
L’Australie a accordé l’asile à cinq joueuses de l’équipe iranienne féminine de football, désignées comme "traîtres" dans leur pays après avoir refusé de chanter l’hymne national avant un match de la Coupe d’Asie. Cette décision a été prise de crainte qu’elles ne soient persécutées à leur retour, a annoncé mardi 10 mars le ministre de l’Intérieur Tony Burke.
Les cinq joueuses, dont la capitaine Zahra Ghanbari, se sont échappées de leur hôtel dans la nuit. "Elles ont été transférées dans un lieu sûr par la police australienne. J’ai signé hier soir leur demande de visa humanitaire", a expliqué M. Burke à la presse. "Elles peuvent rester en Australie, elles sont en sécurité ici et il faut qu’elles se sentent comme chez elles", a-t-il ajouté.
Au moins deux autres membres de l’équipe ont demandé plus tard dans la journée à rester en Australie, selon les médias locaux. "Nous nous préparions à cette éventualité depuis quelque temps, a déclaré le Premier ministre australien, Anthony Albanese. Les Australiens ont été touchés par le sort de ces femmes courageuses."
Selon le ministre de l’Intérieur, le gouvernement a tenu des discussions secrètes pendant plusieurs jours avec les joueuses. Après la signature des papiers leur garantissant des visas humanitaires, elles ont scandé "Aussie, Aussie, Aussie", a décrit M. Burke.
Le président de la Fédération iranienne de football Mehdi Taj a affirmé mardi que les joueuses avaient été contraintes de faire défection. Il a également mis en doute la participation de l’Iran à la Coupe du monde de football masculin organisée cet été aux États-Unis, au Mexique et au Canada.
Mehdi Taj a déclaré que les cinq joueuses avaient été enlevées et que l’équipe avait été empêchée de quitter l’Australie. "Après le match, malheureusement, la police australienne est intervenue et a emmené une ou deux joueuses de l’hôtel, d’après les informations dont nous disposons", a-t-il dit à la télévision d’État iranienne.
Les 26 membres de la délégation iranienne sont arrivées dans le pays quelques jours avant le début des frappes américano-israéliennes le 28 février, qui ont notamment entraîné la mort du guide suprême Ali Khamenei.
Les athlètes sont restées silencieuses alors que retentissait l’hymne iranien avant leur premier match de la Coupe d’Asie face à la Corée du Sud, deux jours après le début de la guerre. Elles l’ont ensuite chanté lors des rencontres suivantes.
Cette attitude a été interprétée comme un acte de rébellion et un présentateur de la télévision d’État a désigné les joueuses comme des "traîtres en temps de guerre" représentant le "summum du déshonneur". De nombreuses personnes avaient ensuite appelé l’Australie à assurer leur sécurité, dont le président américain Donald Trump.
Les Australiens "s’occupent déjà de cinq d’entre elles et le reste suivra. Certaines toutefois ont le sentiment qu’elles doivent retourner (en Iran) parce qu’elles ont peur pour la sécurité de leur famille", avait déclaré M. Trump lundi 9 mars après une conversation avec le Premier ministre australien.
Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d’Iran, avait lui aussi appelé l’Australie à assurer la sécurité des joueuses. [1] "Les membres de l’équipe nationale féminine de football d’Iran subissent de fortes pressions et sont menacées par la République islamique", avait écrit le fils du shah déchu sur X.
Devant le stade de Gold Coast (est), où l’équipe a disputé son dernier match ce week-end, une foule s’est réunie, scandant "changement de régime pour l’Iran", "laissez-les partir" et "sauvez nos filles". Les Iraniennes, qui avaient fait leurs débuts en Coupe d’Asie en 2022 en Inde, étaient devenues des héroïnes nationales dans un pays où les droits des femmes sont sévèrement restreints.
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[1] https://www.lnc.nc/article/pacifique/australie/societe/sports/football/reza-pahlavi-appelle-l-australie-a-proteger-l-equipe-feminine-de-football-iranienne
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