
Pascale Gery partage son temps entre deux grands volets. Le premier est celui du service : designer pour des agences de communication et d’événementiel, elle conçoit identités et dispositifs sur mesure. "Je réponds à un besoin, je rends un service", résume-t-elle. Le second est celui de la création durable et personnalisée : décoration intérieure, objets, luminaires, miroirs, coussins, motifs textiles… jusqu’aux alliances de mariage. Son fil rouge : signer. "Je signe un objet, une déco, un espace. Ma base, c’est le design graphique, mais l’identité que je crée peut infuser l’architecture : signalétique, plaques de porte, vinyles muraux, mobilier… tout peut découler d’une idée de départ."

Parmi ses projets récents, la décoration et l’aménagement des chambres d’une maison d’hôtes à Nakutakoin, où elle a également conçu des objets exposés sur place. Certaines pièces sont réalisées par elle (en bois nobles comme le houp), d’autres fabriquées en collaboration avec des artisans locaux.
Rien ne destinait la jeune femme au design : un premier cursus en comptabilité et commerce, puis le déclic en mettant en page des rapports de stage. L’informatique l’oriente vers une formation locale mêlant art et outils numériques, en alternance. Elle se forme sans cesse, observe ce qui se fait ailleurs, tout en gardant le cap de sa double appartenance – une mère de Lifou, des origines bretonnes -, qu’elle revendique comme une richesse identitaire.
Son travail personnel se déploie en deux styles complémentaires. Le premier, graphique et symbolique : formes stylisées, lettrages “K” imbriqués, lignes organiques… son vocabulaire puise dans les cultures kanak et, plus largement, océaniennes. Elle développe des sculptures urbaines en aluminium, pensées pour les jardins, espaces publics ou halls, souvent conçues comme prototypes à destination d’architectes, de collectivités ou de centres commerciaux.

L’autre univers s’appelle Umameks : des personnages-lutins qui parlent d’invisible, de bien-être, d’humanité. Ce monde “naïf” – qu’elle revendique pleinement – nourrit ses livres-objets, tableaux et ateliers. Curieuse et passionnée, elle refuse de cloisonner sa créativité. En 2023, son exposition Kanaky Chic rassemble design d’espace, objets… et design culinaire. Elle imagine des biscuits-feuilles qui s’emboîtent selon la même logique d’assemblage que ses œuvres, et réfléchit l’assiette comme un support de narration. "Kanaky chic, explique-t-elle, c’est l’élégance hardie : classe et dignité, une manière d’être et de se tenir, de transformer les symboles en fierté contemporaine."
Pascale Gery cultive aussi l’art de la transmission. Avec des enfants en centres de loisirs, avec de futurs enseignants ou des universitaires, ses ateliers mêlent pop-up narratifs, découpage, collecte de feuilles et de textures dans l’environnement proche. Objectif : réactiver l’imaginaire et offrir des supports simples mais puissants à l’expression. "Artiste-designer, c’est un métier. Peu importe le bagage : notre rôle est de requestionner la société et d’enrichir l’humanité."

Pascale Gery poursuit un travail hybride et cohérent : signer des formes qui rassemblent, du logo au paysage, du bijou à la sculpture, tout en laissant toujours une place au jeu et au sens. Membre du CA de l’Association des entrepreneurs kanak, cette jeune cheffe d’entreprise contribue également aux initiatives portées par les entrepreneurs kanak, avec pour mission de promouvoir leur créativité au-delà du Caillou. Et porter la voix des femmes entrepreneures kanak : "je veux transmettre cette image forte et encourager la relève féminine dans nos communautés".
Retrouvez le numéro 7 du magazine L Calédonie, paru en décembre, dans de nombreux points de vente, et sur la page Facebook L Calédonie magazine. [1]