
En ce dimanche 22 mars de second tour des municipales, le quartier des Palmiers, à Dumbéa, s’éveille tranquillement. Certains vont à la messe, pendant que des groupes de jeunes, au pied des immeubles et sur les parkings, attendent. Des navettes, organisées par des candidats toujours en lice, passent récupérer ceux qui le souhaitent pour les conduire jusqu’aux bureaux de vote.
"C’est pour ceux qui sont dans le besoin ou n’ont pas de transport", glisse Lylyne, habitante du quartier, sollicitée pour relayer l’information dans sa résidence. "On a prévenu autour de nous." Sans s’étendre sur le parti à l’origine de l’organisation, elle confirme simplement que plusieurs rotations sont prévues dans la journée.
Non loin de là, Zyl, 18 ans, s’apprête justement à embarquer dans l’un de ces véhicules. Dimanche dernier, il n’a pas voté. "Je voulais partir à la messe. Et puis je n’étais pas pressé", reconnaît-il. Mais cette fois, il a décidé de se déplacer pour faire son devoir de citoyen. Il l’avoue : "Oui, c’est important de voter." Un vote différé plus qu’un désintérêt, dans un quartier où la participation reste fragile.
Mais pour d’autres, l’abstention est un choix nettement plus assumé. Raymond, 51 ans, n’a "jamais voté". Il observe la scène sans intention de rejoindre les urnes. "Je n’aime pas la politique, ça ne me dit rien", dit-il en souriant, ses dreadlocks attachées dans un foulard. Une parole qu’il répète, comme pour montrer qu’il revendique sa position d’abstentionniste. "Je respecte les politiciens, mais je ne les aime pas !"
Chez les plus jeunes, la défiance est encore plus argumentée. Maël, 23 ans, originaire de Maré, n’a voté ni au premier ni au second tours. "On vote, mais ça ne change pas. À chaque élection, il n’y a rien qui change", lâche-t-il. Pour le jeune homme, le problème tient moins au principe du vote en lui-même, qu’à ceux qui l’incarnent. "Ils viennent nous voir pendant la campagne quand ils ont besoin de nous, mais quand, nous, on a besoin d’eux, ils ne sont plus là", résume-t-il.
Un constat que partage Samuel, 27 ans. Assis avec ses cousins sur une natte, il fait lui aussi partie des abstentionnistes. "On ne va pas aller voter pour des gens qui ne sont pas capables de gérer", tranche-t-il. Derrière ce refus, apparaît une perte de confiance plus large. "On veut faire avancer le pays, nuance-t-il. Mais si c’est pour rester pareil, ça sert à rien." Il évoque lui aussi des élus "qu’on ne voit plus" après les élections, et des jeunes "qu’on n’écoute pas".
Dans ce quartier, où les navettes tentent de combler les obstacles pratiques, les freins à la participation semblent être ailleurs. Dans le rapport des citoyens au politique, dans le sentiment d’inutilité du vote ou parfois dans une forme de distance qui s’est creusée avec le temps.
En fin de matinée, quelques habitants du quartier montent finalement à bord des véhicules. D’autres choisissent de rester. À quelques heures de la clôture du scrutin, la participation dira si, aux Palmiers, le second tour aura réussi à mobiliser davantage que les 41 % d’électeurs enregistrés une semaine plus tôt.
À l’échelle de la commune, les premiers chiffres montrent une mobilisation en légère hausse : à Dumbéa, 39,1 % des électeurs s’étaient déplacés à 14 heures, contre 37,1 % au premier tour à la même heure.