
Réunion de “clarification” mais surtout de confrontation au siège du Tavini Huira’atira, présidé par Oscar Temaru. La veille, Moetai Brotherson, président du gouvernement polynésien, avait pointé du doigt les “erreurs stratégiques” sur les ondes de Radio1, responsables à ses yeux de la débâcle du parti aux élections municipales. Oscar Temaru et la direction du parti lui avaient alors répondu en affirmant que ces mauvais résultats étaient aussi imputables à la politique de son gouvernement, d’une “incohérence croissante” avec la ligne du Tavini.
Après cette passe d’armes, la convocation de samedi 28 mars avait pour objet de “poser le débat”, d’après les dirigeants du parti. Ce qui a été fait devant une centaine de cadres, d’élus et de militants réunis à Faa’a, et en présence du président du pays. Moetai Brotherson a rapidement expliqué qu’il démissionnerait de sa fonction exécutive si le Tavini le lui demandait, et a de nouveau constaté la “fracture” au sein du parti.
Les points d’opposition sont connus, mais ont, chose rare, été clairement posés pendant cette réunion : la stratégie d’accession à l’indépendance et l’exploitation des ressources marines, des points sur lesquels Moetai Brotherson a dit avoir une position “non négociable”. Le président a surtout confirmé que plusieurs élus bleu ciel de l’assemblée étaient en voie de former un nouveau groupe, dès le début de la session administrative, le 9 avril. Une démarche à laquelle il dit ne pas être associé, mais qui répond à des désaccords qu’il partage avec la ligne du parti, toujours présidé par Oscar Temaru, et dont Tony Géros est le vice-président. Le chef du gouvernement a rappelé que les élus en question faisaient partie, quoiqu’en pensent les cadres du Tavini, de ceux qui avaient été choisis par le mouvement indépendantiste puis par les électeurs lors des territoriales de 2023.
Après quatre heures de discussions, tenues à l’écart des médias, pendant lesquelles plusieurs militants ont pris la parole pour demander au chef de l’exécutif de s’expliquer sur ses trois premières années de mandat, la réunion a été levée sans annonce de démission ou décision apparente de censure du gouvernement.
Tony Géros a tout de même rappelé, pendant les débats, que chaque élu était “responsable de ses décisions” et devrait donc les assumer. Moetai Brotherson a lui indiqué, au micro de Radio1, que “la spécialité du Tavini c’était de croire aux miracles”, et que des discussions sont encore en cours avec les représentants en voie de former un nouveau groupe. “On va attendre quelques jours et voir si ces miracles se produisent”, sourit-il.
Il entend quoi qu’il arrive poursuivre son action à la tête du gouvernement, et a rappelé que son équipe avait déjà, en séminaire, “tirer quelques leçons de ce qu’on a traversé, de ce qui a marché ou moins bien fonctionné et de ce qu’il y a encore à faire”. “On a repriorisé certains éléments, notamment sur le secteur primaire”, un domaine dans lequel les critiques sont particulièrement fortes au sein du Tavini. “Bien entendu, il y a des gens qui trouveront que c’est trop tard, pas assez, mais chacun fait ce qu’il peut avec le temps qu’il a et les moyens qui lui sont impartis.” Le président du parti Oscar Temaru n’a pas souhaité s’exprimer au terme de la réunion.