
Vingt minutes de traversée en baie de Prony et le double de trajet en voiture. Voilà le périple que devront réaliser les habitants de l’île Ouen pour voter les 15 et 22 mars aux élections municipales. Le 1er mars, le haut-commissariat a validé la liste des bureaux de vote de la commune du Mont-Dore, dans laquelle ne figure plus celui de la tribu de Ouara, auparavant installé dans la seule école de l’île qui a fermé ses portes fin 2025. Il a été transféré au bureau de vote n° 7 du groupe scolaire de Plum.
Le cas de figure n’est pas inédit. Lors des élections européennes et législatives de juin 2024, le bureau de vote de l’île Ouen avait déjà été transféré à Plum, dans un contexte sécuritaire très dégradé à la suite des émeutes. "Mais aujourd’hui, la situation est différente, alors pourquoi le maintenir là-bas ?", s’interroge Dominique Tein, résident de Ouara et organisateur de la mobilisation qui a réuni quelques dizaines d’habitants, lundi 9 mars, devant l’hôtel de ville de Boulari.
"Ce bureau de vote existe depuis 1970, ça s’est toujours très bien passé", fait remarquer Dominique Tein. À la fermeture du bureau de vote, l’urne de Ouara était transportée jusqu’à Boulari par voie maritime ou aérienne, en fonction des conditions météorologiques, et dépouillée à l’hôtel de ville.
La municipalité, de son côté, renvoie la responsabilité à l’ancien maire, Eddie Lecourieux. La décision aurait été prise et transmise au haut-commissariat avant l’élection d’Elizabeth Rivière, qui lui a succédé en mai 2025. "Le processus était déjà en cours", confirme Xavier Tiedrez, directeur de cabinet du maire, qui indique que l’île compte une centaine d’électeurs, mais seulement une quarantaine d’habitants. "Nous n’avons pas d’explication sur ce qui a motivé ce choix de l’ancienne mandature." Le site Internet de la ville évoque toutefois des "raisons pratiques et logistiques".
La ville indique son intention de "rouvrir ce bureau de vote" à l’avenir. Elizabeth Rivière "est opposée à cette fermeture" ainsi qu’à celle de l’école, décidée par la province Sud, et qui pourrait entraîner "un départ d’une partie des habitants vers Nouméa et par conséquent un vieillissement de la population de l’île", poursuit le directeur de cabinet.
Reste qu’une éventuelle réouverture ne pourra avoir lieu "qu’à compter de 2027", la liste des bureaux de vote ne pouvant être révisée qu’une fois par an. "Ça signifie que pour les provinciales, on sera encore confrontée à cette difficulté de se déplacer pour aller voter", s’agace Dominique Tein, qui accuse la municipalité d’alimenter l’isolement d’une partie de sa population. "On va essayer de discuter avec le haut-commissariat pour voir ce qu’il est possible de faire concernant les provinciales", promet Xavier Tiedrez.
En attendant, la mairie a organisé avec la gendarmerie un déplacement à Ouara pour une campagne de procurations en vue des élections municipales. Trois navettes maritimes seront également mises en place les 15 et 22 mars pour permettre aux électeurs de rejoindre la Grande Terre. "Mais s’il y a 30 nœuds de vent, elles ne prendront pas la mer, alors on fera comment ?", interpelle Dominique Tein. "Ça pourrait effectivement complexifier le vote, admet Xavier Tiedrez. Mais à ce stade, nous n’avons pas d’autre solution."