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  • En Métropole, Gilles Caprais | Crée le 20.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 20.04.2019 à 04h25
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    Rugby. A 22 ans, le talonneur formé à Dumbéa avance discrètement, mais à pas de géant : déjà titulaire en quarts, il sera très probablement aligné d’entrée de jeu ce week-end, en demi-finale de Coupe d’Europe.

    Numéro 3 dans la hiérarchie des talonneurs en début de saison, Peato Mauvaka est désormais titulaire à l’heure où le Stade toulousain joue pour une finale de Coupe d’Europe. Les blessures de Julien Marchand et Leonardo Ghiraldini lui ont offert une chance en or, encore fallait-il la saisir. Pour le match le plus important de sa jeune carrière, il y a trois semaines, le talonneur formé à l’URC Dumbéa a su dominer son stress.

    « J’avais beaucoup d’appréhension. La veille, j’ai eu beaucoup de mal à dormir, avoue-t-il. Mais une fois entré sur le terrain, j’étais libéré. » Les joueurs du Racing 92 s’en sont aperçus : les puissantes charges, les lancers en touche impeccables de Peato ont contribué à la victoire sensationnelle des rouges et noirs en quarts de finale, le 31 mars. Sa prestation a récolté une poignée de félicitations appuyées, dont celles de son entraîneur, William Servat (lire ci-dessous).


    « Envie d’en jouer d’autres »

    « Je me sens bien mais je peux être encore meilleur, je pense », commente sobrement le solide première ligne (1,84 m pour 124 kg), dont la modestie est louée par ses coachs, à Toulouse comme à Dumbéa. « C’est un petit mec très réservé, très timide », apprécie Soane Neti, qui l’a entraîné à l’URCD avant son départ, en 2012. « Il a beaucoup gagné en maturité depuis qu’il a intégré l’équipe professionnelle », salue-t-il, ému par la persévérance d’un jeune homme touché par la perte récente de son père et par de sérieuses blessures qui ont bloqué sa progression, après des débuts encourageants avec les pros lors de la saison 2016-2017.

    A peine débarrassé d’une désinsertion de l’ischio-jambier gauche, Peato Mauvaka a connu la terrible et classique rupture des ligaments croisés. Les médecins ont choisi de ne pas opérer. « J’ai mis beaucoup de temps à revenir. Et maintenant, ça me fait vraiment plaisir d’enchaîner les matchs. » Ce premier match à élimination directe lui a « donné envie d’en jouer d’autres ».


    Dans les pas de Suta

    Il sera servi dès demain (lundi à 0 h 15, heure de Nouméa), et de quelle manière : le Stade toulousain se déplace chez le champion d’Europe en titre, le Leinster. Ces deux poids lourds du rugby européen se sont déjà rencontrés deux fois cette année : les Irlandais ont échoué d’un rien à l’aller (28-27) avant d’étouffer les Français (29-13) au match retour, à Dublin. La marche est haute mais Peato Mauvaka et ses partenaires peuvent nourrir de sérieux espoirs au regard de leur saison, quasi parfaite. Si le Stade toulousain remportait la Coupe d’Europe, Peato Mauvaka deviendrait le second Calédonien à soulever le trophée, un exploit réalisé à trois reprises par Jocelino Suta, vainqueur avec Toulon de 2013 à 2015.

    Savoir +

    Leinster - Toulouse sera diffusé en direct sur NC la 1re (et sur France 2 via le site internet de France Télévisions) lundi à 0 h 15.

    Repères


    En bleu chez les grands ?

    « L’équipe de France a un œil sur lui », rappelle Soane Neti, son ex-entraîneur à Dumbéa. Sélectionné chez les moins de 18, 19 et 20 ans, Peato Mauvaka a remporté le championnat d’Europe U18, en 2015. En bleu, il a côtoyé plusieurs autres joueurs d’origine wallisienne, comme Mickaël Simutoga ou Emerick Setiano.


    Le Pacifique en force à Toulouse

    William Servat estime que Peato Mauvaka est « un peu en avance » sur les piliers Rodrigue Neti et Paulo Tafili, ainsi que sur le 2e ligne Alexandre Manukula, les autres Dumbéens qui font partie de l’effectif professionnel du Stade toulousain. Si ces derniers ne devraient pas être sur la feuille de match contre le Leinster, un autre joueur d’origine wallisienne a de très bonnes chances d’y figurer : Selevasio Tolofua, neveu d’Abraham, devrait être aligné en 3e ligne.


    Un Calédonien impliqué

    « Quand ils viennent en vacances, je demande à ceux qui sont partis en Métropole de passer au stade, voir les plus jeunes, leur parler. Peato le fait naturellement, il est impliqué », apprécie Soane Neti, le coach de l’URC Dumbéa.

    Le point de vue de... William Servat, entraîneur des avants du Stade toulousain

    P

    En quart de Coupe d’Europe, contre le Racing 92, Peato Mauvaka nous a beaucoup impressionné. Qu’avez-vous pensé de sa prestation ?

    Il a fait une grosse partie. Mais, finalement, rien qui me surprenne. Peat’ est l’un des plus gros potentiels français à son poste. Au Stade, il a eu besoin d’une période d’adaptation, comme beaucoup de joueurs qui viennent de Calédonie. Aujourd’hui, il a pris conscience de ses capacités.

    Etiez-vous inquiet au moment de titulariser un aussi jeune joueur à ce poste clé ?

    On est toujours plus rassuré avec un talonneur expérimenté. Mais honnêtement, s’il n’avait pas été blessé la saison dernière, on aurait pu le mettre sur la feuille de match, même sans l’absence des deux internationaux (Julien Marchand et Leonardo Ghiraldini, NDLR).

    Que lui avez-vous dit juste avant le match ?

    De ne pas tenter le geste impossible. Il est très performant dans sa maîtrise de balle, mais il faut savoir rester maître de ses nerfs pour éviter la passe dangereuse.

    Comment jugez-vous ses capacités physiques ?

    L’an dernier, j’ai eu le tort de penser qu’il pourrait déjà exister, alors qu’il pesait 134 kilos. Aujourd’hui, il pèse près de 120 kg, il est rapide, explosif...c’est un potentiel rare.

    Que doit-il encore travailler ?

    Peat’ a besoin de pratiquer, d’engranger de l’expérience en jouant des matchs de phase finale. On a eu besoin de travailler sur son lancer en touche, et il a franchi une nouvelle étape il y a deux ou trois mois. Il lui faut davantage de régularité pour devenir le leader qu’il doit être.

    Propos recueillis par G.C.

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