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Projet de Step à Tontouta : "On peut l’assimiler au barrage de Yaté"
Anne-Claire Pophillat | Crée le 16.04.2026 à 05h00 | Mis à jour le 16.04.2026 à 05h00

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La Step devrait se situer après le pont de la Tontouta et avant le village de Tomo, sur un terrain de 15 hectares, avec le bassin supérieur dans une ancienne mine à ciel ouvert curée, et le bassin inférieur 700 mètres plus bas dans la plaine. Illustration Enercal
Enercal et le gouvernement ont présenté, mardi 14 avril, le projet de Step, station de transfert d’énergie par pompage, prévu à Tontouta. Un ouvrage estimé à 60 milliards de francs dont la mise en service est prévue en 2032, visant à contribuer à la relance économique, à la transition énergétique, ainsi qu’au soutien de la filière nickel, en proposant un coût du kilowattheure moins élevé aux métallurgistes. Explications.

Stocker l’énergie solaire

La réalisation d’une Step, station de transfert d’énergie par pompage, évoquée depuis plusieurs années, vient de marquer une avancée significative. L’État a acté le financement, dans son budget 2026, de l’avant-projet détaillé, dernière étape avant la construction de cet outil "majeur pour le pays, introduit Jean-Gabriel Faget, directeur d’Enercal, porteur du programme. On peut l’assimiler au barrage de Yaté. C’est structurant pour les générations à venir, pour la sécurité d’approvisionnement en électricité de la Nouvelle-Calédonie." Et, ajoute Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de la politique énergétique, c’est "indispensable à la poursuite de la transition énergétique".

Si cet ouvrage est important, c’est parce qu’il va permettre de stocker la partie de l’énergie photovoltaïque produite par les panneaux solaires qui n’est pas utilisée, et donc perdue. En outre, cette surproduction coûte de l’argent. Si une partie de cet excédent est vendue à la SLN, l’autre, qui n’est ni consommée ni stockée, est tout de même "rémunérée aux producteurs et donc intégré aux coûts de l’électricité", indique Enercal. En 2025, cela a représenté 596 millions de francs. Dans un premier temps, c’est une batterie de stockage, prévue pour être opérationnelle en août 2027 [1], qui est en cours d’aménagement à Boulouparis [1]. Suivra donc la Step à Tontouta.


Jean-Gabriel Faget, directeur d’Enercal, et Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de la politique énergétique, lors de la présentation du projet de station de transfert d’énergie par pompage, mardi 14 avril, à la station N. Photo Anne-Claire Pophillat

60 milliards de francs

Les chiffres évoqués restent "à ce stade" des estimations, qui seront affinées avec l’avancée du projet. L’édifice représente un coût de 60 milliards de francs, sa future exploitation environ 500 millions par an, et un ouvrage secondaire, à savoir un poste source, dont la valeur avoisine les 2 milliards de francs, doit être installé.

Le principal enjeu concerne désormais le financement de l’opération. Des discussions sont en cours depuis plusieurs années avec l’État sur le sujet. La Caisse des dépôts, qui pourrait octroyer un emprunt, "manifeste son intérêt", indique Jean-Gabriel Faget. Il y a également la défiscalisation nationale, précise Christopher Gygès. "C’est 25 à 30 % du montant total, qui est pris en charge par ce mécanisme d’aide à l’investissement." Le membre du gouvernement mentionne par ailleurs de possibles soutiens européens, via un prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI), mais aussi de potentielles subventions. "Ce projet correspond au programme européen "Global Gateway" [2], qui appuie, entre autres, la transition énergétique."

Mise en service prévue en 2032

Pour l’instant, l’État a inscrit 700 millions de francs à son budget 2026, afin de réaliser l’avant-projet détaillé (ADP), compris dans son plan de relance [3]. "Le fait de lancer l’appel à manifestation d’intérêt, qui marque le coup d’envoi des consultations d’entreprises, est une étape très importante pour nous et donne de la visibilité aux sociétés calédoniennes", affirme Christopher Gygès, lors de la conférence de presse de présentation mardi 14 avril. Les deux années à venir seront donc consacrées aux études de conception-réalisation, ainsi qu’à la recherche de financeurs. Si l’enveloppe est bouclée, le feu vert pour le démarrage des travaux de construction pourrait être donné mi-2027. Le chantier devrait s’étaler sur quatre ans, de 2028 à 2032, date envisagée de la mise en service.

Stabilité du réseau

Outre l’augmentation de la part d’énergies renouvelables – et par conséquent de réduction des émissions de gaz à effet de serre –, la Step permettra de participer à la stabilité du réseau et de son coût, ainsi qu’à la sécurisation de l’alimentation électrique du pays, en rendant la Nouvelle-Calédonie moins dépendante aux énergies fossiles et aux ressources extérieures, assure Jean-Gabriel Faget. "Dans le contexte actuel, on imagine toute la portée que ça peut avoir d’être moins vulnérable aux variations brutales de cours internationaux de ce type de combustibles. L’ambition est d’arriver à une électricité dont on connaît le prix demain, dans un an, dans dix ans. C’est la seule façon d’établir des activités industrielles pérennes."

Au cœur du plan nickel

La question du coût de l’énergie est cruciale pour la métallurgie, c’est l’une des principales préoccupations des potentiels repreneurs, déclare Christopher Gygès. "C’est ce qu’ils nous demandent d’abord, est-ce que l’énergie va être décarbonée, à quel coût serez-vous en capacité de nous la proposer ?" Avec la Step, avance le membre du gouvernement, l’objectif est de diviser la facture énergétique par deux et de mettre à disposition un kilowattheure à 8 francs environ. "C’est le seul moyen, à terme, de faire baisser le prix pour les opérateurs et d’offrir un prix le plus compétitif possible pour sauver le nickel." La station de transfert d’énergie par pompage constitue ainsi "un élément central du plan nickel" censé être livré mi-2026, à la fois outil de transition énergétique pour le secteur et de soutenabilité de la filière. L’électricité produite alimentera également la distribution publique.

Relance économique

La Step contribue aussi à la relance économique du pays, insiste Christopher Gygès. 36 % des 60 milliards doivent être dépensés au bénéfice des entreprises calédoniennes, qui vont intervenir sur les réservoirs, la conduite forcée (lire ci-dessous), le génie civil et le second œuvre. Soit 22 milliards de francs en quatre ans. Entre 130 à 150 emplois devraient être mobilisés sur le chantier et, à terme, quinze emplois seront nécessaires pour l’exploitation de l’ouvrage.

En chiffres


Depuis 2016, l’équivalent de la surface de 150 terrains de football de panneaux solaires a été installé en Nouvelle-Calédonie. Photo Archives LNC / Anthony Tejero
  • En Nouvelle-Calédonie, 60 % de l’électricité totale consommée reste produite à partir de combustibles fossiles importés. Un chiffre dû à l’activité métallurgique, car avec le solaire, l’éolien et l’hydraulique, les deux tiers de l’électricité consommée par les Calédoniens sont d’origine renouvelable. L’idée est de parvenir au même ratio, à savoir deux tiers de renouvelable et un tiers de fossile, dans l’industrie de transformation du nickel.
  • La future Step de Tontouta représente : 900 mégawatts/heure de capacité de stockage = 300 gigawatts/heure par an = six fois la capacité de stockage de la future batterie de Boulouparis = 35 % de la consommation annuelle des Calédoniens (hors métallurgie) = un quart de la consommation électrique annuelle de la SLN.
  • La Step, c’est, notamment, 2,4 km de conduite forcée entre les deux bassins supérieur et inférieur, et 550 000 m3 de volume d’eau utile.
  • La station de transfert d’énergie par pompage doit éviter l'émission de 225 000 tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de ce que rejettent100 000 voitures et la station permettra également d’éviter la consommation de 65 000 tonnes de fuel par an.

Comment ça marche ?


Le fonctionnement de la Step de Tontouta. Illustration Enercal

→ Le rôle d’une station de transfert d’énergie par pompage est de stocker l’énergie solaire produite dans la journée et non utilisée, afin de s’en servir à d’autres moments en fonction des besoins. Concrètement, une Step, dont la durée de vie dépasse les 60 ans, se compose de deux bassins artificiels situés à des altitudes différentes et reliés par une conduite. Le principe est simple : en journée, l’excédent de production solaire est utilisé pour pomper l’eau du bassin inférieur vers le bassin supérieur. Au moment des pics de consommation d’électricité ou quand il n’y a plus de soleil, l’eau, renvoyée vers le bassin inférieur, actionne des turbines couplées à des alternateurs, qui produisent de l’électricité renouvelable ensuite injectée dans le réseau public ou dirigée vers les métallurgistes.

→ Le terrain retenu, de 15 hectares, après le pont de la Tontouta, à proximité du village de Tomo, est celui qui présente les meilleures caractéristiques, estime Enercal. La topographie des lieux, avec 700 m de dénivelé entre les deux bassins, "garantit la performance de l’objet", précise Jean-Gabriel Faget.

Autre avantage : le bassin supérieur se situera dans une ancienne mine de nickel à ciel ouvert purgée. "On va pouvoir profiter des installations déjà existantes et notamment des pistes, il n’y aura donc pas d’impact sur l’environnement à ce stade." Un point que Christopher Gygès souligne. "Ce projet a un côté symbolique. Il est prévu sur une ancienne mine désaffectée qui va servir à la transition énergétique du secteur nickel."

Le site comprend également une partie de plaine ensoleillée, "avec du foncier disponible pour développer d’autres projets de fermes photovoltaïques", est localisé à proximité des zones de consommation d’électricité (le Grand Nouméa), mais aussi d’une ligne haute tension pour transporter l’énergie, et d’une rivière, ce qui va permettre le remplissage initial du bassin inférieur. Enfin, le lieu dispose d’un "potentiel de croissance", note Jean-Gabriel Faget, avec la possibilité de disposer un autre bassin.

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