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  • Fabien Lefranc / fabien.lefranc@lnc.nc | Crée le 20.06.2019 à 06h56 | Mis à jour le 20.06.2019 à 06h56
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    Peato Mauvaka « a une grosse présence physique » et « représente les joueurs de rugby qu'on veut avoir », dixit le sélectionneur de l’équipe de France, Jacques Brunel. Photo AFP
    RUGBY. Peato Mauvaka, 22 ans, figure sur la liste des 31 joueurs convoqués en équipe de France pour disputer la Coupe du monde au Japon, du 20 septembre au 2 novembre. Une ascension fulgurante pour le talonneur du Stade Toulousain.

    En l’espace de huit mois, Peato Mauvaka est passé des joies d’un premier essai en Top 14 le 3 novembre 2018 face à Bordeaux- Bègles (victoire 40-0), suivi d’une première titularisation en championnat le 24 novembre à Pau (victoire 15-13), à celles d’un premier Bouclier de Brennus le week-end dernier, obtenu face à Clermont (victoire 24-18), suivi d’une première convocation en Bleu pour prendre part à la Coupe du monde au Japon. Dit tout à la suite, l’enchaînement des événements paraît irréel. « C’est comme un rêve devenu réalité pour lui, glisse Alexandre Manukula, coéquipier en club cette saison et originaire lui aussi de Dumbéa. Il a travaillé pour. J’étais avec lui dans la voiture quand il a appris qu’il était dans les 65 (joueurs suivis pour le Mondial, une liste avait été communiquée mi-mai, NDLR). Il avait les larmes aux yeux. »

    Loin d’être étranger au maillot bleu, le gars de Katiramona — pur produit de la formation toulousaine, débarqué en 2012 à l’âge de 15 ans sous la houlette d’Abraham Tolofua — a connu toutes les équipes de France jeunes, d’un titre de champion d’Europe en 2015 avec les moins de 18 ans jusqu’à une participation au Tournoi des Six Nations et à la Coupe du monde en 2016 avec les moins de 20 ans (10 rencontres disputées, dont 4 comme titulaires, avec 4 essais inscrits).

    Troisième talonneur

    Au Stade Toulousain, sa première feuille de match intervient en décembre 2016 face aux Zebre italiens en Coupe d’Europe. Puis deux blessures, à l’ischio-jambier gauche et aux ligaments d’un genou, freinent sa progression et l’éloignent des terrains. Jusqu’à ce qu’une autre histoire de blessures ne le propulse sous les feux des projecteurs.

    Cantonné en début de saison à des entrées en jeu au sein d’un Stade toulousain déjà outrageusement dominateur, Peato profite du Tournoi des Six Nations à partir de janvier pour glaner des titularisations en championnat. Dans la foulée, les deux talonneurs au-dessus de lui dans la hiérarchie des Rouge et Noir, le Français Julien Marchand et l’Italien Leonardo Ghiraldini, se retrouvent sur la touche, gravement blessés.

    Conséquence : à partir de fin février, il enchaîne 12 matchs dont 11 dans le XV de départ. Avec une demifinale de Coupe d’Europe face au Leinster et surtout un titre de champion de France au bout. Son profil attire l’attention de Jacques Brunel au meilleur des moments. Le voici en équipe de France, là encore dans la peau du 3e talonneur, derrière le capitaine Guilhem Guirado (Montpellier, ex-Toulon) et Camille Chat (Racing 92), qui ne demande qu’à sortir du banc pour faire ses preuves. Une trajectoire qui a de quoi laisser rêveur. Même si le plus dur reste à venir : s’inscrire dans la durée.


    « Je m’assure qu’il n’oublie pas d’où il vient et qui il est »

    Kolopa Mauvaka s’est renseignée pour aller au Japon, mais « tous les hôtels sont pleins ». Photo F.L.

     

    Elle devra patienter un peu avant de revoir son fils à la maison. « Il était censé rentrer en juillet, ce sera en novembre finalement », glisse Kolopa Mauvaka à propos du 4e enfant de la fratrie. La mère de Peato est comme beaucoup de mères : quand on la lance sur le sujet de son fils à peine champion de France et déjà appelé en Bleu, elle est intarissable.

    « Je dois vous saoûler avec tout ça », rigole-t-elle en conclusion d’un des nombreux récits qui émaillent la discussion.

    Celle qui avoue « ne pas être rugby » estime que le « meilleur moment des matchs, c’est la fin ». La finale du Top 14, dimanche dernier à 6 heures du matin, elle l’a regardée du coin de l’oeil, allongée dans la chambre à écouter les commentaires de la télévision à côté. « S’il n’est pas blessé, c’est le principal. S’il marque un essai, s’il joue comme il le sent même s’il n’y a pas le résultat voulu, c’est magnifique. » Le parcours de Peato la rend très fière et la matriarche aurait souhaité que son mari Patita, décédé brutalement en décembre, soit là pour voir la chose « de ses yeux ».

    « Rien dans les jambes »

    C’est ce dernier qui a poussé son plus jeune fils à suivre ses frères, notamment l’aîné Kevin qui jouait à l’URC Dumbéa, pour tâter du ballon ovale. On est en 2011 et déjà à l’époque, les choses s’accélèrent d’un coup. Peato est repéré par le Stade Toulousain et son émissaire Abraham Tolofua. Les parents vont en Métropole en janvier 2012 pour acter l’installation de l’adolescent. « Il n’avait rien dans les jambes, il ne connaissait rien au rugby, souligne Kolopa. Ça a été une chance qu’Abraham s’occupe de lui (Peato a été hébergé chez lui les 3 premières années, NDLR). C’était courageux de le prendre. »

    Courageux aussi de le laisser partir. « Jusqu’au dernier moment, je n’étais pas sûre de le laisser là-bas. Ça s’est fait contre mon gré. Je le couvais trop, je pense qu’il a voulu s’éloigner. Et puis ici, c’est l’alcool, la délinquance, le rien… S’il était revenu et que ça avait mal tourné, je m’en serais voulu. » « Peato, c’est un petit clown, poursuit la maman. Il est soupe-au-lait également, susceptible. Je m’efforce de le cadrer, on s’écrit presque tous les jours. Je ne suis pas du genre à le caresser dans le sens du poil. C’est important de ne pas prendre la grosse tête. Je m’assure qu’il n’oublie pas d’où il vient et qui il est. » Les grandes réunions familiales sont l’occasion de remettre les choses et les gens à plat. La prochaine sera donc en novembre. D’ici là, Peato aura peut-être décroché sa première sélection.

     

    Brunel : « C’est une histoire incroyable »

    « C'est une histoire incroyable ! […] Il s’est révélé totalement. Il est dans le profil recherché avec cette capacité à se déplacer, des appuis, de la vivacité et cette faculté à gagner des duels. C’est une surprise, j’espère que ce sera une bonne surprise », a déclaré mardi soir le sélectionneur Jacques Brunel, lors de la conférence de presse qui a suivi l'annonce des 37 joueurs retenus pour la Coupe du monde (31 + 6 réservistes).

     

    Repères

    Saison remplie à partir de novembre

    Peato Mauvaka a débuté avec les pros toulousains à partir de la 8e journée de championnat pour ne plus quitter le groupe ensuite. Il a disputé 24 matchs toutes compétitions confondues, pour 14 titularisations (58 %). Il a joué cette saison plus de 1 000 minutes.

    Un bon lanceur discipliné

    Peato (1,84 m pour 124 kg) se révèle adroit sur les touches avec 84 % de réussite aux lancers. Il n'a récolté qu'un seul carton jaune cette saison, lors de la 11e journée de Top 14 (victoire 49-20 face au Stade français).

    « Potentiel rare » selon Servat

    L'entraîneur des avants du Stade Toulousain, qui intégrera le staff du XV de France après la Coupe du monde, parlait du Calédonien dans nos colonnes, miavril, comme d'un joueur « rapide, explosif… un potentiel rare ». Tout en nuançant : « Peat’ a besoin de pratiquer, d’engranger de l’expérience. On a eu besoin de travailler sur son lancer en touche, et il a franchi une nouvelle étape il y a deux ou trois mois. Il lui faut davantage de régularité pour devenir le leader qu’il doit être. »

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