
Ils étaient plus de 200, ce vendredi 20 février, à braver une pluie incessante pour faire entendre leur colère, dans les rues de Nouméa. "Non à Tontouta, oui à Magenta !", scandait la foule, composée en grande partie d’habitants des îles. Parti de la Vallée-du-Tir vers 8 heures, le cortège s’est rendu devant le siège du gouvernement, puis au pied du Congrès, pour finir devant le siège social d’Air Calédonie.

Alors que la compagnie se prépare à opérer ses premiers vols depuis l’aéroport international de La Tontouta à partir du lundi 2 mars [1], une partie des Îliens sont bien décidés à ne pas lâcher la pression pour faire annuler ce transfert. Organisée par les collectifs de coutumiers des quatre îles, la manifestation visait justement à "faire entendre notre voix", en particulier auprès des élus qui "s’en foutent de nous", criait Henri Juni, syndicaliste et membre du FLNKS, au micro.
Au milieu du cortège à l’arrêt, boulevard Vauban, Pierre Titi écoute les différentes prises de parole. Originaire de Lifou, il voit le transfert d’Aircal vers Tontouta comme un affront fait aux habitants des îles. "On sait très bien qu’Air Calédonie est en grande partie détenu par le gouvernement [à 50,2 % NDLR], donc pour nous, c’est un service public, et ce n’est pas à la population de subir les difficultés budgétaires." Lui qui vit à Nouméa et retourne "deux fois par mois" à Lifou, s’inquiète de devoir faire le trajet jusqu’à Tontouta. "Il y a 45 minutes de route, et elle est dangereuse. Normalement, un gouvernement est là pour assurer la sécurité de sa population, là on rajoute de l’insécurité."

Pauline, également originaire de Lifou, est venue par "solidarité pour les gens des îles". Elle s’y rend "quatre ou cinq fois par an", mais pense surtout "aux familles" qui font des allers-retours réguliers. "Lorsqu’il y aura des annulations de vols, ça va être compliqué pour ceux qui n’ont pas de voiture. Et 500 francs le trajet en bus, pour une famille nombreuse, ça devient cher." À ses côtés, Juliette, elle, en a assez de "subir". "S’il fallait faire quelque chose pour cette compagnie, c’était avant. Pourquoi, du jour au lendemain, ça devient urgent de procéder à ce transfert ?", s’interroge-t-elle.
La mobilisation s’est également étendue aux îles. Les quatre aérodromes ont été fermés sur décision des comités créés par les coutumiers. Air Calédonie a pris la décision d’annuler l’ensemble des vols vendredi 20 et samedi 21 février. Le sujet a également animé les débats lors de l’examen du budget primitif 2026 au Congrès [2]. Le président de la province des Îles, Mathias Waneux, a demandé au président du gouvernement un moratoire sur le transfert de la compagnie à Tontouta.

Alcide Ponga a refusé, estimant qu’Air Calédonie et le gouvernement n’avaient plus les moyens d’attendre. "Je ne veux pas être le président qui a fait couler la compagnie", a répété le chef de l’exécutif. Le déménagement d’Air Calédonie doit lui permettre d’économiser 500 millions de francs par an.
Les représentants des collectifs ont déposé un cahier de doléances sur le bureau du Congrès et ont été reçus par des responsables du groupe UC-FLNKS et Nationalistes.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/transports/comment-l-aeroport-de-la-tontouta-se-reorganise-pour-accueillir-les-passagers-d-aircal
[2] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/economie/politique/le-congres-adopte-un-budget-2026-de-responsabilite-construit-autour-du-soutien-financier-de-l-etat
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