
Le réveil a sonné à 4 heures, ce dimanche 22 mars, chez les Talon-Gervolino. Pour Sylviana, c’est le début d’une nouvelle journée marathon. La présidente du bureau de vote n° 9 de Païta, installé au Dock socioculturel, sait à quoi s’attendre. Cela fait maintenant douze ans qu’elle se prête à l’exercice à chaque scrutin organisé dans sa commune.
Dès 6 heures, elle a retrouvé à l’hôtel de ville ses dix-huit homologues de Païta, pour récupérer son urne, le matériel électoral et les listes candidates à afficher à l’entrée des bureaux. Dernière étape avant l’ouverture, prévue à 8 heures : le "brief de l’équipe". Entourée d’assesseurs désignés par les listes candidates et parmi des employés municipaux, Sylviana met un point d’honneur à conserver la "neutralité du bureau jusqu’à la fin du dépouillement". "La plupart des assesseurs sont des militants et tout le monde veut gagner, c’est normal, mais durant cette journée, je veux qu’on puisse garder ça pour soi, pour éviter toute animosité", raconte la présidente du bureau n° 9, où sont inscrits les 919 électeurs du lotissement Les Scheffleras, à deux pas du village.
Désignés par le maire parmi les adjoints, les conseillers municipaux ou, à défaut, les électeurs, les présidents de bureau doivent avant tout s’assurer du bon déroulement du scrutin. "Ça se joue sur des détails", note Sylviana. À l’image des tas de bulletins disposés à l’entrée du bureau, qui doivent "être de tailles à peu près égales pour éviter d’influencer les électeurs".

Ces sentinelles du vote sont également les seuls "à pouvoir contrôler l’identité" des électeurs, indique Steeve Barbe, à la tête du bureau n° 2 de l’Arène du Sud. Lui vit sa dernière élection en tant que président de bureau et témoigne d’une "bonne ambiance générale", malgré quelques situations qu’il a fallu désamorcer. "La semaine dernière, un homme s’est précipité devant la personne qui était devant lui et a glissé son bulletin dans l’urne tout seul, sans vérification", raconte Steeve Barbe. L’incident a été remonté au bureau centralisateur. "On s’est assuré qu’il était bien inscrit sur les listes, c’était le cas, donc ce n’est pas allé plus loin." D’autres rechignent parfois à se saisir de deux bulletins avant de gagner l’isoloir, une obligation visant à conserver le secret du vote. "Mais dans l’ensemble, c’est plutôt tranquille."

"Sur ce genre d’élections, ça se passe en général très bien", confirme Sosefo Lemo, à la tête du bureau n° 12. L’atmosphère était "plus tendue" lors des référendums d’autodétermination, où il a souvent fallu faire la chasse "aux drapeaux et aux tee-shirts" militants, qui violaient la neutralité de la salle de vote. En cas de situations tendues ou d’incidents, le président du bureau de vote, chargé de la police à l’intérieur de cet espace, a le pouvoir de faire appel aux autorités militaires. "Je n’ai jamais eu à le faire, on parvient en général à désamorcer rapidement", souligne Steeve Barbe.
À la fermeture des bureaux, à 18 heures, les présidents devront transporter leurs urnes jusqu’au bureau centralisateur de l’Arène du Sud, avant le lancement du dépouillement. Des scrutateurs, désignés parmi les électeurs du bureau concerné, seront chargés de l’opération, sous l’œil des présidents. "C’est là qu’il faut être attentif, il peut rapidement y avoir des erreurs, et en cas de doute on fait recompter immédiatement", rapporte Steeve Barbe.
Une fois le dépouillement achevé, viendra l’étape "la plus longue", selon Sylviana Talon-Gervolino : l’attente des résultats définitifs. Les présidents de bureau ne sont libérés qu’à leur annonce. "On n’est pas partis avant 23 heures", indique la présidente du bureau n° 9. Qu’importe : après douze ans de mandat, elle prend officiellement sa retraite d’élue ce dimanche soir. "Lundi, c’est grasse matinée !"
