
Amples vêtements noirs, bijoux en argent imposants : Charles Brecard a un côté sombre, style gothique, qu’il assume. "J’aime bien m’habiller en noir", sourit-il. Une image peu habituelle dans le monde de la danse hip-hop. Charles Brecard est de passage durant quinze jours en Nouvelle-Calédonie pour la pièce Les Sans-Vagues (lire encadré), un spectacle de danse urbaine qu’il chorégraphie avec ses amis d’enfance : Yoan Ouchot, Anh Tuan Nguyen, Abel Djadam-Naperavoin, Malachie Arnasson et Solenn Wané. Les Sans-Vagues sera sur la scène du Théâtre de l’île samedi 14 mars pour une représentation unique. Il est loin le temps où le jeune Charles, 14 ans, découvre le krump, une branche du hip-hop particulièrement intense, faite de mouvements saccadés, comme un corps qui semble souffrir. L’adolescent se cherche alors, tente de définir son identité. À la sortie du film Steppin', en 2008, Charles Brecard se dit "que ce serait bien de danser. Mon père voulait que j’arrête de jouer aux jeux vidéo".

Il commence des cours de danse avec Yoan Ouchot au Centre culturel du Mont-Dore. Le hip-hop et la danse de manière générale deviennent son identité. Pourtant, Charles Brecard ne s’imagine pas en faire sa vie professionnelle. Quand il quitte la Nouvelle-Calédonie pour le Québec, en 2013, il entre en école de massothérapie sportive. Sa passion reste forte. Il prend donc des cours du soir de danse contemporaine. Daniel Villeneuve, son professeur alors, lui propose de le coacher pour passer l’audition d’entrée à l’École de danse contemporaine de Montréal. "Et pouf. Je suis rentré", lance nonchalamment Charles Brecard. Le jeune homme n’y croyait pas vraiment. Puis vient la fierté. Puis la réalisation "que l’école est reconnue dans le monde entier". Durant trois ans, Charles mène de front les deux cursus : la danse et la massothérapie. Il obtient les deux diplômes. Pendant près de dix ans, et encore aujourd’hui dans une moindre mesure, il exerce les deux métiers : danseur et massothérapeute en clinique.
Aujourd’hui, la danse, en tant qu’interprète, chorégraphe ou enseignant, prend la majeure partie de son temps. Le petit garçon de Katiramona vit maintenant dans sa valise, "une vie de nomade", à travers le monde. "J’arrive de San Francisco, où je dansais dans la pièce Gathering de la compagnie Yaa Samar Dance Theatre. Avant ça, j’étais à Rome, où je montais une création, Dal fondo delle nostre viscere (Du fond de nos entrailles)." Un retour aux sources. Ce Franco-Canadien n’a donc pas vraiment de pied-à-terre, mais une maison : " ci. La Nouvelle-Calédonie est ma maison." Si l’artiste a largement tracé sa voie dans la danse à travers le monde, avec des projets à Paris, Tokyo ou Reykjavík, son adolescence à Nouméa a ancré en lui les grands axes de sa carrière.
Yoan Ouchot l’introduit auprès "de la bande à damier", les B-boys de la place des Cocotiers. Puis il intègre le Rex et les créations artistiques s’enchaînent : les compagnies Troc en jambes, Nyian, Moebus… "Avant mon départ pour le Canada, la danse était une passion, même si j’avais des ambitions pour des spectacles." Désormais, la danse, c’est sa vie. "Elle possède cette capacité à être complète. Être ancré physiquement dans son corps permet d’être ancré mentalement. Cela me permet d’être entier, sincère avec moi-même et avec les autres." Après Les Sans-Vagues, Charles Brecard retourne à Montréal pour sa création SKLTR, une œuvre qui renoue avec ses premiers amours, le krump, et qui illustre le côté sombre et torturé du jeune homme. Charles Brecard aime définir son parcours de danseur et chorégraphe professionnel en détournant une citation de Pina Bausch, "Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus", en : "Nous sommes perdus, alors dansons, dansons."

Une bande d’amis. Certains se connaissent depuis leur adolescence, sur l’échiquier géant de la place des Cocotiers. Charles Brecard vient animer un atelier chorégraphique début 2024, puis, "on a défini que ce serait bien de monter un projet pour le pays au vu de son contexte actuel", se souvient le chorégraphe. Alors la compagnie Urban evolution cale trois sessions de résidence, entre début 2024 et mars 2026. Et le spectacle de danse urbaine Les Sans-Vagues va se jouer sur la scène du Théâtre de l’île samedi 14 mars. Une unique représentation. "Cette pièce parle d’humanité, des différentes émotions qui nous traversent, de souvenirs. Ça parle d’un monde fantastique où un peuple aurait perdu l’Océan. Pour s’en rappeler, pour trouver les paix et se réconcilier, il s’approprie le mouvement des vagues." Une œuvre dansée qui s’ancre particulièrement dans l’imagerie calédonienne, avec un décor et des costumes imaginés par Lucile Bodin, en pandanus tressés, fleurs tropicales et natte.
Les Sans-Vagues, samedi 14 mars à 18 heures, au Théâtre de l'île.