
C’est en septembre 2019 que les rhinocéros (Oryctes), ravageur des cocotiers et des palmiers, ont été découverts à l’aéroport de La Tontouta. Malgré la mise en place rapide d’un plan de surveillance, de mesures de biosécurité et une campagne de piégeage par phéromones organisée par le Sivap et de sensibilisation auprès des particuliers pour les éradiquer et empêcher leur propagation, Oryctes est désormais présent en province Sud, depuis peu, à Lifou [1], et, encore plus récemment, à Thio également, [2] avec trois spécimens détectés. Afin de protéger l’environnement et la biodiversité locale contre l’insecte ravageur, Lise Leroy et Christian Mille, chercheurs à l’IAC, Institut agronomique néo-calédonien, mènent des projets de lutte biologique, dont les premiers résultats ont été publiés fin 2025.
L’IAC a signé une convention avec la province Sud pour travailler sur les champignons entomopathogènes (un champignon parasite d’insectes pouvant entraîner la mort, NDLR) afin de contaminer Oryctes et l’éliminer, ou au moins l’affaiblir. Le contrôle biologique consiste à introduire artificiellement des ennemis naturels de cet insecte très prolifique pour limiter sa propagation. Pour approfondir leur étude, les chercheurs ont donc collecté en 2025 plus de 1 000 spécimens à différents stades de développement dans des zones de compost et à l’aide de pièges à phéromones, grâce à la participation du Sivap, de la CAP-NC, des agents provinciaux et des particuliers.

L’objectif de l’Institut est de déterminer la souche du champignon qui impactera le plus l’insecte, à travers des tests sur des larves et des adultes dans différents substrats, et notamment sur du compost ou les déchets verts où il pond ses œufs. La recherche porte sur plusieurs champignons du sol présents en Nouvelle-Calédonie, le Metarhizium anisopliae var. majus, agent pathogène utilisé comme biopesticide, et le champignon Beauveria Bassiana. Si les premiers résultats sont prometteurs, mettre en place une phéromone adaptée aux spécificités de l’insecte peut être très long.
Parallèlement, l’IAC conduit un autre projet sur l’utilisation de nudivirus, financé par le Fonds Pacifique. Il s’agit de souches du virus spécifique ORnV qui infecte les scarabées. Pour éviter de toucher d’autres espèces, l’Institut collabore avec des chercheurs néo-zélandais qui ont déjà pratiqué l’infestation par nudivirus : des prélèvements de tissu interne réalisés par l’IAC y sont en cours d’analyse (ADN et histologie). Des spécimens vivants d’Oryctes seront aussi envoyés en Nouvelle-Zélande en 2026. Des tests sont à l’essai pour étudier comment l’insecte réagit au virus.
Ces différentes approches – piège à phéromones, champignons entomopathogènes et infestation par nudivirus – sont complémentaires pour éviter une trop forte progression de l’insecte sur le territoire. Cette année, l’IAC doit concentrer ses efforts de lutte sur les larves et adultes du scarabée rhinocéros, afin d’optimiser les stratégies de contrôle et de gestion intégrée, en ciblant plus particulièrement les stades les plus vulnérables.
La Calédonie agricole est le magazine de la Chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie [3].
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/environnement/la-diffusion-du-rhinoceros-inquiete-a-lifou
[2] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/environnement/le-scarabee-rhinoceros-a-ete-detecte-a-thio
[3] https://www.cap-nc.nc/fr/
[4] https://www.lnc.nc/user/password
[5] https://www.lnc.nc/user/register
[6] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements