
Pas de rupture d'approvisionnement à craindre à court terme, mais une facture qui va continuer de grimper. Réunis ce vendredi 10 avril à la Station N, à Nouméa, les représentants du monde économique, l’État, le gouvernement et les opérateurs pétroliers ont fait le point sur la situation énergétique du pays.
Premier message : il n'y a pas de risque de pénurie. "Nous n'avons pas de problème d'approvisionnement, il n'y a absolument pas de pénurie et nous avons de la visibilité jusqu'au mois de juillet", assure le haut-commissaire, Jacques Billant. Une donnée jugée essentielle pour les entreprises, dont les inquiétudes se concentrent davantage sur les coûts.
Côté gouvernement, on dresse le même constat. "On tient jusqu'à juillet, pour le moment, sans problème", confirme Christopher Gygès, membre de l'exécutif en charge de l'économie, qui évoque une "veille permanente" sur les stocks.
Car l'enjeu principal reste celui des prix. "Sur le mois de mai, il y aura forcément une augmentation", prévient Christopher Gygès. Une tendance déjà observée fin mars, avec une hausse marquée à la pompe [1] et la perspective d'une nouvelle augmentation liée au contexte international.
Cette hausse s'explique en grande partie par le mode de calcul au niveau local. En Calédonie, c'est le gouvernement qui fixe administrativement, chaque mois, les prix, à partir des coûts d'importation. Or, il y a un décalage entre le moment où le carburant est acheté et celui où il est mis à disposition sur le Caillou.
"Il faut environ six semaines entre l'achat et la livraison", rappelle Jacques Billant. Concrètement, les produits récemment vendus avaient été achetés avant la crise au Moyen-Orient, ce qui a limité l'impact immédiat sur les prix. Mais à l'inverse, les cargaisons en cours devraient se traduire par une hausse plus sensible dans les semaines à venir.
Les opérateurs dressent un diagnostic similaire. "Il y aura une hausse significative sur le mois de mai", confirme Martin Fessard, directeur général de Total Énergies Marketing Pacifique, qui évoque un ordre de grandeur d'environ 50 francs par litre.
Concernant la disponibilité, en revanche, les opérateurs se veulent rassurants. "On a des contrats à long terme sur 2026, nos fournisseurs nous ont assurés de la disponibilité du produit", explique Martin Fessard. Des contrats "ferme", qui permettent selon lui de sécuriser les volumes malgré les tensions internationales.
D'ailleurs Christopher Gygès le confirme : "Total, Shell et Mobil ont indiqué qu'ils avaient de l'approvisionnement. Le risque, aujourd’hui, il est sur le prix, pas sur la disponibilité."
Face à ces perspectives, les acteurs économiques présent ont surtout exprimé leurs inquiétudes quant à l'impact de la hausse du prix des carburants sur leurs activités. "Leur préoccupation, c'est la gestion de cette augmentation et ses conséquences", résume le haut-commissaire.
Plusieurs pistes sont ainsi à l'étude pour en limiter les effets. Le gouvernement évoque notamment des soutiens ciblés pour certains secteurs, comme l'agriculture et la pêche, ainsi que des mesures sur le coût du fret et les droits de douane.
"On ne va pas vendre du rêve, mais notre but, c'est d'anticiper et de prendre les mesures qu'on peut", insiste Christopher Gygès, qui rappelle le contexte budgétaire tendu.
Mais une inconnue majeure demeure : l'évolution de la situation internationale. "Je ne peux pas vous dire ce que sera la courbe des prix", reconnaît jacques Billant. Une incertitude qui laisse entrevoir, au minimum plusieurs semaines de tensions sur les prix à la pompe pour les Calédoniens.