
En Nouvelle-Calédonie, l’électricité consommée, à savoir 2 018 gigawattheures, l’est à deux tiers (1 327 GWh) par les métallurgistes, et à un tiers (691 GWh) par les Calédoniens (particuliers, professionnels et collectivités). Si les sidérurgistes produisent la majorité de leurs besoins en énergie, une partie provient néanmoins d’Enercal, via le barrage de Yaté et les excédents de photovoltaïque. Le reste de l’électricité produite sur le territoire par Enercal et une dizaine d’opérateurs est destiné à la consommation publique.

Concernant le mix électrique, les équilibres sont sensiblement les mêmes que l’année dernière. À savoir 82 % d’énergie fossile et 18 % de renouvelable pour la métallurgie, et 35 % de fossile et 65 % de renouvelable pour la production publique. Quant à la quantité émise de CO2 par kWh consommé, elle est passée de près d'1 kg en 2016, à 320 g en 2025.
"On constate une assez forte baisse de la consommation en électricité des métallurgistes sur trois ans", relève Jean-Gabriel Faget, directeur général d'Enercal. Une tendance marquée par l’arrêt de KNS au premier semestre 2024, puis par les émeutes, qui ont affecté l’activité de Prony et de la SLN, avant de se stabiliser et repartir à la hausse. "On remarque une légère croissance depuis mi-2025, parce que PRNC a eu une bonne année de production, et que la SLN a connu une reprise partielle."

Le phénomène avait déjà été observé l’année dernière, lors du bilan de 2024 : l’érosion du nombre d’abonnés après les émeutes. "Environ 3 500 clients ont résilié leur contrat chez leur distributeur" (EEC ou Enercal, NDLR), indique Jean-Gabriel Faget. Cette diminution s’est accompagnée d’une baisse de la consommation des Calédoniens de 10 %. "Mais, depuis le milieu de l’année dernière, on constate qu’elle s’est stabilisée, la diminution est enrayée."

Jean-Gabriel Faget le reconnaît, il y a eu deux fois plus de coupures de courant ces deux dernières années que par le passé. Il s’agit, pour trois d’entre elles, d’incidents techniques sur le poste de Ducos, récemment rénové. "Les problèmes sont résolus et on devrait retrouver une situation normale", précise le directeur. Quatre interruptions ont des causes conjoncturelles, "en raison de vandalisme sur la ligne haute tension qui relie le site de Prony à Ducos". Un retour à la normale est intervenu en décembre. "Le fonctionnement de nos systèmes devrait éviter que ça se reproduise." Deux black-out début 2024 sont liés à un déséquilibre des fours de la SLN. Enfin, une avarie technique sur un poste majeur, celui de Doniambo, qui a provoqué une longue coupure le 21 décembre 2025, "peut être attribuée à l’âge du matériel. Il était prévu d’être remplacé il y a trois-quatre ans, mais l’investissement a été décalé", eu égard à la situation financière dégradée de l’entreprise. Cette recrudescence "d’incidents majeurs est une situation insatisfaisante, commente Jean-Gabriel Faget. On mesure l’impact négatif que cela peut avoir sur nos clients et on doit y mettre un terme. C’est la priorité."

Un des principaux problèmes auquel faisait face Enercal est en passe d’être résolu. Depuis de nombreuses années, ce que payent les Calédoniens ne couvre pas le coût de production, du transport et de la distribution de l’électricité. La Nouvelle-Calédonie devait prendre en charge la différence à travers la composante de stabilisation, ce que la collectivité n’a quasiment jamais fait. C’est donc Enercal qui a supporté ce déséquilibre "en s’endettant, en économisant sur ses charges de fonctionnement et de personnel, et en reportant des investissements", explique le directeur général.
Le vote d’un texte au Congrès sur le système électrique en août 2024 doit régler la situation. D’une part, en augmentant trois fois de 10 % le coût du kWh payé par les Calédoniens – la dernière hausse, après celles de 2024 et 2025, est prévue en octobre. L’objectif étant qu’à partir de 2027, le prix soit automatiquement aligné sur le coût réel. "Le déficit courant est donc en train d’être résorbé, puisque la Nouvelle-Calédonie compense automatiquement, le temps du retour à l’équilibre." D’autre part, la Nouvelle-Calédonie doit solder sa dette historique (résultat du non-paiement de la composante de stabilisation) envers Enercal, qui s’élève à plus de 15 milliards de francs. Son remboursement doit s'effectuer entre 2027 et 2030.
La principale conséquence de cette dette est qu’Enercal n’a pas réalisé les investissements prévus. Les travaux qui ont été décalés doivent démarrer l’an prochain. Ils vont concerner tous les domaines d’activité. Le transport, avec des rénovations de postes, notamment celui de Doniambo, prévu depuis 2020, qui représente pas loin de 900 millions de francs, le barrage de Yaté, ainsi que le renouvellement de réseaux de distribution.
Autre chantier : celui de l’élaboration d’un bilan prévisionnel à horizon 2040, un document structurant visant à répondre aux besoins de consommation des clients et des métallurgistes et à sécuriser la qualité de l’alimentation tout en maîtrisant les coûts. Le document se base sur l’existence de deux métallurgistes, un pyrométallurgiste et un hydrométallurgiste. Un scénario anticipé "par rapport notamment au calendrier de la mission interministérielle, qui vise à préciser l’avenir du secteur en milieu d’année", complète Jean-Gabriel Faget.

→ Un chantier de taille est en cours : la fabrication d’une batterie de stockage d’une capacité de 50 GWh à Boulouparis, qui devrait entrer en service en août 2027, coïncidant ainsi avec l’arrêt de la centrale de Népoui, prévue de longue date. Cette installation "contribuera à décarboner d’à peu près 5 % de plus la consommation des Calédoniens. Les 65 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique passeront, le lendemain de la mise en service de la batterie, à 70 %", informe Jean-Gabriel Faget, directeur général d’Enercal.
→ La société va engager les travaux de confortement du barrage de Yaté, âgé de 70 ans, "un outil essentiel au système électrique", qui représente près d’un tiers de la consommation publique d’électricité. "Il faut lui donner une deuxième vie." Cela se faire notamment à travers un important chantier de génie civil, qui devrait débuter en milieu d’année prochaine et se poursuivre jusqu’en début 2030.
→ Le projet de Step (station de transfert d’énergie par pompage) à Tontouta, porté par Enercal depuis plusieurs années, passe une étape cette année, avec l’inscription de crédits au budget de l’État afin de réaliser un avant-projet détaillé, a annoncé Claire Durrieu, directrice de la mission interministérielle la semaine dernière [2]. L’installation entend augmenter la part du renouvelable dans le mix énergétique de la métallurgie et permettre de maîtriser les coûts. Si la décision est prise de réaliser cet équipement, une mise en service pourrait intervenir fin 2031-début 2032.
→ Enfin, Enercal réfléchit à la conversion de la centrale de Prony du charbon au gaz. "Ce projet démarre, il n’y a pas de décision d’investissement. On va étudier une solution."
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/enercal-2024-une-annee-tres-atypique
[2] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/economie/pacte-de-refondation-il-faut-accelerer-il-y-a-encore-des-chantiers-tres-importants-devant-nous
[3] https://www.lnc.nc/user/password
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[5] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements