
Télévision, frigo, bouilloire, cigarette électronique… Ces appareils constituent la catégorie des déchets d’équipement électrique et électronique (D3E), sur lesquels cible la Semaine européenne de la réduction des déchets (Serd) pour son édition 2025, qui se déroule du 22 au 30 novembre. "C’est un enjeu en Nouvelle-Calédonie, parce que leur collecte et leur traitement sont complexes. Et ils peuvent entraîner de lourds impacts sur l’environnement et la santé", introduit Eulalie Tisserant, chargée de mission économie circulaire à l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, organisatrice de la Serd.
D’où l’accent mis sur la réduction, la réparation et la valorisation des D3E, dont 36 000 tonnes ont été collectées et traitées entre 2014 et 2024. "Le volume récupéré augmente chaque année", indique Lucie Soler, responsable communication chez Trecodec, l’éco-organisme qui gère les filières de déchets réglementées. Une situation qui pourrait s’expliquer par la surconsommation, le fait que les produits durent moins longtemps, qu’ils soient peu réparés… "Ça s’envole surtout pour le gros électroménager froid et hors froid. Les tonnages collectés dépassent même les mises sur le marché." Or, c’est l’éco-participation, que le consommateur paye lorsqu’il acquiert un article, qui finance la fin de vie des déchets. Donc s’il y a moins d’achats, il y a moins d’argent pour gérer la collecte et le traitement. "Ça pose question d’un point de vue économique." Et il n’est pas exclu de réfléchir à "une remise à niveau des montants de l’éco-participation", ajoute Caroline Nicolleau, représentante territoriale de l’Ademe.
Parmi les déchets d’équipement électrique et électronique, il y en a un qui pose problème : le téléphone portable. Seules 6 tonnes ont été récupérées en 2023, ce qui représente à peine 13 % de ce qui est sur le marché, explique Lucie Soler. "C’est très peu. On a remarqué que ce gisement était très difficile à capter. Ils rencontrent le même problème en Métropole." Le téléphone portable constitue un objet "symbolique, qui a une certaine valeur pour les personnes", lié également à leur quotidien, leur intimité. "Le fait de s’en débarrasser peut être compliqué."
Le mobile ne finit donc pas forcément à la poubelle, mais plutôt au fond d’un tiroir ou d’un placard, même s’il est cassé ou inutilisable. Or, il contient de nombreuses ressources, matériaux et métaux, précieuses. "C’est donc un geste important de faire en sorte qu’il soit traité, parce qu’on peut recycler beaucoup de ses composants, ce qui évite de puiser dans nos ressources naturelles pour recréer de nouveaux téléphones", poursuit Lucie Soler. À l’occasion de la Serd, Trecodec organise une vaste collecte de portables usagés, jusqu’au 27 novembre, dans ses locaux rue de Charleroi à la Vallée-des-Colons, à la Ressourcerie de Nouméa, rue de l’Alma, à la mairie annexe Ferry (jusqu’au 5 décembre), ainsi qu’au Sivom à Koné. Ces téléphones seront ensuite réparés, leurs pièces récupérées pour donner une deuxième vie à d’autres portables, ou recyclés dans une filière de traitement.
Et Lucie Soler l’assure. L’ensemble des D3E qui finissent à la déchetterie sont valorisés d’une manière ou d’une autre. La traçabilité et le suivi des appareils sont une des obligations de Trecodec. "Si on prend l’exemple du frigo, à partir du moment où il entre dans la déchetterie, on est capable de dire où il est, à quel moment et comment il est traité. Il n’est pas enfoui, il est démantelé afin de réutiliser certaines parties, soit localement, soit à l’export."

La Serd a lieu du 22 au 30 novembre [1]. Pendant une semaine, différents acteurs, institutions, administrations, entreprises, associations, etc., organisent de nombreuses animations : journée de nettoyage, atelier de réemploi, d’écoconception, ou de collecte de déchets numériques, soit environ 25 actions pendant la semaine un peu partout sur le territoire. L’objectif, sensibiliser la population. "Ce qui est le plus difficile, c’est de changer ses habitudes. Donc l’idée est de tester d'autres façons de consommer et de gérer ses déchets, dans le but de prolonger ces nouveaux usages dans le temps", développe Caroline Nicolleau, responsable territoriale de l’Ademe.
Parmi les initiatives, une journée dédiée aux jeunes de 6 à 15 ans organisée par le WWF au parc forestier le 30 novembre, ou encore des événements au marché de La Foa la semaine prochaine. "On va proposer des ateliers de réparation de petit électroménager et d’informatique et des boutiques éphémères de vente d’occasion d’électroménager. Ça permettra aux habitants de Brousse d’avoir accès à ces entreprises sans avoir à descendre à Nouméa. C’est une première", informe Erwan Couapault, responsable du service déchets du SIVM Sud.
Autre opération d’ampleur, une grande collecte du numérique organisé par le cluster Open et la Chambre de commerce et d'industrie, qui vise à récupérer le matériel informatique devenu obsolète des entreprises. Les ordinateurs seront triés, reconditionnés quand c’est possible, ou envoyés dans des filières de traitement. "Ceux réparés ou encore en état seront ensuite donnés à des associations caritatives", indique Matthieu Ladiesse, responsable du service développement durable à la CCI, qui elle va donner "une cinquantaine de postes informatique, dont une partie servira à équiper des étudiants".
En Nouvelle-Calédonie, chaque habitant produit 326 kg de déchets ménagers et assimilés par an, selon une étude menée par l’Ademe en 2022. Le coût médian de la gestion des déchets est de 10 200 francs par habitant. Ces derniers sont stockés dans des installations de stockage de déchets (ISD), d’imposantes infrastructures qui coûtent cher, comme Gadji à Païta. Il y en a trois autres à Pouembout, Touho et Canala. "On est dans une période un peu compliquée, avec une baisse des subventions, des moyens de fonctionnement et d’investissement, donc c’est important de travailler sur la sobriété et la prévention", considère Caroline Nicolleau, représentante territoriale de l’Ademe.
Par exemple, rien que le fait de ne pas mélanger ses déchets organiques, qui représentent environ un tiers du contenu des poubelles, avec les autres, permettrait de faire des économies, explique Erwan Couapault, responsable du service déchets pour le SIVM Sud. "Les 500 tonnes pelures de fruits et légumes que nous mettons à Gadji, cela nous revient à 10 millions de francs par an." Pour réduire ces chiffres, le SIVM Sud multiplie les initiatives, comme "canette contre poule", la gallinacée pouvant les manger et, en plus, faire des œufs.
La collecte et le traitement des déchets représentent en outre un vecteur de développement économique et de création d’emploi, affirme Erwan Couapault. "Chez nous, c’est un des plus gros pourvoyeurs d’emplois sur des communes qui ne sont pas minières, avec une trentaine de personnes sur notre territoire."