
Crop tops, mini-jupes, claquettes, T-shirts aux messages relatifs à l’alcool, à la drogue ou au sexisme, caleçons apparents… Autant de tenues définies comme " non-réglementaires " dans l’enceinte du lycée catholique Blaise-Pascal. Un règlement bien accepté par les élèves comme par les parents depuis de nombreuses années.

Mais en cette rentrée 2026, les élèves ont eu une désagréable surprise. Une affichette a fait son apparition sur le tableau d’affichage : des coupures de journaux représentant toutes sortes de vêtements définis comme " tenues non-autorisées ". Une liste qui n’apparaît pas dans le règlement intérieur officiel de l’établissement. Fini les débardeurs, les pantalons larges de type jogging ou parachute, les Crocs — même avec lanière à l’arrière du talon —, ou encore les chaussures type Redback… tant pour les garçons que pour les filles. Puis, pour les filles : les dos-nus, les shorts en jean au-dessus du genou, les jupes en jean, les jeans troués…


" Dès la première semaine, nous avons dû racheter des débardeurs pour ma fille, avec des bretelles plus larges. Et même ça, ça ne suffisait pas ! ", constate Sophie, une maman un peu éberluée par la situation. " Ma fille a été au collège privé, elle est cette année en terminale, c’est la première fois que l’on voit ça ! " La maman, remontée par cette nouvelle réglementation, rédige un post sur les réseaux sociaux. Et les messages d’autres parents affluent.
Sur le parking du lycée, une bande d’amis patiente entre deux cours. Ankhel est en BTS, il chausse les fameuses Redback interdites. À côté, Maëva porte un bermuda en jean noir élimé. Et Sandrine, elle aussi en classe de terminale, porte un débardeur à fines bretelles, un jean déchiré et des sandales. Un groupe d’élèves tout ce qu’il y a de plus classique. Pourtant, au regard de la réglementation renforcée sur le style vestimentaire accepté dans l’enceinte de l’établissement, ils ne peuvent pas entrer dans la cour. " Trop abusé le règlement…, souffle Sandrine. On ne peut même pas porter de jogging ou de pantalon large ! " Derrière elle, un camarade de classe réagit à la volée : " Ils disent que ça fait pyjama. " Ankhel renchérit : " Les joggings, c’est surtout pour nous apprendre à porter des vêtements qui font professionnels. Quant aux chaussures, je crois que c’est à cause des bagarres, comme elles sont coquées. Mais ici c’est calme, il n’y a pas de bagarres. " Maëva, au bermuda en jean, souligne, pragmatique : " Et si on n’a que ça ? On ne peut pas tous racheter des vêtements, ce n’est pas facile pour tout le monde. " L’adolescente comprend toutefois que les shorts trop courts soient interdits. Quant à Sandrine, pour entrer dans l’établissement, elle a enfilé un legging noir sous son jean déchiré. " Il fait chaud, mais au moins j’ai le droit. " Les sandales à la mode sont finalement autorisées.
La direction de l’établissement ne s’est pas exprimée sur le sujet malgré nos multiples sollicitations. Alors, pourquoi un tel durcissement du règlement intérieur ? Les parents, eux, ont leur petite idée. " Ce n’est pas assez professionnel pour les pantalons larges, et c’est trop suggestif — ça perturbe les garçons — pour les autres tenues ", rapporte Sophie, au vu du témoignage de sa fille. Constat partagé par les élèves rencontrés devant le lycée. " L’année dernière, il y a des filles qui ont abusé. Mais ils n’ont qu’à faire des remarques à ces filles-là ! ", estime Sandrine. " On paye tous pour quelques élèves. Les surveillants nous ont dit qu’il fallait cacher nos formes, que ça attire les garçons ", complète Maëva. "Je trouve que ce sont plutôt les photos [affichées par l’établissement NDLR] prises sur internet pour représenter nos filles dans les tenues “non autorisées” qui sont indécentes ! ", remarque une maman sur les réseaux sociaux. Que ce soient les parents sur Internet ou les élèves devant le lycée, un mot revient : uniforme. Pas par plaisir, mais comme une solution par dépit qui mettrait tout le monde d’accord.
Ce genre de polémique liée au corps des adolescentes que les établissements scolaires tendent à vouloir contrôler est récurrent en début d’année. En 2023, une quarantaine d’élèves du lycée public Dick-Ukeiwë, à Dumbéa, avaient manifesté contre l’interdiction stricte pour les filles de porter des crop tops. En 2020, le mouvement Boyz in Skirts avait pris de l’ampleur au Canada : les garçons portaient des jupes en soutien aux filles sommées de rallonger les leurs. Des mouvements qui soulignent le sexisme qui sévit encore dans les établissements scolaires. " Et si, au lieu de contrôler le corps des femmes, propose Sophie, la maman, les lycées sensibilisaient les garçons au sexisme et au respect des femmes ? "