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Juliette-Poawe Collet : "Ce n'est pas parce que je suis Miss que je ne peux pas aller au champ"
Propos recueillis par Anthony Tejero | Crée le 15.01.2026 à 17h30 | Mis à jour le 15.01.2026 à 22h05

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Juliette-Poawe Collet confie volontiers être du genre "gaffeuse" : "Ce n’est ni une qualité, ni un défaut. Ça peut porter préjudice parfois mais c’est assumé et ça fait partie de moi, donc je ne peux pas l’enlever. " Photo Anthony Tejero
À 23 ans, Juliette-Poawe Collet, élue première dauphine de Miss France face à sa "sœur" du Fenua en décembre dernier, est de retour en Nouvelle-Calédonie. La jeune femme, originaire de Touho et d'Avignon, compte bien profiter de sa nouvelle notoriété pour adresser des messages à la jeunesse, à commencer par apprendre à assumer sa personnalité et ses origines pour mieux accepter les différences des autres. Entretien. 

Vous ne vous êtes pas portée candidate de vous-même à l’élection de Miss Nouvelle-Calédonie. Pourquoi avez-vous accepté de vous lancer ?

C’était un concours de circonstances. Depuis mon retour en Nouvelle-Calédonie, on me faisait des remarques en me disant "je te verrais bien faire les Miss". Au début, j’en rigolais. Puis le jour où le comité m’a envoyé un message, je commençais à me poser la question. Avec la crise économique, j’avais un peu du mal à trouver du travail. Je me disais que ça me donnerait de la visibilité et que ça pourrait m’offrir plus d’opportunités après. J’y suis donc allée par curiosité parce que j’adore découvrir de nouvelles choses.

Par ailleurs, j’aime l’idée que des jeunes femmes métisses nous représentent. Or je suis arrivée à l’âge où je peux, moi aussi, servir de modèle pour les petites sœurs. En tant que petite fille, j'aurais aimé avoir ce modèle-là d’une jeune femme qui me ressemble.

Quelles sont vos origines ?

Je suis métisse kanak de Touho, et provençale, en France.

 On est tous le bizarre de quelqu'un.

Lors de l’élection nationale vous avez incité les gens à être " bizarre car c’est une force ". Pouvez-vous expliquer ce message ?

C’est quelque chose que j’aurais aimé entendre quand j’étais jeune car on est tous le bizarre de quelqu’un. C’est sorti avec mes mots, peut-être pas avec un vocabulaire bien construit, mais de façon spontanée. Et je pense que c'est le plus important dans ces moments.

Par exemple, quand on sort de la Calédonie pour la première fois, et qu’on arrive en France, on est bizarre, et les gens nous paraissent bizarres. En France aussi, parce que j’y ai grandi, quand on est métisse, on est bizarre aux yeux de certains. Mais c’est ce qui fait notre richesse. C’est parfois compliqué de trouver sa place dans la société, quand on est issus de plusieurs cultures, mais je pense surtout qu’on se met nous-mêmes des limites alors que je pense que c’est à la société de nous accepter tels qu’on est. C’est comme dans une famille, tous les frères et sœurs sont différents et pourtant, on s’accepte.

Depuis le concours, vous avez bénéficié d’une couverture médiatique nationale assez inédite pour une candidate calédonienne. Comment vit-on ça à 23 ans ?

Je gère ça bien et avec fierté. Je savais que la couverture médiatique serait proportionnelle à mon classement. Je n’ai pas pour autant vécu ce qu’a vécu Miss France, qui dès le premier jour a enchaîné 31 interviews. Moi, ça allait. J’étais fière qu’on parle de la Nouvelle-Calédonie à cette échelle nationale. Surtout, après les mois difficiles qu’on a vécus où on parlait seulement de la Nouvelle-Calédonie pour les mauvaises nouvelles : les évènements, les problèmes sociaux, politiques, économiques, etc. Là, ça donne une autre image du pays parce que j’ai l’impression qu’on parle de nous, soit pour les mauvaises nouvelles, soit pas du tout. J’étais donc fière et j’aurais aimé en faire plus.

Justement, vous avez terminé à égalité de points avec Miss Tahiti, qui l’a emporté grâce au vote du public. Comment gérez-vous une telle frustration ?

Si je n’avais pas atteint le top 12, j’aurais été frustrée et je serais rentrée avec quelques regrets. Mais là, je n’aurais jamais imaginé aller aussi loin, donc je suis trop contente. Je ne suis vraiment pas frustrée parce que Miss Tahiti est quelqu’un que j’aime bien et c’est une sœur du Pacifique. Je suis tellement heureuse de ce duo du Pacifique.


Miss Tahiti Hinaupoko Deveze (à gauche) réagit aux côtés de Miss Nouvelle-Calédonie Juliette-Poawe Collet (à droite) après sa victoire lors du concours Miss France 2026 au Zénith d'Amiens. Photo : AFP / Sameer Al-Doumy

Vous avez en revanche obtenu les faveurs du jury…

J’en suis fière parce que parmi les membres du jury, figuraient deux personnes importantes pour moi : Axelle Saint-Cirel, chanteuse lyrique noire qui a joué pendant les JO de Paris, et Sally, journaliste qui défend les droits de la femme noire qui a des cheveux crépus et qui parle de sujets qui m’intéressent énormément et m’inspirent. Cette première place à leurs yeux, c’est comme si j’avais rendu fiers mes parents.

Que retenez-vous de votre expérience en France ?

Chaque fois qu’une nouvelle expérience se présente dans notre vie, d’un point de vue personnel ou professionnel ça nous fait grandir. On apprend une autre vision des choses. Là, j’ai rencontré le monde des caméras, de la création de contenu, de la mode et de l’esthétique. J’ai rencontré le monde parisien aussi, puisque je n’avais jamais séjourné dans la capitale. J’ai découvert aussi la Martinique où on a eu notre voyage de presse. C’est intéressant de voir l’univers de la scène, du divertissement, de la télé, et tous les techniciens qui travaillent dans l’ombre. Il faut faire attention à son comportement : comment l’on se tient, comment on parle, comment on se maquille, etc. Et enfin, il faut se confronter au public, être devant 5 000 personnes dans un Zénith.

En peu de temps, j’ai donc pu bénéficier d’une diversité d’expériences que je n’aurais sûrement jamais vécues sans ce concours.

Quel est le rôle d’une première dauphine de Miss France. D’autres séjours dans l’Hexagone sont-ils prévus ?

J’ai la double écharpe : j’ai donc des représentations ici en tant que Miss Nouvelle-Calédonie et j’en aurai également en tant que première dauphine de Miss France. J’aurai sûrement des allers-retours à faire en France, mais tout cela se négocie, ce ne sont pas des obligations, ce sont des propositions. Personnellement, je ne peux pas me permettre de payer les billets d’avion par exemple. Donc la question se posera déjà en termes de prise en charge des frais. Si c’est trop compliqué, je n’irai pas à ces représentations. Mais si on m’en donne l’opportunité, j’y participerai avec plaisir.

D’autres portes, comme une participation à Miss Univers ou Miss Monde, pourraient-elles encore s’ouvrir à vous ?

Il existe de nombreux concours, y compris au niveau national, et je ne connais pas toutes les obligations et les contraintes. Ce que je sais, c’est que les comités régionaux et la société Miss France se réservent le droit de choisir la personne qui sera envoyée à ces concours internationaux. Cela peut être moi, comme ça peut être une autre candidate qu’ils considèrent la meilleure pour ces concours-là. Je suis ouverte à toute nouvelle expérience si je sens qu’elle est bonne pour moi.

Vous êtes diplômée en biologie marine et en gestion des risques naturels. Est-ce pour cela que vous avez accepté d’être ambassadrice du lagon et de la destination province Sud ?

Cela me tient à cœur. Je suis également ambassadrice des dugongs. Je serai toujours volontaire pour me faire la porte-parole de la protection de l’environnement. La richesse de la Nouvelle-Calédonie, ce sont nos écosystèmes relativement bien préservés par rapport à d’autres régions du monde. On a une carte à jouer là-dessus. C’est très cher de venir en Nouvelle-Calédonie et je pense que c’est pour cela qu’on a du mal à développer le tourisme. Mais notre plus grand atout, c’est qu’il s'agit d’une destination unique.

J’ai grandi à la tribu de Coqingone, à Touho, ce qui fait que je suis et je me sens proche de la nature. D’ailleurs, c’est la chose que j’ai mal vécue pendant le mois Miss France. Le grand air m’a manqué. Le fait d’être seule, sans caméra, sans personne autour de moi, sans contrainte. Juste être là, dans la nature.

Ce qui objective et même sexualise l'élection, ce sont les gens et le regard qu'ils portent sur ces femmes-là.

Quel regard portez-vous sur le concours de beauté et sur les critiques qui pointe une certaine objectivation des femmes par Miss France ?

J’aime bien cette question parce que je faisais partie des personnes qui pensaient cela avant de l’avoir vécu. Comme je le disais tout à l’heure, chaque concours a ses particularités, ses critères. Il y a des concours où le but est très esthétique. On ne cherche pas la personnalité de la candidate, mais plutôt le physique parfait. Et ce n’est pas du tout l’optique de Miss France. C’était peut-être le cas avant, mais ça a évolué depuis.

Évidemment, lors du show, on est maquillées, coiffées, etc. Mais le jury recherche avant tout quelqu’un de naturel. On n’a par exemple pas le droit d’avoir recours à la chirurgie esthétique contrairement à d’autres concours.

À Miss France, il y a des candidates plus revendicatives, dans la provocation et qui aiment donner leurs avis. Certaines sont en effet passionnées par la beauté, mais d’autres sont sportives et font des marathons ou encore sont musiciennes. Cela prouve à quel point ce concours évolue. Ce n’est pas seulement un physique qu’on cherche, c’est aussi une personnalité préférée des Français.

L’élection en prime time est l’une des émissions la plus regardée des Français et il n’y a que des femmes sur scène, à qui on donne la parole devant des millions de téléspectateurs. Au final, je trouve que ce qui objective et même sexualise l’émission, ce sont les gens et le regard qu’ils portent sur ces femmes-là.

Ce serait donc à la société de changer de regard…

Oui car cette image est aussi véhiculée par les commentaires des gens assis dans leur canapé. C’est pour ça que j’ai encouragé les jeunes à être bizarres ce soir-là. Cela me tenait à cœur de montrer que chacune est unique, que ce soit pour les candidates sur scène comme pour les gens qui nous regardent.


Juliette-Poawe Collet, défile en maillot de bain lors de l'élection de Miss France 2026 au Zénith, estime que c'est aussi aux télespecteurs de changer de regard sur les candidates qui s'assument. Photo : AFP / Sameer Al Doomy

Quelles sont vos ambitions personnelles et professionnelles ?

J’ai 23 ans et je suis fière d’avoir testé des choses complètement différentes. J’ai été saisonnière pendant 4 ans, j’ai été animatrice radio, nageur sauveteur, j’ai fait de la vente, etc. J’ai eu tout type de métiers.

Quand je remonte avec famille à Touho, je marche pieds nus, je vais au champ. Bon, comme j’ai grandi en France la moitié de ma vie, je ne suis pas autant à la page que mes cousins qui se moquent de moi, mais ça m’intéresse et ils m’apprennent. Ce n’est pas parce que je suis Miss que je ne peux pas aller au champ. Et ce n’est pas parce que je vais au champ que je ne peux pas être Miss. Je ne fais pas de manière et j’aime toucher à tout.

Là, mon rêve actuel serait de réaliser des documentaires partout à travers la planète, de partir à la découverte du monde et de ses cultures.

Pourquoi cet intérêt pour les différentes cultures ?

En Calédonie, on a la chance de vivre avec elles malgré toutes leurs différences. Cela se fait naturellement. Mais ayant vécu en France, je sais que là-bas ça devient un peu désuet. On ne parle plus les langues régionales, on ne porte plus les habits traditionnels, on va de moins en moins aux fêtes régionales, etc. C’est dommage.

J’ai une grand-mère qui parle la langue cèmuhî et pas forcément bien le français en Nouvelle-Calédonie. Mon autre grand-mère parle le provençal et aucune personne de la famille ne l’a appris avec elle. Pour être honnête, je ne parle pas provençal et pas bien le cèmuhî. Je le comprends un peu, mais je sais que je dois faire l’effort de l’apprendre. J’encourage nos jeunes d’ici et d’ailleurs à s’intéresser à ça parce que je trouve que c’est notre richesse. On a un peu honte parfois mais ce n’est jamais trop tard et si on ne le fait pas par honte, on ne le fera jamais. C’est comme ça qu’une culture se perd.

Je veux profiter de la visibilité dont je bénéficie actuellement pour encourager les jeunes à se rapprocher de leur famille ou bien au contraire, si ce n’est pas leur culture, à s’intéresser aux cultures des autres parce que, souvent, la haine se développe à partir de ce qu’on ne connaît pas. C’est en apprenant à mieux connaître l’autre qu’on va mieux développer ce vivre-ensemble.

Biographie express


Juliette-Poawe Collet, originaire de Touho, a été couronnée miss Nouvelle-Calédonie, le 6 septembre 2025. 
  • 15 août 2002 : Naissance à Nouméa
  • 2008 : Arrivée à Avignon, dans le Vaucluse
  • 2019 : Bac scientifique
  • 2022 : Licence en biologie marine
  • 2024 : Master en gestion des risques naturels et technologiques
  • Février 2024 : Retour en Nouvelle-Calédonie pour un stage de fin d'étude à l'Oeil (Observatoire de l'environnement), suivi de plusieurs jobs : nageur-sauveteur, animatrice radio, etc.
  • 6 septembre 2025 : Election de Miss Nouvelle-Calédonie
  • 6 décembre 2025 : Finale de l'élection de Miss France, à Amiens.

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