
C’est ce qui est statutairement prévu, mais j’avais le choix. Je voulais prendre la présidence parce que j’estime que, dans la période que traverse l’économie calédonienne, ce n’est pas le moment de rester chez soi et de regarder les choses se faire ou ne pas se faire. Nous avons besoin de toutes les énergies pour pouvoir un, survivre, deux, relancer et reconstruire la Nouvelle-Calédonie. C’est donc naturellement que j’ai décidé de m’engager en tant que président du Medef, afin de participer à la vie économique en tant qu’acteur et pas simple spectateur, pour agir sur le développement économique, sur des projets de loi favorables au développement des entreprises, etc. Le fait d’avoir été vice-président pendant quatre ans m’a permis de connaître les dossiers, les adhérents… J’étais également en charge des relations sociales avec les syndicats de salariés et les autres organisations patronales, notamment au sein du Conseil du dialogue social.
Mon père a créé une série de sociétés qui commencent par vigi- : Vigilant, Vigifond, Vigipli, Vigilex… Des petites structures spécialisées dans le service aux entreprises dans différents domaines d’activité : sécurité, environnement, déchets, logistique, entreposage… Nous adhérons au Medef depuis les années 1980.
Aussi loin que je me souvienne, je ne crois pas que la Nouvelle-Calédonie ait connu une crise économique comme celle que l’on est en train de traverser. C’est du jamais vu et c’est la conséquence directe des émeutes. Je ne parle même pas de KNS. Aujourd’hui, l’économie est toujours dans une situation extrêmement délicate, précaire, parce que la relance n’est pas encore là et tarde à venir. Les entreprises souffrent. Pour celles qui n’ont pas disparu, il y a a minima un manque d’activité autour de 30 %. Certains secteurs sont complètement sinistrés, comme le BTP ou le tourisme. Les entreprises ont épuisé leur trésorerie et leur capacité de négociation avec les banques.
On a, depuis le début de l’année, un pacte de refondation. C’est l’aide financière de l’État validée à l’Assemblée nationale, qui prévoit 262 milliards de francs, hors nickel, d’aide à la Nouvelle-Calédonie sur cinq ans. L’État sauve, pour 2026, nos régimes sociaux. Il y a la retraite, de l’investissement public, un taux de défiscalisation bonifié… Tout un tas de mesures économiques et financières qui permettent de réamorcer la pompe de la machine économique. Mais cela ne suffit pas. En parallèle, il nous faut des investisseurs, des entreprises qui aient confiance en l’avenir, qui aient de la visibilité à moyen et long terme. Pour cela, il nous faut un accord institutionnel, une stabilité politique. Et ça, on ne l’a toujours pas. Bougival-Élysée-Oudinot est dans le circuit législatif, mais il n’est pas encore validé. Et sans accord, nous n’aurons pas de relance économique. Si on ne valide rien cette année, avec les élections présidentielles en 2027, rien ne se fera avant 2028. On va demander aux entreprises de tenir encore deux ans dans cette situation ? Elles seront mortes.
Le Medef est engagé depuis un an avec le gouvernement et la mission interministérielle sur un plan de réformes structurelles dont a besoin la Nouvelle-Calédonie pour se reconstruire et repartir sur des bases saines. Nous participons activement à tous les groupes de travail. Nous sommes force de proposition pour faire en sorte que les bases de la nouvelle société calédonienne soient propices au développement économique des entreprises.
Nous travaillons par exemple sur la réforme des retraites. Sans réforme, les retraites dans cinq ans, c’est 100 milliards de francs de déficit. Avec les partenaires sociaux, nous planchons sur des mesures fortes à mettre en place afin d’éviter que le système soit en faillite. Les entreprises et les salariés vont être mis à contribution pour essayer de sauver le système. Autre exemple : le financement de la santé, aujourd’hui assuré par les cotisations sociales des salariés et des employeurs. Nous proposons autre chose : basculer le financement de la santé des cotisations sociales vers la fiscalité. Du côté des salariés, on réinjecte les prélèvements qu’ils paient directement dans leur salaire. Pour l’employeur, les cotisations sociales qu’il ne paie plus permettent d’alléger le coût du travail. Le tout favorise le maintien dans l’emploi et l’embauche.
Le Medef est à la table des discussions. Que ce soit le gouvernement ou l’État, à travers la mission interministérielle, ils attendent de nous des propositions et que nous soyons critiques sur leurs propositions. C’est un travail collaboratif. Le plan de refondation reprend quand même pas mal de mesures proposées par le monde économique, y compris le Medef. De l’autre côté, les politiques locaux doivent voter les réformes sur lesquelles on a travaillé, ou sur lesquelles on va travailler. C’est une question de courage politique. Il y a des réformes courageuses à mener et à voter dans un contexte électoral, et elles ne vont pas être populaires. Pourtant, elles sont indispensables si l’on veut réformer la Nouvelle-Calédonie et ne pas dépendre éternellement des subventions et des injections financières de l’État.
Le nickel est le pilier de l’économie. En janvier, nous avons adressé un courrier, avec les partenaires sociaux, à la commission nickel du Congrès, pour leur demander d’être intégrés dans les travaux sur le secteur. Au Medef, nous avons les acteurs de la mine, les industriels, les mineurs. Ils ont des remarques pertinentes et des propositions concrètes qui remontent du terrain. Je pense que nous avons été entendus. On attend juste de savoir quelle forme cela va prendre. Ce que souhaite le Medef, c’est pérenniser la filière et sauver les usines. Notre déclaration s’arrête là.
Le premier élément, c’est d’avoir un accord institutionnel. Une fois ce verrou retiré, un investisseur s’installe parce qu’il y a une ambition du territoire, des projets, une fiscalité attractive. C’est un peu l’objet de la proposition de la mission interministérielle : avoir des mesures fiscales incitatives pour les investisseurs. Comme la proposition du plan de relance d’exonérer d’impôt sur les sociétés les entreprises jusqu’à 477 millions de francs de chiffre d’affaires. Ça, c’est une mesure forte. Le Medef a proposé un allègement de la fiscalité. Autre frein majeur : la loi sur l’emploi local. Il faut alléger le dispositif. Un géomètre doit par exemple avoir dix ans de résidence, alors que l’on n’a pas de géomètre en Nouvelle-Calédonie.
2026 est une année charnière, celle de tous les dangers, mais aussi celle de tous les espoirs. L’année durant laquelle on repose les bases d’une reconstruction de la Nouvelle-Calédonie, d’un redémarrage économique. Au Medef, nous ferons le maximum pour faire en sorte que la Calédonie se redresse.