
Plus de vingt ans après les faits, l’affaire du rocher de Kanuméra connaît un nouveau rebondissement. Le procureur de la République de Nouméa, Yves Dupas, confirme la réouverture d’une enquête sur la mort de Mika Kusama, dont le corps avait été retrouvé le 6 mai 2002 à l’île des Pins.
"J’ai effectivement rouvert une enquête afin de tenter d’élucider cette affaire", indique le magistrat, qui ajoute ne pas pouvoir en dire davantage "à ce stade", évoquant un dossier au "contexte plus que compliqué". Si aucun élément nouveau n’a été officiellement détaillé par le parquet, il apparaît selon plusieurs sources concordantes que des faits survenus récemment à l’île des Pins seraient liés à la relance de l’enquête.
Selon ces informations, une personne aurait été contrainte de monter à bord d’une embarcation, la tête recouverte d’un sac, avant d’être abandonnée en mer, dans un contexte présenté comme "lié à l’affaire de la Japonaise". Une plainte aurait été déposée auprès des gendarmes. Selon ces mêmes sources, ces faits impliqueraient des protagonistes dont les noms apparaissaient déjà dans l’enquête initiale sur le meurtre de la jeune femme. Ces éléments n’ont pas encore été confirmés officiellement. Toujours selon nos informations, la grande chefferie de l’île des Pins a également été informée par la gendarmerie de la reprise des investigations.
Le meurtre de cette touriste japonaise de 29 ans avait conduit à deux procès devant la cour d’assises de Nouméa. En 2007, Antoine Konhu avait été condamné à quinze ans de réclusion criminelle, tandis que son frère, Didyme, avait été acquitté. Mais en 2009, la cour d’assises d’appel avait prononcé l’acquittement des deux hommes. Depuis, aucun auteur n’a été identifié. Didyme Kohnu est décédé en février 2025, plus de quinze ans après son acquittement définitif.
Au fil des années, plusieurs acteurs du dossier ont pointé les fragilités de l’enquête initiale, évoquant des investigations contestées et des pistes qui n’auraient pas été pleinement explorées. Ces critiques, déjà largement exprimées lors des deux procès, nourrissent depuis longtemps les interrogations autour de cette affaire restée sans réponse.
Maître Frédéric de Greslan, l’avocat de la famille de la victime, indique avoir sollicité plusieurs fois une reprise des investigations. "Je ne sais pas ce qui a conduit à cette réouverture. De l’ADN ? Des témoignages", s’interroge-t-il.
Même analyse du côté de la défense. "On a condamné sans témoin, sans datation précise de la mort et avec une enquête bâclée", estime Me Marie-Laure Fauché, évoquant "une véritable gabegie" dans les investigations de l’époque.
Reste désormais à savoir si cette nouvelle phase permettra de faire émerger des éléments déterminants dans ce dossier ancien, fragilisé par les conditions de l’enquête initiale et les années écoulées. Plus de vingt ans après les faits, l’affaire Mika Kusama demeure l’un des dossiers criminels les plus sensibles et les plus énigmatiques de l’histoire judiciaire du pays.