
Aujourd’hui encore, les chalands miniers utilisés en Nouvelle-Calédonie sont importés. Ce n’est pourtant pas une fatalité. Deux entreprises locales de chaudronnerie, Socometal et AMC, veulent changer la donne en proposant une fabrication locale. L’idée s’est imposée face à un double constat. Le premier est que, depuis les émeutes, les ateliers de chaudronnerie tournent au ralenti et nombre d’ouvriers qualifiés ont été mis au chômage. Le second est que la flotte de chalands vieillit, alors que la réglementation entrée en vigueur en 2022 impose de lourdes rénovations et, dans certains cas, des remplacements. Autant de travaux qui relèvent directement du savoir-faire de la chaudronnerie.
"Ce qui m’a poussé à agir, assure Vincent Reuillard, directeur général d’AMC, c’est cette nouvelle réglementation. J’ai tout de suite pensé qu’il y aurait un besoin." Au même moment, Socometal rénovait justement un chaland en très mauvais état pour un client. L’entreprise a alors mesuré l’ampleur des travaux à venir et compris que cette nouvelle donne ouvrait une véritable opportunité de marché. La joint-venture est apparue presque comme une évidence.

L’entreprise AMC avait d’abord exploré la possibilité de porter seule le projet, sans réussir à le concrétiser. Socometal, de son côté, en est arrivée à la même conclusion : un tel volume de production ne pouvait être assumé individuellement. L’un et l’autre ont donc vu dans le partenariat la meilleure manière d’avancer. "À un moment donné, on s’est dit : on travaille tous les deux sur le même projet, un projet qui n’existe pas en Calédonie. Alors, pourquoi ne pas s’allier pour être plus compétitifs ?", analyse Barbara Vlaeminck, gérante de Socometal.
Il y a un an, les deux entreprises ont donc choisi de travailler ensemble. Dans les faits, elles associent leurs moyens de production : les ateliers des deux sociétés et, côté Socometal, un terrain en bord de mer indispensable pour l’assemblage final. Leurs savoir-faire d’ingénierie se complètent, et les séances de réflexion communes se révèlent particulièrement productives. "Nous avons réuni nos compétences et travaillé côte à côte. Cette dynamique collective nous a permis de concrétiser le projet", observe Vincent Reuillard. Cette collaboration a changé les relations entre les deux sociétés : "Ça nous a rapprochés".
Le projet vise aussi à répondre à une urgence sociale. La crise a fragilisé toute une main-d’œuvre spécialisée. "Beaucoup d’ouvriers qualifiés ont même quitté la Nouvelle-Calédonie. Ce sont des compétences construites depuis quinze à vingt ans qui risquent de disparaître", déplore Vincent Reuillard. Relancer la construction de chalands localement permettrait de retenir ces savoir-faire, de maintenir un tissu industriel fragilisé et de donner de nouvelles perspectives aux équipes. La rapidité de mise en œuvre est un autre point fort du projet.
Les deux entreprises assurent être prêtes à passer à l’action sans délai. "Dès qu’une commande tombe, nous pouvons lancer la construction", assure Barbara Vlaeminck. Les infrastructures sont identifiées, les équipes mobilisables, et la chaîne de production, n’attendent plus qu’un signal. "C’est un projet qui remet des gens au travail immédiatement", insistent les partenaires. Et il ne se limite pas à la construction de chalands. Les deux structures y voient le point de départ d’une véritable filière navale locale : démantèlement d’anciens bateaux, implication de nouveaux corps de métiers et, à terme, la possibilité de bâtir des navires plus complexes. "Ce n’est pas un pari risqué. Nous avons les compétences, et c’est une occasion de structurer durablement le maritime en Nouvelle-Calédonie", martèlent les deux sociétés.
Fabriquer localement n'est pas forcément synonyme de surcoût rédhibitoire. "Dans le cadre de notre analyse, on a vu qu'on pourrait sortir un chaland calédonien environ 10 % au-dessus des prix asiatiques, fret inclus", précise Barbara Vlaeminck. Cet écart pourrait toutefois être compensé par des avantages bien réels : la possibilité d'assurer facilement la maintenance, un meilleur contrôle de la qualité et une relation de proximité avec le fabricant. Pour renforcer la compétitivité, les partenaires estiment qu'un soutien public serait nécessaire : un "coup de pouce" politique, voire "la création de zones franches permettant d'alléger les charges sociales et de maintenir la main-d'œuvre locale face à la concurrence asiatique".
Made in [1] est le magazine de la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie [2].
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