• © 2020 AFP | Crée le 18.01.2020 à 21h33 | Mis à jour le 18.01.2020 à 21h35
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    Le Premier ministre Edouard Philippe (c) avec la ministre de la Santé Agnès Buzyn (g) et le Haut commissaire aux retraites Laurent Pietraszewski (d) lors d'une réunion avec les syndicats à l'hôtel Matignon, le 10 janvier 2020 CHARLES PLATIAU-POOL/AFP

    "Plus +ils+ communiquent, moins on comprend": les adversaires du régime universel de retraite par points surfent sur l'argument du "flou". Et chaque nouvelle déclaration du gouvernement sur cette refonte complexe déclenche un flot de questions parfois laissées sans réponses.

    Dernier exemple en date, samedi dernier: l'annonce du retrait à court terme de l'âge pivot, ou âge d'équilibre, qui devait être introduit dès 2022 pour atteindre graduellement 64 ans en 2027.

    Cependant "le projet de loi prévoira que le futur système universel comporte un âge d'équilibre", modulable selon les carrières, a écrit le Premier ministre Edouard Philippe dans sa lettre aux partenaires sociaux.

    Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, parle d'une "communication un peu compliquée: +je retire, tout en ne retirant pas+, +âge pivot, âge d'équilibre+, il faut trouver de toute façon l'équilibre financier mais vous n'avez pas le droit de demander une augmentation des cotisations...", a-t-elle cinglé en sortant d'une réunion de l'intersyndicale cette semaine.

    "Plus +ils+ communiquent, moins on comprend", a renchéri Gérard Mardiné, un dirigeant de la CFE-CGC.

    Les interrogations s'amoncellent.

    Dans une lettre cette semaine à Edouard Philippe, le numéro un de la CGT Philippe Martinez lui a reposé trois questions: "Qu'est-ce qu'une carrière complète? Comment allez-vous articuler points et durée de cotisation? Pourquoi ne pas avoir déjà mis en place un simulateur?"

    Dans le projet de loi transmis aux partenaires sociaux, la notion de "carrière complète" découle de l'article 40 sur le minimum de retraite et correspond à 516 mois (43 ans) pour la génération 1975, conformément à la dernière réforme adoptée sous François Hollande, en 2014. "Pour les générations ultérieures, cette durée évolue comme l'âge d'équilibre", précise le texte.

    Ces questions sont aussi formulées à l'Assemblée nationale.

    "Monsieur le Premier ministre, les Français ont peur de votre réforme des retraites parce qu'ils n'y comprennent rien, et leur peur est indexée sur cette incompréhension", a lancé l'ancien ministre de la Solidarité Eric Woerth (LR), qui a fait passer l'âge légal de 60 à 62 ans en 2010, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sa réforme avait mis des milliers de gens dans la rue sans faire dévier le gouvernement.

    - "Inaudible" -

    Mais pourquoi autant d'incompréhension?

    "Ce serait très simple si c'était le jour 1 de l'Humanité!", résume Raymond Soubie auprès de l'AFP. Pour l'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, l'exécutif a planché "pendant des mois sur le système définitif, et pas sur les conséquences corporation par corporation et les régimes de transition".

    "Il y a mille sujets, ce qui explique la complexité" de ce "chantier énorme", estime-t-il. "Et il est impossible d'avoir un discours global pour les gens sur +qu'est-ce qui vous attend les 20 prochaines années?+", ajoute-t-il. C'est "ce qui explique que c'est inaudible".

    Encore jeudi soir, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, favorable à un régime universel, reconnaissait que le futur système "suscite beaucoup d'interrogations". Il exhortait "à sortir des ambiguïtés, des imprécisions", à dire "plus exactement" ce qu'est cette réforme, à préciser "comment" elle "se finance" et à davantage "expliquer les transitions".

    Autre inconnue: quels sont les éléments chiffrés du projet?

    "Il n'est pas question que le Parlement puisse débattre sans une vraie étude d'impact. Est-ce qu'on peut sérieusement parler de 321 milliards, 14% du PIB, sans savoir la réalité des chiffres?", s'est insurgé le président du Sénat, Gérard Larcher (LR). Réclamée à cor et à cri, l'étude d'impact "sera communiquée aux parlementaires lorsqu'on déposera la loi sur le bureau de l'Assemblée nationale", avant le 3 février, a promis le secrétaire d'Etat chargé des Retraites, Laurent Pietraszewski.

    Autre élément exigé: le simulateur devant permettre à chacun de connaître sa situation. Il devrait arriver six mois au plus tard après le vote de la loi, soit avant fin 2020.

    En attendant, c'est la "conférence de financement" qui interroge. Instituée par le projet de loi, elle doit se réunir alors qu'elle n'existe pas juridiquement, puisque que le texte n'est pas adopté... La présidente du groupe PS à l'Assemblée, Valérie Rabault, a pris sa plume pour s'en étonner auprès du Premier ministre.

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