• © 2018 AFP | Crée le 06.12.2018 à 14h46 | Mis à jour le 06.12.2018 à 14h50
    Emmanuel Macron, au sommet du G20 Buenos Aires le 1er décembre Ludovic MARIN-AFP/Archives

    L'exécutif s'évertue encore jeudi à convaincre qu'il a entendu et compris la "colère insaisissable et incontrôlable" des "gilets jaunes", à deux jours d'une nouvelle mobilisation qui fait craindre une explosion de violence.

    Des dizaines d'appels à manifester samedi à Paris se concurrencent sur les réseaux sociaux, donnant pour la plupart rendez-vous sur les Champs-Elysées, qui a été le théâtre de scènes d'émeutes le 1er décembre.

    L'Elysée craint "une très grande violence" samedi, a déclaré le palais présidentiel mercredi soir, peu après que le gouvernement avait fait un geste qu'il espère décisif en renonçant "pour l'année 2019" aux augmentations de taxes sur les carburants, ce qui était la revendication à l'origine du mouvement des "gilets jaunes".

    Jeudi, le Premier ministre Edouard Philippe poursuit au Sénat un débat engagé mercredi à l'Assemblée pour défendre les mesures prises en urgence: outre l'annulation pour l'heure de la taxe carbone, il s'agit d'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité cet hiver, et du renoncement à durcir le contrôle technique automobile avant l'été.

    Édouard Philippe a également jugé "nécessaire" un débat sur la réforme de l'Impôt sur la fortune (ISF) - que le président Emmanuel Macron exclut de remettre en place.

    Toutes ces annonces répondent à des demandes des "gilets jaunes". Mais pour près de huit Français sur dix (78%), les annonces du gouvernement ne répondent pas aux attentes exprimées par les "gilets jaunes", selon un sondage Elabe diffusé mercredi, alors qu'il n’était question que d'un moratoire de six mois. Le chef du gouvernement n'a pu que reconnaître mercredi que la "colère est demeurée insaisissable et incontrôlable".

    Le président Emmanuel Macron, cible de toutes les critiques sur les points de blocage, a demandé de son côté solennellement aux partis politiques, aux syndicats et au patronat "de lancer un appel clair et explicite au calme".

    "Ce qui est en jeu, c'est la sécurité des Français et nos institutions", a relayé devant les députés Edouard Philippe: "Tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes et citoyens, seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent."

    L'exécutif redoute avant tout une nouvelle explosion de violences ce week-end, et une extension de la colère à d'autres secteurs, au moment où la FNSEA annonce que les agriculteurs vont eux aussi se mobiliser. Les fédérations CGT et FO du secteur du transport routier ont appelé pour leur part à la grève à partir de dimanche soir pour une durée indéterminée. La situation est également tendue dans les lycées.

    Partout en France, les appels à se mobiliser une nouvelle fois samedi se multiplient et le ministère de l'Intérieur fait état d'une "mobilisation de la part de l'ultradroite et de l'ultragauche".

    De même source, "on constate une vraie radicalisation de certains +gilets jaunes+, comme on a pu le voir dans les comparutions immédiates depuis lundi mais aussi dans leurs propos. Ils se radicalisent par la violence et politiquement."

    Sur les réseaux sociaux, les mots d'ordre évoquent un renversement des institutions: "dissolution de l'Assemblée nationale", "Manu, on arrive !", "Pot de départ de Macron !", ou encore "Tous à la Bastille".

    Même tonalité auprès de "gilets jaunes" interrogés par l'AFP mercredi sur un rond-point à Augny (Moselle), près de Metz.

    "J'ai 700€ de retraite… on veut vivre, les gens veulent vivre de leur travail", a témoigné Joël, 66 ans, un retraité du bâtiment, qui n'avait plus manifesté depuis mai 1968: "Macron, il a donné un coup de pied dans la fourmilière, les gens ont cru qu'il allait changer les choses et améliorer leur pouvoir d'achat, et c'est l'inverse qui s'est passé".

    Pour Sylvain, 63 ans, militaire retraité, le président "nous prend pour des pigeons, des imbéciles. S'il faut aller le chercher à l'Elysée, on ira. Tant qu'il sera là, ça ne changera pas. C'est un imposteur, un menteur, il nous méprise".

    A Dole, Fabrice Schlegel, un promoteur immobilier de 45 ans qui est l'un des premiers leaders des "gilets jaunes" dans sa ville, s'est montré visiblement de plus en plus inquiet de la tournure des choses.

    "Je ne sens pas les choses très bien, il y a une émulation révolutionnaire, mais comment les Français lambda vont-ils réagir face à cela ?", a-t-il répondu à l'AFP: Je suis très inquiet, on a des revendications gauchistes, on ne pense plus à celui qui n'a pas assez, on pense à celui qui a trop. Quand je vois que sur des barrages quand une grosse voiture arrive, certains veulent l'arrêter et la cibler plus particulièrement…".

    A quoi s'attend-il ce week-end ? "Beaucoup plus de gens montent à Paris que les dernières semaines. Et imaginez l'état d'esprit : ils ont vu les images des week-ends précédents et ils veulent monter à Paris. Ce n'est pas pour faire du tourisme !"

    Mercredi, quelques milliers de "gilets jaunes" ont poursuivi leurs actions, en ciblant des dépôts pétroliers, routes et zones commerciales, mais un retour à la normale dans les stations-service en pénurie de carburants est prévu dans les 48 heures.

    Sur le réseau autoroutier, les manifestations entraînaient toujours de "fortes perturbations localement", selon Vinci. L'opérateur a fait état de plusieurs manifestations et barrages, notamment sur l'A9 dans l'Hérault, au niveau des péages de Frontignan, Saint-Jean-de-Védas ou Lunel, sur l'A54 dans le Gard, sur l'A50 aux péages de la Ciotat (Bouches-du-Rhône) ou Bandol (Var).

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