
Dans le salon de la petite maison pavillonnaire, les convives se massent autour d’une table de récupération, sur laquelle des livrets pédagogiques ont été disposés. La maquette d’un requin fabriquée à la main trône sur le bureau voisin. Dans l’angle, les étagères de la bibliothèque, offerte par la Société de Saint-Vincent-de-Paul, sont encore clairsemées, malgré les dons de livres réguliers.
Mardi 20 janvier, le Centre d’éducation à l’environnement inaugurait ses nouveaux locaux, dans le quartier des Portes-de-Fer, un an et demi après l’incendie de son ancienne permanence, installée à Ducos Factory. Le complexe était parti en fumée aux premiers jours des émeutes de mai 2024. Les flammes avaient emporté la quasi-totalité du matériel utilisé par l’association, qui a dû progressivement le reconstituer.
L’ouverture du nouvel espace est, par conséquent, vécue comme un renouveau pour le CIE, longtemps menacé de disparition. "C’est un grand moment, une page qui se tourne", se félicite Carole Bernard, directrice générale du centre. L’occasion de "mieux répondre à nos missions", pour cette association dont le rôle est de promouvoir la connaissance de la biodiversité calédonienne, essentiellement auprès des plus jeunes.
En réalité, le Centre d’initiation à l’environnement n’a jamais vraiment cessé de fonctionner. Deux mois après la destruction de leurs bureaux, les quatre salariés de l’antenne sud (le CIE est également présent dans le Nord, à Koné) reprenaient le travail, accueillis dans les locaux de la société Trecodec, à la Vallée-des-Colons, partenaire de longue date. "Nous avions reçu plusieurs propositions, celle de Trecodec correspondait davantage à nos attentes, d’autant que nous partagions une partie de leurs missions", raconte Carole Bernard. Malgré ce contexte dégradé, l’association est parvenue à réaliser en 2025 "600 interventions en milieu scolaire", à peine moins que d’ordinaire. Pas question, pour autant, d’abandonner l’idée de retrouver des locaux.
Après des mois de recherche, le CIE a finalement identifié un espace qui "cochait toutes les cases", rue Pierre-Ronsard, aux Portes-de-Fer. Seule problématique : le budget, très contraint, de l’association. Le déménagement a été rendu possible par une aide de 15 millions de francs versée au centre, dans le cadre du Fonds de soutien exceptionnel mis en place par le gouvernement en avril 2025 [1] en faveur des associations environnementales. Doté d’un budget de 200 millions de francs, il visait à sauver ces organisations, menacées de disparition après la crise de 2024. Outre le rachat de matériel et l’installation dans un nouvel espace, ce financement "nous a permis de compenser les diminutions de subventions qu’on a subies en 2025", indique Carole Bernard. "C’était inenvisageable de voir cette association disparaître", estime aujourd’hui Jérémie Katidjo-Monnier, membre du gouvernement notamment chargé de la biodiversité et de la transition écologique.
Les associations n’en ont toutefois pas fini avec les difficultés financières, alors que le fonds exceptionnel, lui, a été intégralement consommé. Il leur faut désormais trouver de nouvelles sources de financement et ne plus compter sur des collectivités aux finances exsangues. "On a répondu à énormément d’appels à projet, rapporte Carole Bernard. La plupart d’entre eux proviennent de Métropole voire d’Europe, donc on monte des projets au-delà du territoire pour chercher de nouveaux financements." La directrice du CIE reste lucide : "Cette année sera un nouvel exercice compliqué." En 2025, l’association a déjà été contrainte de licencier un de ses six salariés.
Le gouvernement pourrait toutefois renouveler son soutien aux associations environnementales. "On a répondu en 2025 aux besoins d’urgence, mais on voit bien encore les difficultés qu’elles rencontrent, remarque Jérémie Katidjo-Monnier. Avec Christopher Gygès [membre du gouvernement en charge du budget, NDLR], nous avons donc proposé au Congrès d’abonder le fonds, de manière certes moins importante, mais pour qu’un effort soit maintenu cette année."
À l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, le Centre d’initiation à l’environnement ouvrira les portes de ses nouveaux locaux, lundi 2 février, de 9 heures à 17 heures. L’occasion de découvrir ce nouvel espace, de rencontrer l’équipe, mais aussi de participer à des animations organisées par l’association sur les zones humides calédoniennes. Une fresque participative sera également réalisée. Le CIE est désormais situé au 28, rue Pierre-Ronsard, dans le quartier des Portes-de-Fer. Entrée libre et gratuite.