
L'ancien Premier ministre socialiste français Lionel Jospin, chef du gouvernement de 1997 à 2002 et signataire en 1998 de l'accord de Nouméa, est décédé dimanche 22 mars, à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille.
Un hommage national sera rendu jeudi matin à celui qui avait porté la "gauche plurielle" au gouvernement entre 1997 et 2002. C'est à ce moment qu'il avait signé l'accord de Numéa, avec Jacques Lafleur et Roch Wamytan.
"Je veux avant toute chose dire ici l'émotion, le respect de la Nation tout entière et dire qu'un hommage national lui sera rendu jeudi", a déclaré le président Emmanuel Macron lundi soir, sans préciser si la cérémonie aurait lieu aux Invalides. Le chef de l'Etat avait plus tôt salué un "grand destin français".
Un hommage est également prévu à l'Assemblée nationale mardi, selon l'agenda de sa présidente Yaël Braun-Pivet.
Premier secrétaire du parti socialiste de 1981 à 1988 puis de 1995 à 1997, M. Jospin s'était présenté sans succès aux élections présidentielles de 1995 puis en 2002, un scrutin marqué par la qualification du leader d'extrême droite Jean-Marie Le Pen pour le second tour, contrairement à Lionel Jospin.
Figure reconnue et rassembleuse de la gauche jusqu'au bout, il avait été ministre de l'Education de François Mitterrand entre 1988 et 1992 et premier secrétaire du Parti socialiste de 1981 à 1988, puis de 1995 à 1997.
Celui qui se définissait lui-même comme un "austère qui se marre" a mené ce rassemblement à la victoire surprise des élections législatives de 1997, convoquées par le président Jacques Chirac après une dissolution censée au contraire conforter son pouvoir.
Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile, le Pacs, précurseur du mariage pour tous.
Il avait aussi tenu bon sur le principe selon lequel aucun ministre ne pouvait rester au gouvernement s'il était mis en examen, une jurisprudence qui a ensuite fait long feu.
Mais il n'avait pas réussi à transformer l'essai. Et coup de tonnerre le 21 avril 2002, c'est Jean-Marie Le Pen qui s'était qualifié au second tour de la présidentielle, en duel contre Jacques Chirac.
Le soir même, Lionel Jospin avait annoncé son retrait de la vie politique dans une séquence restée gravée dans les esprits.
Dispersion de la gauche, campagne ratée, montée de l'extrême droite, Lionel Jospin s'était alors retiré de la vie politique, n'intervenant plus pendant des années dans le débat public.
Pendant le quinquennat de François Hollande (2012-2017), il avait présidé une commission sur la moralisation de la politique. Il a siégé au Conseil constitutionnel de 2014 à 2019.
Il était ensuite intervenu ponctuellement dans la vie publique, en particulier pour dénoncer les alliances du Parti socialiste avec La France insoumise.
Lionel Jospin avait indiqué en janvier avoir subi "une opération sérieuse" et être en convalescence à son domicile, mais sans divulguer de détails.
Les réactions ont afflué de toute la classe politique. Le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui fut ministre de Lionel Jospin de 2000 à 2002, a rendu hommage à "un modèle d'exigence et de travail" et salué la mémoire d'une "présence intellectuelle dans un univers qui partait à la dérive".
"C'était un homme d'Etat et je n'en vois pas beaucoup aujourd'hui, à droite comme à gauche, c'était un véritable homme de gauche, c'est-à-dire d'une gauche qui bien sûr a des valeurs", a souligné Martine Aubry.
L'ancien président François Hollande a salué un "homme engagé" qui avait fait preuve de sa "conception élevée de l'action publique fondée sur la probité, la clarté et la responsabilité".
"Monstre sacré de la gauche" pour Marine Tondelier, "dernière apparition d'un homme de gauche au pouvoir prenant des mesures radicales comme les 35 heures", pour Manuel Bompard: bien au-delà du PS, les personnalités de gauche saluent un homme qui a porté une génération de responsables politiques.
Même à droite et au centre, la figure morale de Lionel Jospin a été saluée.
"Il emmène avec lui une part de la gauche laïque, attachée à l'universalisme républicain", a réagi le président du Sénat Gérard Larcher. Reconnaissant "un adversaire politique", Marine Le Pen a également rendu hommage à "un homme de gauche intègre".
Le sénateur Georges Naturel a rappelé qu'en "engageant la France dans la voie de l'Accord de Nouméa, il a non seulement contribué à apaiser notre caillou, mais il a également posé un acte politique majeur pour ouvrir un chemin fondé sur la dignité, le respect et la confiance."
Dans un communiqué diffusé ce mardi 24 mars, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie "rend hommage à la mémoire d'un homme qui aura œuvré avec conviction pour la stabilité, la reconnaissance et l'avenir du territoire." Il salue également "le rôle déterminant qu'il a joué dans l'élaboration de l'accord de Nouméa. Cet accord historique a constitué une étape majeure dans le processus de décolonisation et de rééquilibrage du territoire. Il a permis de poser les bases d'un destin commun entre les communautés, fondé sur la reconnaissance de l'identité kanak et le partage des compétences. Par son engagement, Lionel Jospin a contribué à instaurer un climat de dialogue, de respect et de responsabilité, essentiel à la construction institutionnelle et politique de la Nouvelle-Calédonie. Son action a permis d'ouvrir une voie originale, fondée sur la paix, la concertation et la confiance, dont les principes continuent aujourd'hui encore de guider les institutions calédoniennes."