
Contrairement aux rumeurs qui donnaient Emmanuel Tjibaou battu à son poste de président de l’Union calédonienne, ce dernier a été largement reconduit à la présidence à la tête du parti, dimanche 25 janvier en clôture du 56e congrès annuel du parti, qui s’est tenu ce week-end à la tribu de Penelo, à Maré. Il a obtenu 139 voix des 200 délégués. Élu en novembre 2024, le député était depuis fragilisé par sa participation, au sein de la délégation du FLNKS, à la signature du projet d’accord de Bougival. Un épisode largement revenu dans les discussions du week-end et qui n’a pas empêché les délégués de renouveler leur confiance à l’actuel président.
À une interversion près, le bureau élu demeure identique. Il se compose de Pierre-Channel Tutugoro et Mickaël Forrest comme vice-présidents, Christian Tein en qualité de commissaire général, assisté d’Hervé Tein-Taouva. Dominique Fochi conserve le poste de secrétaire général, entouré de Romuald Pidjot et d’Amandine Darras comme secrétaires généraux adjoints.
Au-delà des questions statutaires, le congrès a été fortement structuré par le discours d’ouverture d’Emmanuel Tjibaou, prononcé vendredi devant plusieurs centaines de militants ayant fait le déplacement à la tribu de Penelo. Un discours au ton particulièrement ferme, dans lequel le président de l’UC a qualifié l’accord Élysée-Oudinot [1] d'"arme " destinée à mettre fin au processus de décolonisation engagé par les accords de Matignon et de Nouméa.
"L’accord de Bougival n’a d’accord que le nom", a martelé Emmanuel Tjibaou, dénonçant un " passage en force " de l’État et appelant explicitement à " la lutte " pour empêcher sa mise en œuvre. Le président de l’UC a également mis en garde contre une " recolonisation qui ne dit pas son nom " et contre une " partition de fait du pays " à travers le projet d’hyper-provincialisation contenu dans le texte.
Cette ligne de fermeté a servi de cadre aux quatre ateliers organisés durant le week-end, consacrés à la stratégie de décolonisation, aux échéances électorales à venir et en particulier les élections municipales – vu comme un tremplin avant les élections provinciales -, à la mobilisation politique et aux réponses à l’urgence économique et sociale.
Le discours, largement diffusé en dehors des frontières du Caillou, avait autant vocation à mobiliser les militants qu’à sensibiliser parlementaires et soutiens extérieurs au mouvement indépendantiste. Il insiste enfin sur l’importance de construire un projet de société capable de susciter l’adhésion en dehors de l’électorat strictement indépendantiste, au-delà des simples slogans " incantatoires ".