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Naïma Moutchou : "Les Calédoniens n’ont pas à payer le prix d’un blocage à Paris"
LNC | Crée le 26.01.2026 à 05h00 | Mis à jour le 26.01.2026 à 05h00

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La ministre des Outre-mer, au Sénat coutumier, lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie en novembre 2025. Photo Archives LNC/Baptiste Gouret
Une semaine après la signature de l’accord Elysée-Oudinot, qui vient compléter celui signé le 12 juillet à Bougival, la ministre des Outre-mer défend, dans un entretien accordé aux Nouvelles calédoniennes, un compromis qui "ouvre des perspectives concrètes", tant sur le plan institutionnel qu’économique. Tout l’enjeu, pour l’État et les signataires, réside désormais dans leur capacité à convaincre les parlementaires français, malgré l’absence de majorité à l’Assemblée nationale et la contestation du FLNKS. "Le statu quo n’est dans l’intérêt de personne", martèle Naïma Moutchou.

L’accord Elysée-Oudinot a été signé lundi 19 janvier à Paris [1]. Il semble très proche de celui signé à Bougival. Qu’apporte-t-il de nouveau, sur le plan institutionnel, au compromis du 12 juillet 2025 ?

Je veux d’abord saluer le travail et l’engagement des acteurs calédoniens qui ont fait le choix du dialogue. Les discussions ont été longues, parfois éprouvantes, mais elles ont été menées avec sincérité et responsabilité. Chacun avait en tête une seule chose : l’avenir des Calédoniens.

Sur le fond, l’accord Élysée-Oudinot complète celui du 12 juillet 2025 par deux textes décisifs : un accord complémentaire sur le volet institutionnel et un protocole financier qui consolide le pacte de refondation économique et social présenté par le Premier ministre. Ensemble, ils donnent désormais une architecture politique complète et cohérente au territoire.

Les partenaires ont pu confirmer et éclairer comme elles le souhaitaient les grands équilibres du compromis.

C’est ainsi qu’un point d’équilibre clair a été trouvé sur les identités. L’identité kanak, déjà inscrite dans le préambule de l’accord de Nouméa, qui demeure un texte fondateur, est pleinement reconnue. Et l’identité calédonienne est affirmée comme un horizon partagé.

L’accord précise également, dans la continuité du processus de décolonisation, les modalités selon lesquelles les Calédoniens exerceront leur droit à l’autodétermination.

Les partenaires détaillent aussi l’objectif d’attractivité au service du développement économique et du rééquilibrage, qui servira de base à l’organisation des compétences entre les institutions calédoniennes.

Ce sont des avancées substantielles, obtenues par le dialogue, et la démonstration qu’un chemin commun est possible.

Il y est notamment question d’un renforcement du rôle des provinces. Compte tenu de la disparité des richesses et du développement économique des trois provinces calédoniennes, cela ne risque-t-il pas d’accentuer la physionomie d’un pays à deux vitesses ?

L’objectif est précisément l’inverse. Les provinces demeurent l’échelon central du développement économique et social de la Nouvelle-Calédonie. Le renforcement de leur rôle vise à leur donner les moyens d’agir de manière plus efficace, au plus près des réalités locales.

Je veux aussi saluer celles et ceux qui ont accepté de discuter, parfois sous pression, parfois sous menace.

La future loi organique traduira cet équilibre : autonomie financière des provinces, outils renforcés d’attractivité économique et maintien clair du principe de solidarité territoriale et de rééquilibrage. Chaque province pourra conduire des politiques adaptées à ses spécificités, sans jamais perdre de vue l’unité du territoire.

Le FLNKS a refusé de participer à cette nouvelle séquence de discussions, et a évoqué après la signature un " pseudo-accord " qui " entérine un passage en force ". Comment accueillez-vous ces propos du mouvement indépendantiste ?

Je les regrette. D’abord parce que cet accord n’est dirigé contre personne : il vise à remettre de la stabilité et de la clarté là où il y avait trop de fragilités. Il reconnaît ce qui doit l’être, dans le cadre de la République et dans la continuité des accords, de la question de l’identité à celle des modalités d’exercice du droit à l’autodétermination. Et il ouvre des perspectives très concrètes : un cap économique, des moyens, un pacte de refondation pour 2026 et les années qui suivent. La trajectoire est lisible pour tous.

Pendant quatre jours, nous avons travaillé avec celles et ceux qui ont fait le choix du dialogue et des responsabilités : des indépendantistes, des non-indépendantistes, des centristes, des progressistes, formant cinq forces politiques sur les six. Seul le FLNKS manque à l’appel. Mais la Nouvelle-Calédonie ne peut pas rester indéfiniment dans un face-à-face stérile. Le statu quo n’est pas une option.

Je veux aussi saluer celles et ceux qui ont accepté de discuter, parfois sous pression, parfois sous menace. On ne devrait jamais être inquiété pour avoir défendu son territoire, ses emplois, sa jeunesse, l’unité du pays.

Et je le redis : en démocratie, personne n’a de droit de veto sur l’avenir des Calédoniens.

Une révision constitutionnelle va être soumise au Parlement malgré la contestation d’une partie des indépendantistes. Ce même scénario avait mené à l’insurrection de mai 2024. Pensez-vous que cette méthode, appliquée par l’État depuis deux ans, est toujours la bonne ?

La comparaison avec 2024 n’est pas juste. La révision constitutionnelle de l’époque ne portait que sur le dégel du corps électoral. Celle qui s’ouvre aujourd’hui traduit un accord global, issu de plusieurs mois de discussions, intégrant à la fois les dimensions institutionnelles et économiques.

Tous les partenaires ont été invités à Paris. Ceux qui étaient présents ont ardemment défendu leurs positions. Ils rencontrent désormais les parlementaires pour porter ensemble ce compromis et leur expliquer son sens. Il appartient désormais au Parlement de donner les moyens de le mettre en œuvre.

L’État prendra ses responsabilités pour protéger les Calédoniens. La violence n’a jamais rien construit. Elle n’est pas une méthode acceptable et elle est contraire à l’esprit des accords qui ont permis, depuis plus de trente ans, de préserver la paix civile en Nouvelle-Calédonie.

La porte reste ouverte au FLNKS. L’accord ouvre de véritables perspectives en matière d’autodétermination. Ce sont des avancées concrètes, pas des concessions symboliques.

Ne craignez-vous pas que cela entraîne un regain de tensions en Nouvelle-Calédonie ?

J’en appelle au calme et au sens des responsabilités. Cet accord vise précisément à apporter de la stabilité, de la lisibilité et des perspectives. Je pense d’abord aux jeunes Calédoniens. Nous leur devons un avenir apaisé, des opportunités économiques et un cadre de vie serein. Et à la fin, ce sont les Calédoniens qui trancheront puisqu’ils seront amenés à se prononcer sur l’accord de Bougival complété par l’accord Elysée-Oudinot. Le dernier mot leur appartiendra.

Un nouveau calendrier de mise en œuvre de l’accord a été dévoilé. Il prévoit notamment un quatrième report des élections provinciales. Pourquoi était-ce nécessaire, selon vous ? Cela ne pose-t-il pas un problème démocratique et de représentativité ?

Le calendrier est indicatif et reprend celui de Bougival, ajusté au regard des circonstances. Les partenaires se sont accordés sur une séquence cohérente : révision constitutionnelle, avant-projet de loi organique, consultation des Calédoniens, puis élections provinciales avant la fin de l’année.

Le cadre juridique est sécurisé.

Il n’est pas possible d’enchaîner ces étapes sans sécuriser juridiquement l’ensemble du processus. La révision constitutionnelle doit intervenir avant les prochaines élections provinciales afin que celles-ci soient organisées conformément au corps électoral prévu par l’accord. Ce décalage est une condition de sérieux et de clarté démocratique.

Pensez-vous que le Conseil constitutionnel approuvera cet énième report ?

Ce report sera intégré à la révision constitutionnelle. Or, le Conseil constitutionnel ne contrôle pas la constitutionnalité d’une révision. Par ailleurs, le Conseil d’État a estimé dans son avis du 4 septembre 2025 que le report des élections provinciales se justifiait pour " permettre la mise en œuvre de cet accord " dans un but d’intérêt général. C’est exactement le même état d’esprit qui justifie ce nouveau calendrier. Le cadre juridique est donc sécurisé.

L’accord comporte également un volet économique et social, dans lequel l’État s’engage à accompagner financièrement le territoire. C’était une demande forte des délégations calédoniennes. Comment ce soutien va-t-il se traduire concrètement ?

Le protocole financier consolide un pacte de refondation de 2,2 milliards d’euros sur la période 2026-2030 tel que souhaité par le Premier ministre. C’est un engagement exceptionnel de l’État, dans un contexte budgétaire pourtant contraint.

J’ai pris des engagements très concrets et ils sont déjà dans les faits. Les amendements que j’ai portés dans le cadre de la discussion budgétaire seront intégrés au projet de loi de finances pour 2026, pour un total de 300 millions d’euros : pour la filière nickel, pour l’attractivité économique et pour l’investissement dans la jeunesse.

Sans stabilité politique, l’investissement et la confiance nécessaires à une relance durable de l’économie ne seront pas au rendez-vous.

Avec le protocole financier signé lundi avec les partenaires calédoniens, nous allons encore plus loin : 60 millions d’euros de subventions supplémentaires dès 2026, deux années blanches en 2026 et 2027 sur les remboursements de prêts, et 10 millions d’euros au titre de la solidarité républicaine pour soutenir les dépenses sociales de proximité. Donc oui, l’État est au rendez-vous et pas avec des mots mais avec des moyens.

Ce financement de l’État est-il conditionné à l’adoption, par le Parlement, de l’accord signé lundi ?

Absolument pas. J’ai souhaité que le pacte de refondation économique avance indépendamment du calendrier politique. Dès novembre, alors même que le processus de Bougival était suspendu, nous avons travaillé sur ce volet. En décembre, j’ai porté des amendements au projet de loi de finances représentant près de 300 millions d’euros d’autorisations d’engagement qui n’étaient liés à aucun accord.

Il n’y a pas de logique de chantage. Mais il faut être lucide : sans stabilité politique, l’investissement et la confiance nécessaires à une relance durable de l’économie ne seront pas au rendez-vous.

Sans majorité à l’Assemblée, pensez-vous parvenir à convaincre suffisamment de parlementaires français d’adopter le projet de loi constitutionnelle ?

Les partenaires calédoniens ont fait des efforts considérables pour parvenir à un compromis. L’État a assumé sa part. Il faut bien comprendre que les Calédoniens n’ont pas à payer le prix d’un blocage à Paris. Il appartient désormais au Parlement d’être à la hauteur de cet engagement collectif.

Je continue à m’entretenir avec l’ensemble des partenaires calédoniens.

Quelles seraient les conséquences d’un rejet de cet accord par le Parlement ?

Ce serait une bien mauvaise nouvelle pour la stabilité du territoire. Le rejet prolongerait une incertitude qui pèse lourdement sur la société calédonienne. Je rappelle que le territoire a perdu 13 % de son PIB pour entrer dans une spirale de récession et que les Calédoniens sont usés. Le statu quo n’est dans l’intérêt de personne, certainement pas des Calédoniens.

Comptez-vous reprendre d’éventuelles discussions avec les représentants du FLNKS ?

Je continue à m’entretenir avec l’ensemble des partenaires calédoniens. Le dialogue reste indispensable pour avancer, à condition qu’il s’inscrive dans la responsabilité et dans la prise en compte des réalités quotidiennes des Calédoniens.

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