
La Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie (Feinc) alerte sur la situation économique du pays. Dans un communiqué diffusé jeudi 19 mars, elle juge "incomplet" le diagnostic posé par la mission interministérielle de reconstruction et de refondation menée par Claire Durrieu [1] et estime que la réponse envisagée "n’est pas adaptée à la crise calédonienne".
La Feinc s’appuie sur les projections présentées le 9 mars lors de la commission plénière pour la refondation économique et sociale. Selon ces travaux, le déficit structurel de la Nouvelle-Calédonie serait compris entre 59 et 76 milliards de francs par an à l’horizon 2031, y compris dans un scénario favorable avec activité métallurgique et plan de relance.
L’organisation patronale estime toutefois que ces chiffres ne reflètent pas l’ensemble de la situation financière. Elle souligne que certaines dépenses prises en charge directement par l’État, notamment l’enseignement secondaire, ne sont pas intégrées aux projections. En les incluant, le déficit "réel" dépasserait, selon elle, 100 milliards de francs par an
Au-delà des données budgétaires, la Feinc considère que la crise actuelle ne peut être réduite à un déséquilibre financier. Elle évoque une crise "politique" liée à l’absence de visibilité institutionnelle, une crise "économique", aggravée par les émeutes de 2024, et enfin une crise "de confiance" qui freinerait l’investissement et la consommation.
Selon la fédération, traiter prioritairement le déficit revient à ignorer la cause principale : l’incertitude sur l’avenir institutionnel du pays.
La Feinc met en avant un scénario qu’elle estime absent des simulations officielles : celui d’un accord institutionnel rapide. Sur la base de ses propres estimations, elle évoque un rebond économique pouvant atteindre + 8 % à + 12 % du PIB dès 2026, suivi d’une croissance soutenue les années suivantes.
Ces projections reposent sur l’hypothèse d’un retour de la confiance, susceptible de relancer les investissements, les crédits bancaires et certaines activités comme le BTP ou le tourisme.
La Feinc rappelle que, depuis les émeutes de mai 2024, environ 15 000 emplois ont été détruits. Sans évolution institutionnelle, ces emplois "n’ont aucune chance d’être recréés", affirme-t-elle. À l’inverse, en cas de reprise économique, elle estime possible une recréation progressive de ces emplois sur quatre ans, en lien avec la croissance du PIB.
Dans ce contexte, la Feinc appelle l’État à publier des projections complètes, incluant l’ensemble des dépenses, et à intégrer un scénario avec un accord institutionnel dans ses travaux.
Elle demande également une accélération du calendrier politique, avec un vote constitutionnel avant fin mars 2026, estimant que "chaque semaine de délai freine les investissements et les décisions économiques".
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/economie/pacte-de-refondation-il-faut-accelerer-il-y-a-encore-des-chantiers-tres-importants-devant-nous
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