
"La reconstruction mammaire est un élément essentiel", introduit Gianmaria Drovetti, chef du service oncologie de la clinique Kuindo-Magnin, en préambule de la conférence de presse bilan d’une mission menée par trois chirurgiens plastiques de l’Institut Gustave-Roussy, ce vendredi 4 avril. La Nouvelle-Calédonie compte en effet "à peu près 170 nouveaux cas de cancer du sein chaque année, dont 5 à 10 % sont liés à une mutation génétique responsable du cancer, qui nécessite une ablation préventive, et 10 % dont l’évolution requiert une mastectomie", explique Gianmaria Drovetti.
Or, si certaines mastectomies peuvent être réalisées sur le territoire, ce n’est pas le cas de toutes. "On ne peut effectuer tous les types de chirurgie", précise Rémi Tetefort, gynécologue obstétricien (lire par ailleurs). Et l’Évasan n’est pas toujours une solution, en raison de l’éloignement qu’elle implique. Les départs en Métropole sont très lourds. "Imaginez-vous partir plusieurs semaines, loin de la famille. C’est pour cela que la venue de l’équipe de Gustave-Roussy a une importance essentielle sur le plan humain aussi. Ici, les patientes opérées peuvent sortir au bout de trois à quatre jours", indique Gianmaria Drovetti. Certaines femmes attendent donc cette opération pendant plusieurs années parfois. Celles qui ont pu en bénéficier "sont émues, contentes, deux pleuraient tellement elles étaient ravies du résultat", témoigne le chef du service oncologie à Kuindo-Magnin. Ce type de mission, rendue possible grâce à un partenariat entre la clinique et l’Institut, permet également d’effectuer des économies de santé.
Si les trois chirurgiens plasticiens du centre de soins parisien ont pu venir en Nouvelle-Calédonie, c’est grâce à la convention qui lie leur établissement à celui de Nouville. La mission, en projet depuis plusieurs années, a nécessité des mois de préparation pour la clinique, menée par les deux gynécologues obstétriciens Rémi Tetefort et Sophie Perreve.
Résultat, douze patientes ont pu être opérées, "avec à la fois des techniques de microchirurgie et des reconstructions immédiates, c’est-à-dire l’ablation du sein et la reconstruction en même temps", déclare Françoise Rimareix, chirurgienne plasticienne et directrice médicale à Gustave-Roussy. Et Rémi Tetefort d’ajouter : "une a même reçu une chirurgie par fil tenseur, une première en Nouvelle-Calédonie".
Pratiquer autant d’opérations en si peu de temps n’est pas courant. "C’est rare de faire autant de chirurgies lourdes dans un délai aussi court. Le personnel a assuré, tant celui du bloc opératoire que de l’hospitalisation", commente Nicolas Leymarie, chirurgien plasticien à Gustave-Roussy.
L’expérience a profondément marqué les trois médecins métropolitains, qui ont insisté sur l’accueil qui leur a été réservé ainsi que les conditions de travail. "On s’est senti ici comme à la maison, rapporte Françoise Rimareix. Au-delà du traitement médical, il y a eu une émotion à chaque fois, c’est une grande histoire humaine. C’est quand même quelque chose sur le plan émotionnel qui est éprouvant et qui donne du sens à notre métier." C’est également ce qui a profondément marqué sa collègue, Marion Goutard, "la richesse qu’on a ressentie, que ce soit en émotions avec les patientes et au niveau de la bienveillance des équipes. Pour moi, c’était une expérience très enrichissante sur le plan humain et chirurgical."
Ce genre d’action, la clinique souhaite les renouveler, affirme le directeur, Serge Magot. Reste le nerf de la guerre. Le financement. "Nous sortons de quelques années difficiles, et être en capacité de monter ce genre de projet, ça fait chaud au cœur. On espère repartir sur une mission au dernier trimestre, si on arrive à la financer."
En 2019, le Médipôle avait accueilli une mission du même genre dans le cadre de son partenariat avec l’Institut Curie [1].
Le Diep, la technique du lambeau libre, a été retenu pour une partie des reconstructions mammaires effectuées pendant la mission. Elle utilise la microchirurgie. "Le principe est d’utiliser les tissus de la patiente en prenant de la peau et de la graisse du ventre avec une petite artère, une petite veine, avec lesquelles on refait le sein, en allant rebrancher les petits vaisseaux sur ceux de la paroi thoracique", explique Françoise Rimareix. L’opération dure entre quatre et six heures en fonction de la complexité. "Cela recrée des poitrines qui sont très naturelles et assorties à la morphologie de la patiente."
Mais, il ne s’agit pas de la seule technique, développe Nicolas Leymarie. "Dans certains cas, on peut utiliser la graisse de la patiente, qu’on prélève par lipoaspiration et qu’on réinjecte au niveau du sein pour reconstruire, ce qui apporte un volume complémentaire. Cette technique d’autogreffe de graisse, le lipofilling, combinée à une technique de suspension, on met un fil qui va recréer la base mammaire et le pli du sein, permet une reconstruction sans cicatrice", contrairement au Diep qui en laisse une au niveau du ventre.