
Au mois d’août, des consommateurs ont eu la désagréable surprise de découvrir des taches noires dans leur ananas. L’information a aussitôt été relayée par l’association UFC-Que Choisir. Et les professionnels – producteurs, grossistes, distributeurs – se sont emparés de la question dès qu’ils ont été alertés. "Le communiqué de presse d’UFC-Que Choisir est sorti un vendredi. Le mercredi suivant, nous étions en réunion pour définir les premières recommandations d’urgence à prendre", se souvient Chloé Fillinger, directrice de l’Interprofession fruits et légumes (Ifel-NC).
Si la maladie de la tache noire a été exceptionnellement intense cette année, d’autres problématiques ont également été relevées lors de cette réunion. Ainsi, la météo – avec de fortes différences de température dans un court laps de temps – a pu être à l’origine du développement de ce champignon ou d’autres brunissements internes. Différents facteurs au champ, après la cueillette, lors du transport ou du stockage, peuvent aussi être responsables de problématiques qualitatives de l’ananas. Des chocs ou un entassement excessif peuvent provoquer des pourritures. Le stockage en chambre froide ou, du côté du consommateur, dans son réfrigérateur, peut altérer la qualité du fruit. Enfin, si le consommateur tarde à manger son ananas, celui-ci risque de s’abîmer. Constatant que des points pouvaient être améliorés à tous les maillons de la chaîne, de la production à la consommation, les différents acteurs ont pris des dispositions et formulé des recommandations.
"Les ananas de contre-saison, donc ceux de saison fraîche, sont plus susceptibles d’attraper la maladie de la tache noire. Les accidents climatiques jouent également un rôle dans l’apparition des maladies de conservation. Cette année, la saison a été particulièrement étrange, avec d’importantes variations de température", explique Didier Pastou, chargé de mission au Groupement de défense sanitaire végétal de la CAP-NC. Le GDS-V va donc lancer une étude épidémiologique sur une année, avec un relevé par trimestre. "Cela se fera à la récolte, avec des échantillonnages d’ananas selon trois modalités : au moment de la récolte, après stockage à air ambiant et après stockage en chambre froide", précise Sophie Tron, responsable du pôle Végétal de la chambre. "Nous effectuerons des dissections pour observer l’intérieur de l’ananas, car la plupart des maladies de conservation ne se voient pas à l’extérieur", complète Didier Pastou.
Ce travail doit permettre d’établir un état des lieux sanitaire pour aider à l’optimisation des pratiques. Du côté de l’Ifel, "nous allons travailler sur les bonnes pratiques postrécolte : conditionnement, températures de conservation… Nous voulons quantifier et qualifier les symptômes internes et externes, et les documenter", détaille Chloé Fillinger. Les résultats de l’étude permettront "d’établir des référentiels qualité à destination des acheteurs professionnels pour bien prendre en charge les fruits : conditions de transport, stockage, mise en rayon".
La Calédonie agricole est le magazine de la Chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie [1].