
Objet de rumeurs depuis plusieurs mois, annoncé il y a dix jours par le président du gouvernement Moetai Brotherson, le "deuxième groupe indépendantiste " de l’assemblée a été officiellement créé mardi 7 avril. A fano tià, présidé par Tematai Le Gayic (ancien député), rassemble les 15 démissionnaires du groupe Tavini.
Ces élus avaient signé, jeudi 2 avril, une lettre dans laquelle ils estimaient que "les conditions d’un engagement collectif serein et cohérent ne sont plus réunies". Le Tavini passe ainsi de 38 à 22 élus sur 57. Pour l’un des dissidents, Allen Salmon, A fano tià est une formation qui oppose son "progressisme" à la "radicalité" de Tony Géros, vice-président du Tavini. Le représentant parle d’une "différence d’approche, une volonté de porter une voie plus inclusive et davantage adaptée au rythme de notre population". Il était donc selon lui temps de "clarifier les choses".
Quinze élus démissionnent du groupe Tavini en raison de désaccords dans les orientations [1]
La "réconciliation" au sein du mouvement indépendantiste, un temps mentionnée, n’a donc pas eu lieu, la rupture est consommée, entre autres sur la question de l’accès à l’indépendance par référendum ou par "déclaration unilatérale".
La question du leadership au sein du futur parti A fano tià n’a pas encore été tranchée, précise Tematai Le Gayic, mais un manifeste a été corédigé avec Moetai Brotherson afin de poser les bases idéologiques du futur mouvement, qui ne devra, quoi qu’il arrive, "pas être incarné par une seule personne".
Le président du Pays devait profiter de la tribune de Tarahoi ce jeudi 9 avril, en ouverture de la session administrative, pour rendre public ce manifeste du futur parti, dont il entend accompagner le lancement dans les prochains mois. A fano tià doit représenter une "alternative" politique aux territoriales de 2028.
Les élus du groupe parlent d’un mouvement souverainiste plutôt qu’indépendantiste, "le terme le plus adapté à la situation", considère Tematai le Gayic. "Nous sommes dans des situations d’interdépendance et de connectivité mondiales. Il n’y a pas de pays qui se gère tout seul. En revanche, il y a des enjeux de souveraineté. La souveraineté politique doit être polynésienne et les différentes souverainetés doivent être partagées avec les différents acteurs de la région ou à l’international." Et de reprendre : "Nous faisons le choix d’un dialogue avec l’État dans le cadre d’une évolution statutaire."
Plutôt qu’une déclaration d’indépendance, A fano tià accepte l’idée d’une politique des "petits pas", avec de potentielles "évolutions statutaires", qui peuvent être négociées avec Paris en attendant des discussions de fond sur l’avenir institutionnel. "Il y a des retards dans l’administration polynésienne liés à la rigidité du statut d’autonomie. Quand on en a parlé au Tavini, on nous a répondu ‘on ne touche pas au statut d’autonomie parce que nous, ce qu’on veut, c’est l’indépendance'. On ne peut pas répondre au quotidien des Polynésiens en ayant cette rigidité".
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/pacifique/polynesie-francaise/politique/quinze-elus-demissionnent-du-groupe-tavini-en-raison-de-desaccords-dans-les-orientations
[2] https://www.lnc.nc/user/password
[3] https://www.lnc.nc/user/register
[4] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements