
Si la léproserie, rue Raoul-Follereau, à Numbo, appartient à l’histoire, la lèpre, elle, est encore bien présente en Nouvelle-Calédonie. À l’occasion de la Journée mondiale contre la lèpre, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie organisait, ce vendredi 23 janvier, une matinée d’échanges autour de cette maladie.

" Beaucoup pensent que la lèpre a disparu, qu’elle fait partie des livres d’histoire", commence Vanessa Top, coordinatrice du programme du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie "Vers zéro lèpre". "Mais elle est toujours présente sur notre territoire. La maladie ne recule plus, nous sommes sur un plateau : elle stagne entre trois et onze nouveaux cas par an." Si ce chiffre est particulièrement bas, il n’atteint pas pour autant l’objectif du gouvernement, qui est de zéro cas en Nouvelle-Calédonie. "Ce nombre de cas est faible, mais il participe également à une baisse du dépistage actif : moins nous cherchons, moins nous trouvons." Pourtant, la lèpre est une maladie qui se soigne très bien par antibiotiques si elle est détectée tôt. Mais si elle est diagnostiquée tardivement, elle peut provoquer des handicaps graves, pourtant évitables.
Cette matinée avait donc pour objectif de remettre le sujet sur le devant de la scène et de rappeler qu’il s’agit d’une "maladie tropicale négligée qui circule encore silencieusement au sein de la population". Pour ce faire, l’ancienne léproserie, fermée en 2016 et devenue depuis le site de l’association Accueil Les Manguiers, héberge l’exposition "Les léproseries en Nouvelle-Calédonie au fil du temps", créée en 2023.

"Cette exposition nous a demandé une année de travail", précise Vanessa Top. "Elle a été financée par la fondation Raoul-Follereau, partenaire essentiel de la lutte contre la lèpre en Nouvelle-Calédonie." Les onze panneaux sont visibles par le grand public pendant un mois.

Cette 73e Journée mondiale des malades de la lèpre, placée sous le slogan "Ensemble, une Nouvelle-Calédonie sans lèpre est possible", a également été l’occasion de découvrir ou de redécouvrir le site de l’ancienne léproserie. Aujourd’hui berceau de l’association Accueil Les Manguiers, le terrain, appartenant à la province Sud, est chargé d’histoire. "Le site a accueilli une prison du bagne, explique Aurélien Lamboley, directeur de l’association. Puis il est devenu une léproserie, une base militaire durant la Seconde Guerre mondiale, un accueil pour les boat-people à la fin des années 1990, puis les évacués de l’Ave Maria en 2001…", énumère-t-il.

Une petite randonnée de trente minutes est ainsi accessible à tous, tout le temps : le sentier de N’Du, dont l’entrée est marquée par un panneau rappelant les étapes historiques du site de Numbo. La balade mène sur les traces de l’ancienne prison des femmes du temps du bagne, bâtiment classé par la province Sud et rénové en 2016, longe la tranquille baie de N’Du, passe par l’ancien cimetière des lépreux – aujourd’hui cimetière municipal – et grimpe jusqu’à un point de vue sur les hauteurs. Aurélien Lamboley souhaite enrichir ce sentier avec de nouveaux panneaux retraçant l’histoire du site et recueillant des témoignages.

L’association Accueil Les Manguiers, site d’insertion résidentielle pour les familles, est implantée à N’Du, accueille également dans ses locaux l’association Handijob et son atelier de création de mobilier en palettes. Les Manguiers logent aussi gracieusement le Centre de formation des apprentis de la Chambre d'agriculture et de la pêche depuis 2025. "Tout cela crée une dynamique d’activité particulièrement enrichissante", se réjouit le directeur.
