
Comme les briques Lego qu’il assemble aujourd’hui, Baptiste Sand a construit son parcours pièce par pièce. Après son bac au lycée Jules-Garnier, il choisit l’Allemagne pour tenter un cursus d’ingénierie. "Le gap (décalage) entre la langue et l’ingénierie a été un gros challenge, c’était un peu trop", reconnaît-il. Il bifurque alors vers le design, qu’il découvre en France : deux années à Mont-de-Marsan, puis une dernière à Nice. "J’ai choisi le design parce que c’était un juste milieu : créatif, mais pas de l’art pour l’art. Je voulais quelque chose qui touche les objets du quotidien."
En France, il découvre aussi la réputation des écoles scandinaves. "Le Danemark est très fort en design et en éducation." Il choisit alors le master Design for Play, dédié au jeu et à l’apprentissage, qui s’appuie sur un principe fondateur : apprendre en jouant. C’est dans ce cadre qu’il décroche un premier job étudiant chez Lego Education, grâce à un mail spontané, presque naïf. "J’ai écrit à la chargée des partenariats entreprise en avouant que le travail de nuit comme barman n’était pas pour moi. Ils ont trouvé ça trop honnête pour ne pas me rencontrer." À l’issue de son diplôme, à l’été 2024, l’expérience se transforme : Lego lui propose un poste à plein temps.
Sa mission est claire : concevoir les terrains de jeu et les défis de la First Lego League, compétition internationale de robotique pour enfants. "Je conçois un terrain de jeu avec des challenges. On le donne aux équipes, et elles doivent construire et programmer un robot pour accomplir les missions." L’ingénierie est toujours là, mais recentrée sur les fondements du jeu : concevoir une mécanique, stimuler l’envie de construire et servir un objectif éducatif. L’impact est considérable : "On a dépassé les cent mille équipes, jusqu’à dix enfants par équipe."
Baptiste Sand garde un regard curieux, toujours avide de découvertes. "L’Europe, c’est comme un grand pays : on passe facilement d’un État à l’autre et on découvre des écoles très différentes." Aux jeunes Calédoniens, il rappelle qu’il existe bien d’autres options que la seule France : Belgique, Suisse, Scandinavie… Quant à la langue, il veut tordre le cou aux idées reçues. "Même au Danemark, je ne parle que l’anglais", sourit-il.
Cette ouverture au monde n’efface pas pour autant ses racines. "Je ne suis pas Français, je suis Calédonien." Une identité qu’il revendique, même si son avenir, pour l’instant, s’écrit loin du pays. Car revendiquer ses racines n’implique pas forcément un retour immédiat. Le marché calédonien reste limité et son domaine, le design for play, très spécifique. "Et je n’ai pas encore vécu dans une très grande ville, ça me donne envie", reconnaît-il. Il envisage donc de poursuivre son parcours en Europe, tout en gardant à l’esprit l’envie de "faire rayonner l’île" à travers ses projets.

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