
Cela a été largement partagé pendant la campagne des municipales, qui par ailleurs a été courte cette année, avec des annonces de candidatures tardives – il faut dire que les représentants politiques étaient notamment occupés à Paris par les discussions qui ont mené aux accords Élysée-Oudinot en janvier -, que le scrutin était justement phagocyté par l’avenir institutionnel. Certaines listes se sont même clairement positionnées sur la question, manifestant leur opposition ou, au contraire, leur soutien à Bougival.
À Nouméa, parmi les 68 412 électeurs attendus dans les huit lieux qui regroupent les 56 bureaux de vote, certains se sont uniquement déplacés pour élire leur futur maire. C’est la seule motivation de Nathalie, qui souhaite que la personne qu’elle juge le mieux à même de conduire les affaires de la commune obtienne le plus de suffrages. "Je viens vraiment en tant que citoyenne pour la ville de Nouméa." C’est aussi ce qui a motivé Monique. "Je suis là pour exprimer mon soutien à une personne. C’est la municipalité qui m’intéresse dans un premier temps."

Un avis partagé par plusieurs électeurs croisés à la sortie de la salle Jean-Noyant, à l’Anse-Vata, qui regroupe six bureaux de vote, à l’image d’Antoine, qui considère qu’il ne faut pas tout mélanger et se prononcer en fonction de la nature de chaque scrutin. "Les municipales et la politique générale, ce sont deux choses différentes, estime le jeune homme de 26 ans. C’est malheureux, on confond un peu tout aujourd’hui, les provinciales arriveront plus tard, il faut faire la distinction. Là, on parle de ce qui est proposé pour Nouméa."
Dans le nord de la ville, huit bureaux de vote sont réunis à Ko We Kara, à Ducos, ceux auparavant situés dans des écoles à Rivière-Salée, Kaméré et Logicoop. Malia-Losa aussi est venue ce dimanche matin pour défendre une candidature, celle "d’un maire qui peut nous aider, quelqu’un qui fasse des choses bien pour Nouméa". Tout comme Claude, sans hésitation. "Je me prononce pour un maire. Ce qui a dicté mon choix, c’est le programme, pas les considérations politiques." Lindsay aussi s’est déplacée pour "faire avancer notre commune et ce que proposent les candidats". Soutenir des projets pour les quartiers, c’est ce qui a motivé Éliane. "Moi, je ne fais pas de la politique. Nous, on n’a plus rien à Rivière-Salée à part le marché, la pharmacie, on n’a plus de magasins, plus de station, personne ne veut s’investir là-bas, alors je veux qu’il y ait des choses qui se passent pour la ville."

Malgré tout, il semble difficile de réellement s’émanciper de la logique de bloc et du climat plus global centré autour de l’avenir institutionnel et des accords de Bougival et Élysée-Oudinot, dont l’ombre plane toujours. Si Christine a glissé un bulletin dans l’urne ce matin, ce n’est pas seulement pour élire un maire. "Il s’agit d’un ensemble de choses." "Je viens pour les deux, témoigne à son tour Roland, au vu de la situation, de ce qu’il s’est passé. C’est donc encore plus important, parce que je vote pour deux choses." L’environnement politique général s’est invité dans les débats et les postures des uns et des autres, jusqu’à, parfois, prendre le pas sur les préoccupations locales.

Pour ce couple, qui souhaite rester anonyme, il faut davantage penser à l’avenir, "faire en sorte d’avoir des jours meilleurs. C’est différent des précédentes municipales, au vu de ce qu’il se passe, il faut davantage s’impliquer." Capitaine Danny, assis à l’ombre d’un arbre à côté de la salle Ko We Kara se montre très clair sur la question. Les circonstances ont influé sur ses intentions. "Certes, ce sont des élections de proximité, mais vu le contexte politique, je suis là pour montrer mon désaccord, envoyer un message. Il y a quelque chose de différent dans ce scrutin, il n’est pas pareil que les autres. C’était une motivation supplémentaire pour venir."

Mais au-delà de ces considérations, ce qui revient souvent concerne finalement l’emploi, le quotidien, le fait de participer à améliorer la vie des habitants. C’est ce qui a poussé Nathanaëlle à s’exprimer, ce dimanche. "Il faut plutôt choisir d’avancer que de rester sur place et stagner à se dire, qui est pour ça, etc. On sait qu’il y a deux camps, mais le plus important, c’est de chercher quelque chose à laquelle toutes les ethnies puissent s’identifier, faire une unité pour tout le monde et des choses concrètes pour l’humain."