
Les inégalités entre l’Hexagone et les territoires d’Outre-mer sont un fait établi et c’est également le cas en matière d’accès à la santé. Le Conseil économique, social et environnemental national (Cese) a rendu public, mardi 27 janvier, un rapport sur la question. Comme le souligne le document, les principaux objectifs de ce travail étaient de mettre en lumière la situation dans ces territoires, " souvent insuffisamment connue, documentée, et prise en compte dans les politiques nationales ", et de proposer des solutions transversales. À noter que si la Nouvelle-Calédonie est compétente en matière sanitaire, elle est également associée aux recommandations formulées par le Conseil.
Pour le Cese, cette inégalité d’accès à l’offre de soins pose la question de l’inclusion des populations ultramarines et de la cohésion nationale. " Si le système de santé est défaillant, apparaît mécaniquement, notamment en Outre-mer, la question de la place que l’on reconnaît au citoyen qui doit s’accommoder de ces défaillances. Et donc celle de l’adhésion à un modèle républicain qui ne tiendrait pas ses engagements ", souligne le rapport. Une situation qui est, toujours selon le rapport, à l’origine d’une défiance envers les autorités sanitaires qui s’est particulièrement illustrée lors de la crise Covid.
Le déficit d’infrastructures, de politiques sanitaires, de statistiques ainsi que d’évaluation ou de pilotage ont des effets très concrets pour les différentes populations. Le Cese met ainsi en avant des niveaux de surmortalité " plus élevés qu’attendu statistiquement dans les départements et régions d’Outre-mer ". On apprend ainsi qu’à âge égal, la mortalité est plus élevée de 89 % à Mayotte, 37 % en Guyane ou encore 9 % à la Guadeloupe.
Pour le Conseil, la situation est le fruit " d’impensés " qui " concernent tant l’organisation de l’offre de soins […] que la prévention, la recherche ou la prise en compte des savoirs et pratiques traditionnels. "
L’absence de stratégie globale et d’anticipation font craindre aux conseillers la survenue de crises sanitaires et sociales. C’est en particulier le cas de la problématique du vieillissement des populations. " Le manque de préparation face au vieillissement rapide constitue un risque majeur pour les systèmes de santé et médico-sociaux ", s’alarme le CESE qui redoute l’explosion à venir de cette bombe sociale, mal anticipée et sous-financée.
Le phénomène est d’autant plus inquiétant dans les Outre-mer qu’il se conjugue à des niveaux de précarité plus élevés que dans l’Hexagone, ainsi que des pathologies chroniques plus fréquentes, des pertes d’autonomie plus précoces ou encore des restes à charge plus lourds pour les familles.
De manière plus générale, le rapport du Cese insiste sur la fragilité des systèmes de santé ultramarins face à des chocs extérieurs. Il le démontre en prenant notamment l’exemple de l’insurrection de mai 2024 qui a provoqué une rupture d’accès aux soins, particulièrement problématique pour les malades chroniques, mais aussi provoqué le départ de soignants.
Dans son avis, le Cese recommande avant tout de mieux documenter la santé en Outre-mer, en produisant les mêmes indicateurs que dans l’Hexagone et en harmonisant les statistiques entre organismes nationaux et instituts locaux, dont l’Isee pour la Calédonie. L’objectif affiché est de permettre un pilotage plus fin et une réelle territorialisation des politiques de santé.
Le Conseil plaide aussi pour des objectifs sanitaires adaptés à chaque territoire, adossés à des programmations budgétaires pluriannuelles, et pour une meilleure coordination de l’action publique via la création d’un comité interministériel dédié aux Outre-mer. Sur l’accès aux soins, il appelle à corriger les inégalités de financement, à sécuriser les évacuations sanitaires et l’approvisionnement en médicaments.
En revanche, aucune recommandation spécifique n’est formulée sur le vieillissement, pourtant longuement documenté dans le rapport. Pour la Nouvelle-Calédonie, l’anticipation du choc du grand âge et le rattrapage en matière d’infrastructures sont de fait renvoyés aux décideurs calédoniens, entièrement compétents en matière sanitaire et sociale.