
Alors que les prix à la pompe flambent et que l’opinion publique américaine est réticente, le président américain a dit pour la première fois lundi 9 mars à une journaliste de la chaîne CBS, que la guerre était "quasiment" finie, faisant valoir que l’Iran n’avait plus de "marine" ni de "communications" ou de "force aérienne".
Main dans la main jusque-là, avec un clair partage des tâches, l’administration Trump se serait aussi offusquée auprès de son allié de toujours des frappes israéliennes ayant visé durant le week-end des dépôts de carburant à Téhéran. L’attaque avait enveloppé la capitale d’un épais nuage de fumée toxique provoqué par les incendies. D’après le média Axios, des responsables américains ont été surpris par l’ampleur de cette attaque et fait part de leur étonnement à leurs homologues israéliens. L’influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche de Donald Trump et farouche adversaire de l’Iran, a appelé les Israéliens à "veiller" au choix des cibles. "Notre objectif est de libérer le peuple iranien sans compromettre ses chances de commencer une nouvelle vie meilleure lorsque ce régime s’effondrera. L’économie pétrolière de l’Iran sera essentielle à cette entreprise", a-t-il écrit sur X.
Cette divergence sur la conduite de la guerre apparaît alors que le président américain et son administration peinent à convaincre des Américains réticents sur la justification de la guerre et ses objectifs. L’opposition démocrate au président Trump s’est insurgée du déclenchement d’un conflit sans autorisation du Congrès, ni stratégie de sortie bien définie, craignant qu’Israël n’ait "mis les forces américaines en danger en insistant pour attaquer l’Iran", selon les propos de l’élu Joaquin Castro. Sept soldats américains ont été tués dans les représailles iraniennes lancées après le début de la guerre le 28 février.
"Comme d’habitude, je pense que les États-Unis et Israël ont des objectifs qui se recoupent largement, mais pas parfaitement", souligne Michael Singh, du Washington Institute. "La véritable différence ne réside pas dans les objectifs, mais dans la durée", ajoute-t-il, en soulignant que les États-Unis ont sans doute moins intérêt à un long conflit, étant donné en particulier les répercussions économiques qui se font déjà sentir. "Les Israéliens doivent en être conscients […], car la capacité du président Trump à mener une guerre prolongée dépend en partie du soutien politique national", estime l’expert.
"Quand Donald Trump dit Stop, cela s’arrêtera. Peu importe que les Israéliens estiment que leur mission est accomplie ou non", juge pour sa part Aaron David Miller du Carnegie Endowment for International Peace. Un sondage Quinnipiac publié lundi révèle qu’une majorité d’Américains (53 %) s’oppose à l’intervention militaire en Iran et que 44 % estiment que les États-Unis soutiennent trop Israël. Des partisans du mouvement "MAGA" ("Make America Great Again", "Rendre à l’Amérique sa grandeur") de Donald Trump ont dénoncé l’engagement américain dans une "énième" guerre à huit mois d’élections législatives de mi-mandat cruciales en novembre. Figure montante du Parti démocrate et possible présidentiable en 2028, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a lui ouvertement mis en cause le soutien à Israël dans une interview la semaine dernière, témoignant d’une évolution au sein de son parti à l’égard d’Israël.
Il y a dénoncé "l’influence" du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur Donald Trump et relevé que "certains en parlent (d’Israël) de façon appropriée comme une sorte d’État apartheid". Le dirigeant israélien plaidait depuis longtemps auprès du président Trump en faveur de ces frappes, invoquant "la menace existentielle" posée par l’Iran. Pendant la guerre dans la bande de Gaza, où un fragile cessez-le-feu reste en vigueur, l’administration du président Joe Biden avait été tiraillée entre son soutien inconditionnel à Israël après l’attaque du Hamas islamiste palestinien le 7 octobre 2023, et la campagne de bombardements massifs sur des civils palestiniens qui s’en est suivie. Pas directement liée à l’Iran, mais venant aussi témoigner d’un soutien à Israël qui s’érode aux États-Unis, une récente enquête d’opinion de l’institut Gallup assure que, pour la première fois depuis des décennies, les Américains sympathisent davantage avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens dans leur conflit.