• © 2019 AFP | Crée le 18.03.2019 à 22h25 | Mis à jour le 18.03.2019 à 22h30
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    Le cardinal français Philippe Barbarin et le pape François au Vatican le 11 novembre 2016 ALBERTO PIZZOLI-AFP/Archives

    Le pape François a reçu lundi matin au Vatican le cardinal Philippe Barbarin, plus haut dignitaire catholique français, venu lui présenter sa démission après sa condamnation à six mois de prison avec sursis pour non dénonciation des abus sexuels d'un prêtre.

    La rencontre privée s'est déroulée en toute discrétion lundi matin, a confirmé officiellement le Vatican en publiant les rendez-vous du jour du pape. En fin de matinée, le cardinal a été aperçu et photographié par un vaticaniste italien, marchant dans les jardins de la Cité du Vatican.

    Le pape argentin a longtemps pris personnellement la défense du cardinal français. En 2016, il avait ainsi estimé qu'une démission avant l'issue d'un procès serait "un contresens, une imprudence".

    François pourrait se donner plusieurs semaines avant d'accepter ou non la démission.

    Archevêque de Lyon depuis 2002, cardinal depuis 2003, primat des Gaules (titre honorifique conféré à l'archevêque de Lyon depuis le XIe siècle), Mgr Philippe Barbarin est considéré comme le plus haut dignitaire de l'Eglise de France. Si sa démission est acceptée, il deviendra "évêque émérite" de Lyon et restera cardinal.

    Mgr Barbarin, 68 ans, un âge prématuré dans l'Eglise pour démissionner, a été condamné le 7 mars à six mois de prison avec sursis pour ses silences sur les agressions pédophiles imputées par des scouts au père Bernard Preynat dans les années 1980/1990 et dont il avait été informé par une victime en 2014.

    Le cardinal a martelé durant le procès n'avoir "jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles". Mais le jugement l'accuse d'avoir choisi de ne rien dire aux autorités françaises "pour préserver l'institution" de l'Eglise, empêchant ainsi "la découverte de très nombreuses victimes d'abus sexuels par la justice".

    Si Mgr Barbarin souhaite démissionner pour apaiser son diocèse, où sa présence est désormais difficilement tenable, il a fait en revanche appel de sa condamnation.

    - Attendre l'appel? -

    Le pape, décidé à placer les évêques devant leurs responsabilités individuelles et collégiales face aux scandales, tranchera-t-il sans attendre l'issue de l'appel?

    "Aucun abus ne doit jamais être couvert, comme ce fut le cas par le passé, et sous-évalué", avait lancé fin février François, après un sommet inédit sur les abus sexuels sur mineurs, rassemblant 114 présidents de conférences épiscopales du monde entier.

    Les avocats du cardinal Barbarin ont rédigé une note juridique sur sa condamnation, exposant les perspectives d'un jugement en appel. Un document traduit en espagnol à l'attention du pape argentin.

    "C'est le cardinal qui jugera utile de la transmettre au Saint-Père", avait précisé avant la rencontre son avocat Me André Soulier.

    En octobre, François a accepté avec réticence, et après trois semaines de réflexion, la démission du cardinal américain Donald Wuerl, archevêque de Washington soupçonné par un jury populaire d'avoir étouffé un vaste scandale d'agressions sexuelles en Pennsylvanie (nord-est des Etats-Unis).

    Le prélat américain de 77 ans, qui clame avoir agi "dans l'intérêt des victimes" et a été loué par le pape, n'était pas sous le coup d'une condamnation comme le cardinal français.

    - Nonce dans la tourmente -

    L'affaire Barbarin tombe à un moment délicat des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège.

    Le parquet de Paris vient de demander la levée de l'immunité diplomatique du nonce apostolique (ambassadeur du Saint-Siège) en France, Mgr Luigi Ventura, pour l'auditionner dans une enquête pour "agressions sexuelles". Le ministère français des Affaires étrangères devra décider de relayer ou non cette demande auprès du Vatican.

    La justice a enregistré une quatrième plainte, s'ajoutant à celles déposées par trois hommes qui reprochent à l'évêque de 74 ans des mains aux fesses appuyées.

    Début mars, la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau avait dit attendre du Vatican qu'il prenne ses "responsabilités".

    Pour compliquer la donne, la France n'a toujours pas proposé un remplaçant à son ambassadeur auprès du Saint-Siège, parti à la retraite voici huit mois et demi, même si l'intérim est assuré par son chargé d'affaires Yves Teyssier d'Orfeuil.

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