
Un chauffe-eau solaire, ce n’est pas qu’un capteur et une cuve. C’est aussi une foule de pièces plastiques discrètes, mais vitales. Quand ces pièces deviennent trop chères, trop longues à obtenir ou trop complexes à produire, c’est toute la chaîne de fabrication qui vacille. En 2018, Williams Danger s’en rend brutalement compte. "Je n’avais plus la capacité d’acheter des grosses commandes." Il fallait trouver une autre voie, et vite. À ce moment-là, l’impression 3D gagne en fiabilité, en précision, en accessibilité. Elle commence à apparaître comme une solution réaliste pour les petites séries industrielles. "C’était un arbitrage. C’était ça ou on ne faisait plus de chauffe-eau", tranche-t-il.
Il démarre avec huit imprimantes en kit. Huit machines qu’il assemble lui-même, comme un Meccano©. Puis il les modifie, les stabilise, les automatise. "Je les ai transformées. J’ai rajouté des capteurs, des fonctionnalités", raconte l’ingénieur de formation. La technologie évoluant vite, il améliore aussi les matériaux : exit les filaments bas de gamme, devenus impossibles à importer après le Covid, place aux fils industriels en PETG carbone ou fibre de verre. "Le rendu est quasi similaire à une pièce moulée." L’impression 3D n’est plus un plan B : elle devient un outil de production, capable de tourner jour et nuit.
Cette montée en compétences l’amène ailleurs, presque naturellement : à concevoir des machines complètes. "L’impression 3D m’a permis de rentrer dans le monde de la robotique", dit-il. À partir de là, tout s’accélère. Il fabrique un robot de soudage, puis un robot de découpe plasma, entièrement conçus en interne, comme les prolongements logiques de ce qu’il apprend au fil des projets. Lorsqu’une machine tombe en panne et qu’un remplacement coûterait trop cher, il ne cherche pas de solution clé en main. Il la reprogramme lui-même, refabrique les pièces défectueuses et relance la mécanique. Un mélange d’ingéniosité et de nécessité, qui l’éloigne un peu plus des solutions standardisées.
Dernière brique : l’intelligence artificielle (IA). Elle lui permet d’aller plus vite, plus loin. "Elle m’aide à coder. On va beaucoup plus vite dans le débogage", précise-t-il. L’IA ne remplace pas le travail : elle réduit le temps passé sur les étapes critiques. Associée à la fabrication additive et à la robotique, elle crée un environnement presque inédit : celui où un industriel local peut, seul, développer un produit complexe et connecté. Impensable il y a dix ans.
Cette combinaison technologique ouvre d’autres perspectives, bien au-delà de son atelier. Les outils existent, sont désormais accessibles, et permettent une créativité accrue, dont le pays a besoin pour traverser la crise. "Sans la techno, je n’en serais pas là." Pour lui, la Nouvelle-Calédonie doit saisir cette chance, estime-t-il. "Les entrepreneurs doivent s’appuyer sur des technologies matures pour créer les entreprises de demain."


Porté par l'essor de l'impression 3D, de la robotique et désormais de l'IA, Williams Danger développe aujourd'hui un nouveau chauffe-eau innovant au sein d'une start-up récemment créée. Un projet rendu possible grâce aux compétences accumulées : conception de pièces, fabrication de machines, prototypage accéléré, mais aussi cette capacité à tester, ajuster, recommencer sans attendre des semaines qu'une pièce arrive. L'impression 3D a été déterminante. Elle lui a permis d'expérimenter rapidement, de produire des pièces techniques et de repenser son produit de fond en comble, en intégrant des formes ou des fonctions qu'un procédé classique n'aurait pas autorisées. Elle a surtout libéré une nouvelle manière de travailler. Reste un prérequis : il faut savoir dessiner. Ingénieur de formation, la modélisation 3D, il connaît. Pour ceux qui démarrent, il rappelle que " l'on peut se former sur Internet très facilement. Il y a beaucoup de tutos, si on a la volonté ". À ses yeux, c'est moins une question d'outillage qu'une question de curiosité et de patience.
Made in [1] est le magazine de la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie [2].
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