
Trois ans de réflexion autour de la Néra et ses bassins versants prennent fin. Le projet PERENNE, porté par le WWF en partenariat avec la Chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie et qui bénéficie du financement de l'initiative Kiwa, a permis d'appréhender des techniques spécifiques pour " tester la mise en place d'une solution fondée sur la nature afin de gérer l'érosion en terre agricole et réduire l'apport de terre sur les récifs ", explique Sriani Sadimoen, chargée de mission développement durable à la chambre. C'est la fin de la première étape. Trois nouvelles années de travail s'ouvrent en ce début 2026.
Autour du projet PERENNE s'est créé un fort réseau, liant des associations, des acteurs de la région, des institutions, des établissements scolaires, le RSMA… et, bien sûr, des agriculteurs. PERENNE contient trois volets d'action. Le premier consistait à “Connaître”. " Il a fallu diagnostiquer les ripisylves du bassin versant de la Néra. Comme les connaissances et la littérature étaient peu fournies, le WWF a fait appel à un consortium qui s'en est chargé. Nous avons pu en sortir une caractérisation des ripisylves et établir un inventaire des processus existants pour la restauration des berges, regroupés dans deux livrets techniques. " Avec cette ligne de conduite établie, le volet n°2 a pu se mettre en place : “Réparer”. La chambre a alors lancé un appel à manifestation d'intérêt : neuf agriculteurs se sont positionnés et sept ont pu bénéficier de chantiers de consolidation des berges sur leur propriété. Le troisième volet, porté par le WWF, consiste à “Partager” ces connaissances auprès des plus jeunes.
La CAP-NC, sur le volet “Réparer”, a œuvré avec de nombreux acteurs, à commencer par ses ressortissants. " Il y avait un besoin des agriculteurs autour de la thématique de la gestion des cours d'eau. Nous avons donc accompagné les pépinières partenaires et des agriculteurs, de la naissance des plants jusqu'à la mise en terre ", souligne Sriani Sadimoen. Huit chantiers ont été réalisés : sept chez des agriculteurs et un sur une parcelle de la CAP-NC. Pour mener à bien la plantation de 6 600 plants et reboiser 1,5 hectare, la chambre a travaillé avec des pépiniéristes. " Cela a représenté près de 300 heures de travail. " Deux pépinières sont impliquées : celle de l'association Bwära Tortues Marines et Wa Eretëu à Gohapin, à Poya. " Au-delà de la production des plants, il a fallu accompagner les pépiniéristes, qui ne sont pas des professionnels : acquisition de matériel, soutien administratif, gestion des stocks, questions sanitaires… "
Puis les chantiers ont commencé. Plusieurs techniques de génie écologique ont été testées pour protéger les plantations : fascines en bambou, boudins coco ou encore végétalisation des pieds de berge avec des espèces subaquatiques comme le houx aquatique (Acanthus spinosus).

Une trentaine d'espèces ont été plantées, comme le bourao, le vétiver ou encore le palétuvier à échasses. Le suivi des chantiers a été assuré par l'association Repair, en collaboration avec la CAP-NC, durant une année. Et les résultats sont prometteurs : " nous avons un taux de survie de 88 % des plants ! " se réjouit Sriani Sadimoen. Des points d'amélioration ont été identifiés : lutte contre les espèces envahissantes, nécessité de travailler avec les agriculteurs sur la surface à reboiser pour adapter l'entretien de la parcelle à leurs possibilités, attention particulière au paillage ou encore " accepter que certaines zones ne seront pas entretenues, notamment les pieds de berge". Une solution fondée sur la nature qui semble atteindre ses objectifs. Reste à voir, avec la saison cyclonique et les prochaines inondations, si les 6 600 plants résisteront et protègeront les berges et les récifs.
Le projet PERENNE repart pour trois ans avec un financement, entre autres, de l'Office français de la biodiversité, de la Fondation de France, du fonds PEP (Politique de l'eau partagée) et du WWF. Jusqu'en décembre 2028, les trois volets du projet seront de nouveau mis en place.
La Calédonie agricole est le magazine de la Chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie [1].