
Ça commence par des petites alertes : "la cigarette, les jeux d’argent, les pétards, puis la cocaïne, le crack… Il n’y a pas de petites addictions ", affirme Sarah Marcuse, comédienne, auteure et metteure en scène de la pièce de théâtre Crack le code, jouée sur la scène de Music Station les 23 et 24 janvier. La fondatrice de la compagnie La Fourmilière raconte dans cette création sa propre vie, sa propre expérience, celle aussi de son couple, de sa famille, et de son conjoint, Thomas Di Genova, ancien toxicomane, lui aussi sur scène. Ce duo vient donc à Nouméa raconter ses épreuves face à la drogue, épreuves surmontées très récemment. " J’avais prévu de raconter cette histoire seule, puis finalement, quand Thomas est sorti de prison, comme il était sevré, nous avons décidé qu’il monte aussi sur scène. "
Thomas Di Genova, comédien, est aussi sculpteur. Sur scène durant la pièce Crack le code, il est une présence silencieuse, " poétique ", et sculpte de l’argile. "Ma présence sur scène n’est pas nécessaire, ce que dit Sarah se suffit, mais ma présence apporte des bulles de respiration, pour assimiler tout ce qui est dit. Mon rôle donne de la matière à souffler, estime le comédien. Comme je suis sculpteur amateur, sur le plateau, je modèle une boule d’argile qui représente mon essence et mon addiction." Durant quatre ans, Sarah, Thomas et les enfants traversent donc un voyage terrible, la descente aux enfers à cause de la drogue.
"Je ne savais pas quoi dire aux enfants, c’est allé très, très loin. J’ai changé les serrures, j’ai mis Thomas à la rue, puis il est allé en prison. J’ai choisi de raconter ma vie de mère, de regarder ce que ça raconte de moi, de mes forces, de comment j’ai traversé une épreuve. " Crack le code est donc une histoire contée du point de vue d’un proche de toxicomane. " Il y a un angle mort pour les proches ", souligne Sarah Marcuse. Si les toxicomanes peuvent être pris en charge, les proches sont laissés sur le carreau.
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Crack le code a donc aussi la volonté de faire bouger les lignes dans ce domaine, au travers, entre autres, d’événements. Ainsi, Sarah Marcuse a monté l’événement Tout Proche, " dont le cœur, l’objet théâtral, devient outil de médiation pour tisser des liens et réfléchir à certaines problématiques actuelles ". À Nouméa, le bord de scène, à l’issue de la pièce, sera déjà un moment fort pour le public afin d’échanger avec Sarah et Thomas. " Après un message aussi personnel et intense, c’est bien de se retrouver. Et comme je n’ai pas beaucoup de texte, je prends plaisir à parler un peu plus, sourit Thomas Di Genova. Que ce soit en Nouvelle-Calédonie ou n’importe où sur Terre, l’humain est ce qu’il est et les drogues sont partout. Elles invitent à sombrer dans l’annihilation. "
La compagnie La Fourmilière est déjà venue en Nouvelle-Calédonie, notamment pour son précédent spectacle Holy Shit !, qui parle de l’inceste, ou du spectacle musical L’Invisible Chemin, évoquant les perceptions extrasensorielles. " J’ai abordé des sujets joyeux avant, sourit Sarah Marcuse, mais quand Thomas a sombré, cela a ouvert une porte qui m’a permis d’aller travailler sur les questions d’inceste, puis je n’ai pas eu le choix de parler de l’addiction." Sarah et Thomas réfléchissent déjà à leur prochaine création, autour de l’addiction aux écrans. "Je fais une force de ce qui m’arrive", constate l’auteure et metteure en scène.
Crack le code, de la compagnie la Fourmilière, sur la scène de Music station vendredi 23 à 19 heures et samedi 24 janvier à 18 heures. Tarifs : 2 600 F. Réservation sur Tickets.nc [2]. À partir de 15 ans.