
Une nouvelle étape vient d’être franchie dans le (long) processus de transfert de la compétence d’enseignement. Mardi 14 avril, les élus du Congrès ont voté à l’unanimité un projet de délibération pour permettre à la Nouvelle-Calédonie de reprendre la main sur la délivrance des diplômes de professeur des écoles et d’instituteur. Car si la collectivité est officiellement compétente en la matière depuis le 1er janvier 2000, cela faisait 26 ans qu’elle déléguait à l’État, à travers deux conventions, la validation des formations pour les enseignants du premier degré (école maternelle et élémentaire).
Par deux courriers officiels, le vice-recteur a informé le président du gouvernement calédonien que ces conventions seraient rendues caduques à partir de la rentrée de février 2026. Par conséquent, la délibération adoptée ce mardi vise à sécuriser le cadre juridique du parcours de formation des enseignants et à affirmer "la responsabilité pleine et entière de la Nouvelle-Calédonie".
Concrètement, la collectivité va reprendre en main le certificat d’aptitude au professorat des écoles, dont les épreuves et la délivrance étaient jusqu’ici pilotées par le vice-rectorat. Le texte prévoit également la suppression du diplôme professionnel d’instituteur, remplacé par une "attestation de validation d’un niveau de maîtrise suffisant des compétences professionnelles". Celle-ci sera délivrée au terme de l’année de stage que doivent réaliser les futurs instituteurs, en s’assurant qu’ils maîtrisent 19 compétences prédéfinies.
"Je tiens quand même à rassurer les étudiants et leur famille : ça ne change rien à la qualité de la formation proposée, ni à la pratique de l’enseignement en Nouvelle-Calédonie", a souligné Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge de l’enseignement. En réalité, les services, notamment ceux des ressources humaines et de la direction de l’enseignement (Denc), étaient déjà impliqués dans l’organisation des formations et des épreuves. "La réforme n’entraîne pas de modification substantielle des pratiques existantes, le principal changement portant sur la présidence des jurys, désormais assurée par le président du gouvernement en lieu et place du vice-recteur", précise la Denc.
Le texte met toutefois en lumière une réalité : l’absence de reconnaissance, en Métropole, des diplômes délivrés en Nouvelle-Calédonie. C’est le cas de la licence décernée par l’Institut de formation des maîtres (IFM-NC), au terme de trois ans d’études. Or, dans l’Hexagone, seules les personnes disposant d’un niveau Master (cinq ans) sont en mesure d’enseigner. "J’ai demandé une commission supplémentaire afin qu’on travaille sur ce sujet à terme", indique Isabelle Champmoreau.
Les étudiants calédoniens ont toutefois la possibilité de prolonger leurs cursus en intégrant l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (INSPE) de l’Université de la Nouvelle-Calédonie, qui délivre un diplôme de niveau Master. Une démarche de conventionnement doit être entreprise entre le gouvernement et le ministère de l’Éducation nationale pour assurer sa reconnaissance au niveau national, et "garantir aux enseignants formés en Nouvelle-Calédonie une équivalence de qualification avec leurs homologues de Métropole, facilitant leur mobilité sur l’ensemble du territoire national et assurant la continuité de leur parcours professionnel".