
Rio Tinto, qui avait jusqu’au jeudi 5 février fin de journée pour formuler une offre, a expliqué dans un communiqué qu’il "ne considère plus une éventuelle fusion ou autre opération de rapprochement", jugeant qu’il n’est "pas possible de parvenir à un accord qui créerait de la valeur pour ses actionnaires", sans plus d’explications.
"Les deux parties n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les termes d’un rapprochement", a confirmé Glencore dans sa propre communication. "Les principaux termes de l’offre envisagée prévoyaient que Rio Tinto conserve les fonctions de président et de directeur général, ainsi qu’une répartition du capital du groupe combiné qui, selon nous, sous-évaluait de manière significative la contribution relative de Glencore à la valeur du nouvel ensemble", a ajouté le groupe suisse.
Glencore/Rio Tinto : les enjeux d’un projet de méga-fusion dans le secteur minier [1]
L’opération aurait fait émerger un mastodonte valorisé à 223 milliards d’euros (26 600 milliards de francs), particulièrement important dans le cuivre, sur un secteur en pleine consolidation. Le cours de Glencore a perdu jusqu’à près de 11 % à la Bourse de Londres après cette annonce, le recul de Rio Tinto, également coté dans la capitale britannique, n’ayant que temporairement dépassé 3 %.
"Les déclarations des deux sociétés ont laissé entrevoir le fossé qui les sépare", souligne Danni Hewson, analyste chez AJ Bell. "On pensait que le nouveau directeur général de Rio Tinto (Simon Trott) pourrait combler les différences culturelles entre les deux sociétés et réussir à mener à bien cette méga-fusion. Mais avec des enjeux aussi importants et des actionnaires à apaiser, il semble qu’au final, le chiffre magique n’ait pas pu être trouvé, du moins pas pour l’instant", ajoute-t-elle.
La reprise des pourparlers entre les deux groupes, rendue publique début janvier, devait avoir lieu via un rachat par Rio Tinto entièrement en actions. En combinant leurs forces, les deux entreprises auraient renforcé leur capacité à acquérir des ressources en cuivre, dont la demande explose avec la montée des dépenses de défense, le développement des énergies renouvelables et la croissance des centres de données liés à l’IA.
Le directeur général de Glencore, Gary Nagle, avait d’ailleurs présenté en décembre des plans visant à faire du groupe l’un des plus grands producteurs de cuivre au monde.
Rio Tinto, également actif dans le fer, le cuivre, l’aluminium ou encore lithium, était particulièrement intéressé par les riches ressources en métal rouge exploitées par son concurrent, au moment où son prix bat record sur record. Mais selon le groupe suisse, l’offre envisagée ne valorisait justement "pas correctement" cette activité, "son important potentiel de croissance et la valeur substantielle des synergies envisageables".
"Nous avons conclu qu’une acquisition sur cette base n’était pas dans l’intérêt des actionnaires", explique Glencore, pour sa part actif dans le nickel, le cobalt ou encore le charbon. En 2024, de précédents pourparlers sur un projet de fusion entre les deux groupes avaient échoué, déjà en raison de divergences.
En novembre, le géant australien BHP a renoncé à son projet de rachat du britannique Anglo American, qui aurait créé le numéro un du cuivre. Mais Anglo American est, lui, en passe d’obtenir le feu vert de l’UE pour fusionner avec le Canadien Teck Resources, une opération qui mettrait la pression sur les autres acteurs du secteur.