qu'il y ait des responsables féminines. 

    Quelles sont les spécificités locales du football féminin ?

    On a encore des difficultés par rapport à notre société. Pour la femme, le football n'est pas censé être sa pratique première, son rôle, c'est d'être à la maison, faire d'autres choses… La médiatisation du foot féminin change ça petit à petit. Sur Nouméa, c'est un peu plus facile, les jeunes filles n'ont pas le même rôle que dans les tribus. Elles ont un peu plus de facilités pour faire du football. Mais j'observe que dans le Nord et les îles, les possibilités sont plus nombreuses maintenant.

    Les femmes ont le droit de venir jouer au football et si elles veulent que le foot féminin explose ici en Calédonie, il faut qu'il y ait des responsables féminines qui s'occupent du développement, de la promotion. C'est là que c'est le plus dur. Il faut qu'elles s'investissent encore plus dans leur pratique, qu'elles occupent les rôles principaux, dans l'administration, l'organisation, le coaching…

    Quel est le potentiel ici en termes de niveau ?

    Je pense qu'avec les qualités qu'elles ont… On a le potentiel d'amener des jeunes filles à la porte des grands clubs en France, et pourquoi pas en équipe de France. Avec l'Académie, notre premier rendez-vous est en 2021, avec les qualifications pour la Coupe du monde. J'estime qu'on a trois ans de travail avec ces jeunes filles-là pour les amener le plus haut possible. On va nous attendre au tournant. En tout cas, à l'Académie, on commence à voir un effet : les parents viennent taper aux portes, “quand est-ce qu'on peut mettre notre fille ???. Au début, on n'avait pas trop de candidates, là, il va falloir rétrécir la porte d'entrée. On va faire des détections, des présélections.

    La Coupe du monde en France est un coup de projecteur sur ce sport. Est-ce un tournant pour le football féminin ?

    J'y crois. Je veux y croire. À l'Académie, on va tout faire pour que les filles voient un maximum de matchs, qu'elles voient le niveau qu'on recherche, les exigences du haut niveau. Une compétition comme ça, ça va leur permettre de s'identifier à des joueuses, d'avoir des modèles, de voir à quoi ça ressemble. On va essayer de diffuser les matchs sur grand écran entre nous à l'Académie.


    13,8

    c’est la proportion de femmes parmi les licenciés en Calédonie (1 428 sur 10 340). En Métropole, la moyenne est de 7,6 %.

    Repères

    L’éclosion derrière la Papouasie

    Présentes aux trois dernières éditions des Jeux du Pacifique, les footballeuses du Caillou possèdent à leur palmarès deux médailles d’argent remportées en 2011 et 2015. Les deux fois, elles se sont inclinées en finale face aux Papoues qui font office d’épouvantail dans la zone.

    L’Asaf, estampillée 100 % féminine

    L’Association sportive Academy féminine est le « bébé » de deux footeuses, Coralie Bretegnier et Christelle Wahnawé, créée en 2017 et lancée début 2018. « Lorsqu’on est revenues de Métropole en 2016, on a fait le constat simple que les équipes féminines n’étaient pas forcément mises en avant », explique la première. Avant d’ajouter que « les choses sont en train de changer ». Coralie est d’ailleurs pressentie pour prendre en charge très prochainement la sélection des U19. L’association se veut exclusivement à destination des femmes et s’est positionnée sur différents axes, avec un côté sportif (l’équipe senior de l’Asaf est invaincue depuis un an et demi), un côté scolaire et éducatif (aides aux devoirs, prévention…), et un côté insertion professionnelle. Pour plus d’informations, contacter le 84 80 25 ou aller sur la page Facebook « Académie féminine Asaf ».

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