
Sous le – déjà chaud – soleil matinal de ce samedi 14 février, les poissons encore couverts de glace attirent les clients du marché. De 7 heures à la fin de la matinée, la Fédération des pêcheurs professionnels côtiers de la province Sud, avec l’appui de la Chambre d'agriculture et de la pêche, a organisé un premier “Fish Market” autour du bossu doré. L’objectif : redonner du dynamisme au marché aux poissons, mettre en avant la saisonnalité et rapprocher pêcheurs et consommateurs. "On voulait montrer qu’on pouvait pêcher du bossu doré, le débarquer extrêmement frais et le vendre directement sur les étals", explique Benoît Béliaeff, président de la Fédération des pêcheurs professionnels côtiers de la province Sud et élu à la Chambre d'agriculture et de la pêche.

Ce premier "Fish Market" est pensé comme un test. "Le marché de la Moselle était un peu en perte de vitesse, pour des raisons économiques, avec moins de pouvoir d’achat et des départs vers la Métropole. On a voulu redonner du dynamisme", poursuit-il.

La star du jour, c’est le bossu doré. "Il y en a toute l’année, mais en cette saison ils se regroupent près des récifs. Les captures sont plus importantes", détaille Benoît Béliaeff. Un poisson apprécié pour sa chair et pêché à la main, "avec des lignes à hameçons uniques".
Sur le quai, Christophe Pierron, pêcheur professionnel et vice-président de la Fédération, présente un spécimen. "Là, c’est juste pour montrer le débarquement. Les gens achètent ensuite sur les étals", précise-t-il.

Pour attirer le public, un effort a également été fait sur les prix. "On est à 800 francs le kilo. D’habitude, c’est 950. C’est un très bon prix, pour les clients comme pour nous", assurent les pêcheurs.
Un peu plus loin, Aurélien Lalanne, gérant de Sur un autre thon, décline le bossu doré en fish and chips, sashimi, ceviche ou tartare. "Le principe, c’est de dire aux consommateurs qu’on peut manger du poisson local toute l’année, mais qu’il y a des saisons, comme pour les fruits. Le poisson de saison aujourd’hui, c’est le bossu doré."
Le restaurateur insiste sur la cohérence de l’événement. "En ce moment, il est en bonne quantité et, par rapport au stock, il convient de le pêcher maintenant." Et surtout, de le vendre en circuit ultracourt. "Tout ce qu’on vend est acheté juste en face, chez le poissonnier."
Cette première édition sert aussi de ballon d’essai. "L’idée, c’est de voir s’il y a la place pour un vrai fish market à Nouméa, comme à Sydney, mais à notre échelle. Si ça marche, pourquoi pas proposer un projet solide à la mairie, avec le plus de restaurateurs possible."

Autour des étals, certains clients découvrent le concept. "Je ne savais pas qu’on pouvait faire du tartare avec du bossu doré. D’habitude, on mange du thon", confie une dame récemment arrivée sur le Caillou. "C’est une bonne idée pour faire découvrir la production locale."
D’autres sont plus réservés sur la consommation sur place. "Les gens viennent au marché, mais préfèrent manger chez eux. C’est mon avis", glisse une habituée, tout en reconnaissant l’intérêt de l’initiative.
Pour Marc Poncelet, pêcheur et vendeur, l’événement présente un véritable enjeu. "C’est une première, il y a un peu de monde qui commence à arriver. Si on fait ça régulièrement, avec des thèmes, les gens vont être contents", estime le jeune professionnel, qui défend un poisson aux qualités méconnues. "Chair blanche, pas de gratte, ça se tient bien. À la poêle, simplement", conseille-t-il.

Egalement présent sur le marché, Jean-Christophe Niautou, président de la Chambre d'agriculture et de la pêche, replace ce "Fish Market" dans une stratégie engagée depuis plusieurs années. "Nous sommes totalement orientés vers les marchés de proximité, du producteur-pêcheur au consommateur. Cette stratégie s’est accentuée depuis mai 2024", explique-t-il. Un choix économique, mais aussi réglementaire. "La vente illégale et la concurrence déloyale pénalisent les professionnels qui ont des permis, des charges et respectent les règles." L’objectif est aussi de décliner le Fish Market au fil des saisons "autour des poissons phares de chaque période. Le manger local, c’est tous les jours."
Et pour apprécier comme il se doit le poisson du jour, le président est catégorique. La bonne recette pour "le bossu doré, c’est frit. Avec du riz, un peu de tomate, des oignons et un peu de soyo. C’est comme ça qu’il faut le manger !"
