
Sa parole publique est rare, et à la tribune de l’assemblée de la province Nord, le mercredi 28 janvier, Paul Néaoutyine a choisi ses mots. "Je ne suis pas près d’avaler qu'on parle de continuité, alors qu’il n’y en a pas", a déclaré le président de l’institution et chef du Palika, en référence aux accords de Bougival et d’Élysée-Oudinot. "Il n’y a pas beaucoup de continuité entre l’Accord de Nouméa et ces textes", a-t-il insisté.
Ces accords ont pourtant été signés par des représentants de l’Uni, coalition à laquelle appartient le Palika. Le président du Nord ne conteste pas cette légitimité. "Nos représentants ont pris leurs responsabilités, moi j’ai pris les miennes à l’époque", a-t-il précisé. Une déclaration qui traduit une vision politique bien différente de celle affichée par l’Uni.
Le président de la province critique sans détour l’orientation institutionnelle ébauchée dans le projet d’accord signé à Paris. Il évoque notamment "le fédéralisme préconisé à Bougival" et s’interroge sur ses conséquences. "La fiscalité va être déclinée, ce ne sera plus la fiscalité de la Nouvelle-Calédonie", craint-il. À l’inverse, il réaffirme ses "fondamentaux" : "le rééquilibrage" et "l’unicité du pays". Même inquiétude concernant la "doctrine nickel" et le rôle des provinces.
"C’est la première fois que je me permets de parler du contexte institutionnel", a-t-il ajouté, rappelant qu’il s’est tenu à l’écart des discussions après que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, aurait évoqué la possibilité de "contourner légalement" le président de la province Nord. "Je m’y tiens", ajoute-t-il.
Dans son intervention, Paul Néaoutyine est également revenu à l’esprit de l’Accord de Nouméa. "Il n’y avait pas que deux options", rappelle-t-il, évoquant l’idée d’un "destin commun décolonisé" et soulignant que la lecture binaire du débat institutionnel actuel ne correspond pas, selon lui, à l’architecture initiale.
Sans remettre en cause la signature de l’UNI, le président de la province Nord semble cependant prendre ses distances avec cette ligne politique. "Chacun a le droit à son libre arbitre", précise-t-il.
Une déclaration qui sera, à n'en pas douter, évoquée ce samedi 31 janvier du côté de la tribu de Tchambouène, à Pouébo, où le Palika est réuni en assemblée générale.