
Pour son premier déplacement en tant que ministre des Outre-mer, François-Noël Buffet avait d’abord songé à La Réunion. Le 30 septembre, les membres de la délégation transpartisane calédonienne, en déplacement à Paris pour défendre le plan 2024-2029 d’accompagnement et de reconstruction, l’ont convaincu de revoir son choix. "Nous lui avons clairement dit que pour son premier déplacement, nous aurions souhaité le voir en Nouvelle-Calédonie eu égard à la situation que traverse le pays depuis le 13 mai, rapporte Milkulo Tukumuli, représentant de l’Éveil océanien au sein de la délégation. Il a changé son fusil d’épaule, et nous en sommes très heureux." Sont-ils parvenus à se montrer aussi persuasifs sur la nécessité de financer un programme à 500 milliards pour sortir la Nouvelle-Calédonie de la crise ?
Au-delà de l’aspect symbolique, cette première visite sur le Caillou pourrait en effet être l’occasion, pour François-Noël Buffet, d’acter "des engagements budgétaires et financiers" importants du gouvernement français, espèrent les représentants du plan quinquennal, voté à une large majorité le 29 août au Congrès [1]. "Nous considérons qu’il fera forcément des annonces sur la méthode et les moyens consacrés à la Nouvelle-Calédonie, du moins on l’espère", souligne Virginie Ruffenach, présidente du groupe Rassemblement au Congrès.
Rien n’est toutefois garanti à ce stade. Le projet de loi de finances 2025, examiné par les membres de la délégation calédonienne, ne laisse pas présager un soutien particulier de l’État pour l’archipel. Seule une inscription d’un montant de 60 milliards de francs apparaît dans le document budgétaire, relative à la contraction d’un prêt de la Nouvelle-Calédonie auprès de l’AFD pour rembourser les avances octroyées par l’État depuis le 13 mai. "Ça ne correspond à rien de ce que nous demandons", fait remarquer Philippe Gomès (Calédonie ensemble), qui veut toutefois relativiser : "ça a été écrit il y a quelques semaines, le cadre politique n’avait pas encore été tracé par le Premier ministre et le ministre des Outre-mer".
À la veille de la venue de François-Noël Buffet, la délégation transpartisane entend toutefois rappeler "qu’endetter la Nouvelle-Calédonie sur les deux prochaines générations ne nous paraît pas être la bonne voie pour restaurer la confiance". "Les engagements de l’État doivent se traduire sous forme de subventions", abonde Pierre-Chanel Tutugoro (UC-FLNKS et Nationalistes). "Jusqu’à preuve du contraire, l’ordre public c’est l’État qui est censé l’assumer, rappelle Virginie Ruffenach. Il avait un devoir de protection des Calédoniens qu’il n’a pas complètement exercé. On ne peut donc pas exonérer l’État de sa responsabilité à participer à la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie."
La délégation souhaite, par ailleurs, que les engagements du gouvernement français s’inscrivent "dans la durée". "On ne peut pas continuer de boucher les trous mois après mois", reprend Philippe Gomès.
Pas question, non plus, d’accepter de nouvelles réformes "que Bercy tente d’imposer à l’arraché". Si elles sont bel et bien nécessaires aux yeux des membres de la délégation, les réformes du système calédonien ne doivent pas être une condition au financement du plan quinquennal. Ce travail, c’est au gouvernement calédonien de le mener dans le cadre de son plan de sauvegarde, de reconstruction et de refondation (S2R).
Deux programmes "complémentaires", assure Milakulo Tukumuli, agacé par "la petite musique qu’on entend dernièrement et qui voudrait opposer le plan S2R et le plan quinquennal". "L’un ne peut pas fonctionner sans l’autre, assure le responsable de l’Éveil océanien. Il va falloir du temps pour mener à bien les réformes et observer leurs effets. La question c’est qu’est-ce qu’on fait entre aujourd’hui et ce moment-là ? C’est sur cette période que le plan quinquennal est utile." François-Noël Buffet devra dire, dans les prochains jours, s’il partage ce constat.