
La vie reprend doucement sur les campus de Nouville et de Baco. Depuis lundi 2 février, les équipes pédagogiques de l’Université de Nouvelle-Calédonie préparent la rentrée 2026. Dès ce mercredi 4 février, plusieurs milliers d’étudiants vont investir les deux sites pour une nouvelle année universitaire. Elle sera placée, comme 2025, sous le signe de "la reconstruction", a affirmé Cahterine Ris, présidente de l’UNC, lors de la rentrée solennelle qui a réuni, mardi 3 janvier, une centaine de personnes, élus, partenaires et représentants de la société civile, au sein de l’Amphi 400.
Bientôt deux ans après les émeutes qui ont secoué le territoire, "nous avons le devoir, dans le périmètre de ce qui nous est possible, d’impulser des projets qui portent l’avenir de la Nouvelle Calédonie et accompagnent sa restructuration", a-t-elle affirmé. L’heure est donc à la "priorisation" et la "redéfinition" des programmes portés par l’UNC. Au cœur du projet : l’amélioration de la vie étudiante. La crise économique n’a pas épargné les étudiants, parmi les premiers touchés par la précarité galopante.

Avec son "schéma directeur de la vie étudiante", l’UNC espère "redonner des repères, de la stabilité et un cadre structurant à la vie étudiante", indique sa présidente. Avec, comme boussole, "la réussite, le bien-être, la prévention, l’inclusion et la qualité de vie de nos campus". Concrètement, il s’agira de mener une réflexion large sur la santé mentale des étudiants, leur mobilité, l’accès aux services… Un travail est également engagé avec les pouvoirs publics pour la création d’un statut étudiant et la mise en place d’un congé menstruel pour les étudiantes.
L’année 2026 devra aussi permettre à l’UNC de rebâtir les relations avec ses partenaires étrangers que la crise insurrectionnelle de 2024 a quelque peu rompues. "Une université ne peut pas se concevoir sans ses liens à l’international, estime Catherine Ris. En 2024-2025, nous avons beaucoup souffert de l’isolement dans lequel a été placée la Nouvelle-Calédonie, avec des étudiants et des chercheurs qui n’ont pas pu venir." Cette nouvelle année devra permettre de "rattraper le temps perdu" en termes de coopération internationale. Dans cette optique, l’UNC entend renforcer le "réseau des universités insulaires" et poursuivre le projet d’Erasmus du Pacifique, porté par Emmanuel Macron, désormais connu sous le nom de "Campus mobile Pacifique", dont l’objet est de financer la mobilité des étudiants de la région vers les territoires français du Pacifique.

Parmi les grands projets de l’université, une nouvelle infrastructure scientifique pourrait également voir le jour cette année : le Centre de recherche sur les maladies vectorielles, "réponse concrète aux effets du changement climatique" et "pôle d’excellence en entomologie tropicale au service de la santé publique". L’autre programme notable, déjà évoqué l’an dernier : la création d’un Institut d’études politiques (IEP) du Pacifique, intégré au réseau Sciences Po. L’UNC espère ouvrir la formation, étalée sur cinq semestres, dès la rentrée 2027. Avant ça, une "Masterclass" de la science politique dans le Pacifique sera donnée du 22 au 27 juin 2026 à vingt participants (étudiants, agents, élus…) pour commencer à bâtir un réseau dans la région.
Autant d’investissements "dans la jeunesse, dans l’intelligence", qui s’avèrent particulièrement nécessaires à l’heure où la recherche scientifique est de plus en plus décriée, a fait remarquer Catherine Ris. "Santé, inégalité, numérique, intelligence artificielle, les enjeux sont majeurs, les faits sont établis, les travaux existent et pourtant la défiance progresse, la désinformation circule, l’expertise est parfois relativisée, parfois attaquée et il faut le dire le contexte international affaiblit la science à l’échelle mondiale."
Face à cela, "l’université ne peut pas se taire" et "doit prendre part au débat public". Reste la question de sa capacité financière. Alors que les universités "n’ont jamais été autant sollicitées", elles sont désormais de plus en plus forcées à recourir aux appels à projet pour capter de nouvelles sources de financement. Ils sont "devenus un levier central", mais ne doivent pas pour autant représenter "une béquille permanente", note sa présidente, avec l’espoir que les financements publics soient renforcés. Car "il n’y a pas de société forte, sans une université forte".