
En marge de la réunion des formations politiques calédoniennes à l’Élysée, où se concentrent les discussions sur l’avenir institutionnel du territoire, trois connaisseurs de la Nouvelle-Calédonie demandent à l’État d’élargir le débat à la situation sociale du Caillou. "La crise néo-calédonienne trouve son terreau dans des inégalités profondes, structurelles", estiment, dans une tribune publiée jeudi 15 janvier par le quotidien Le Monde [1] et transmise par ses auteurs aux Nouvelles-Calédoniennes, Marie-Agnès Calès, assistante sociale et cheffe de projet de développement social et territorial en Nouvelle-Calédonie de 2015 à 2025, Gautier Coton, ancien journaliste en Nouvelle-Calédonie et président du fonds de dotation "Bon sens et partage" et Sarah Jeannes, professionnelle de l’accompagnement socio-éducatif.
Les trois spécialistes qualifient la protection sociale du territoire de "chimère en comparaison avec l’Hexagone", listant les dispositifs absents du Caillou, tels que le Revenu de solidarité active (RSA) et les primes d’activité, et pointe la faible du salaire minimum garanti (SMG). "Ajoutez à cela la vie chère, la crise du nickel, les séquelles des émeutes de 2024 et des coupes budgétaires qui frappent les plus précaires : le cocktail est explosif." Or, à leurs yeux, le débat sur la justice fiscale du pays demeure "l’angle mort des discussions sur l’avenir du territoire".
Car si l’accord de Bougival, dont l’État espère avancer sur la mise en œuvre à l’occasion de la réunion qui s’est ouverte vendredi 16 janvier [2], prévoit un pacte de refondation économique et financière [3], "un pacte social est également nécessaire", jugent les signataires de la tribune. "Tant que la Nouvelle-Calédonie demeure au sein de la République, les droits sociaux à valeur constitutionnelle – protection de la santé, droit à des moyens convenables d’existence, etc. – doivent y être effectifs." Ils enjoignent ainsi l’État à prévoir l’inscription d’un "contrat social" dans la nouvelle version de l’accord qui doit voir le jour après cette nouvelle séquence parisienne, et qui comprendrait des garanties pour assurer l’accès des Calédoniens à certains dispositifs "essentiels" : "revenu minimum, minima sociaux, aide médicale sans reste à charge pour les plus précaires, prime d’activité…", listent les trois professionnels.
La mise en place d’un équivalent au RSA français "représenterait un coût modéré à l’échelle de la France", mais permettrait d’assurer une certaine stabilité aux Calédoniens. Une "deuxième chance", selon les mots de Michel Rocard, ancien Premier ministre à l’origine de la création du RSA en 1988, qu’il est temps désormais de garantir aussi "à nos compatriotes du Pacifique". Et les trois auteurs de conclure : "Quel que soit l’avenir institutionnel, la réduction des inégalités est une condition indispensable pour rebâtir un destin commun en Nouvelle-Calédonie."
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[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/15/en-nouvelle-caledonie-la-france-doit-assumer-pleinement-son-devoir-de-solidarite-nationale_6662371_3232.html?random=1745312712
[2] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/reunion-a-l-elysee-nous-ne-repartons-pas-de-zero-affirme-emmanuel-macron
[3] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/economie/politique/262-milliards-de-francs-sur-cinq-ans-pour-la-nouvelle-caledonie
[4] https://www.lnc.nc/user/password
[5] https://www.lnc.nc/user/register
[6] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements