
Le sport a toujours été présent dans la vie de Jérôme Troyat. Pas vraiment volontairement. C’est plutôt le sport qui est venu à lui. "Enfant, je gagnais tout, le 100 m, le cross… J’étais une bête de concours. J’ai une génétique extraordinaire. Ma mère a 100 ans et elle court partout !", sourit ce sexagénaire jovial. Il ne se vante pas. Il constate. Alors rien d’étonnant que lorsqu’il s’engage dans l’athlétisme, et plus précisément dans le pentathlon et le décathlon à 62 ans, dans la catégorie Master, il ne tarde pas à rafler les titres.

En septembre 2022, à Chalon-sur-Saône, il devient vice-champion de France de décathlon, puis il enchaîne les participations aux championnats d’Europe, d’Océanie et de France, jusqu’au plus récent, le 9 mars, où il remporte la médaille d’or au championnat d’Australie de pentathlon. "Si je peux embêter les Poken, je vais continuer à le faire !", sourit le sportif. Si, en quatre ans, Jérôme Troyat arrive à participer à autant de championnats, à être président de plusieurs associations, à s’entraîner, à gagner des médailles, à quoi a bien pu ressembler sa vie pendant les 60 premières années ? Eh bien, elle est fidèle à son palmarès actuel. Bien remplie.
Le jeune Breton très sportif participe à plusieurs concours avant ses quinze ans. Il rencontre aussi celle qui deviendra son épouse, Mireille, à 13 ans. Ils se marieront bien plus tard, alors que la date de leur union est reportée quatre fois. À 15 ans, Jérôme Troyat, bon élève, entre dans la marine, à l’école des mousses, "avec le pompon sur la tête". Il s’engage alors pour 16 années dans l’armée. Il devient fusilier marin, commando marine, puis nageur de combat. "Je fais la guerre tout le temps", lance Jérôme Troyat. Cette unité d’élite est spécialisée dans les actions de terrain ultrasecrètes, de lutte contre le terrorisme ou de libération d’otages.
Le jeune militaire a-t-il participé à poser une bombe sur la frégate de Kadhafi ? Jérôme Troyat ne dira rien. D’ailleurs, même son épouse ne sait rien de ces 16 ans d’armée. L’unité des nageurs de combat intervient tant en mer, que dans les airs ou sur terre. Le jeune homme à l’excellente constitution est donc particulièrement dans son élément.
Il devient "moniteur de sport puis d’escalade à l’école de montagne de Chamonix, chuteur opérationnel, moniteur parachutiste, chef largueur, moniteur de glace, j’ai tous les diplômes de plongée, et durant trois ans je suis maître de cours des nageurs de combat". Durant ces années, il se marie à Mireille, et la famille s’agrandit de deux filles. "Ma première fille, j’ai assisté à sa naissance, puis je ne l’ai pas vue durant sept mois."
Quand l’heure de la retraite sonne, la famille investit dans un bateau, "une grande goélette de 1888 en bois, une Baltic trader de 26 mètres que j’ai achetée devant la statue de la Liberté", et part naviguer durant deux ans. Le papa se rattrape de ses longues absences. "J’ai appris à mes filles à lire, à plonger en bouteille…" En 1994, après un voyage de reconnaissance sur le Caillou, la famille s’installe en Nouvelle-Calédonie. L’île est le terrain de jeu parfait pour ce couple aventurier et sportif qui aime particulièrement la nature. Mireille est kinésithérapeute, Jérôme directeur de la sécurité du Méridien. Mais le métier qu’il veut vraiment pratiquer, c’est syndic de copropriété. "Je reprends mes études en cours du soir en droit, puis je crée ma boîte de syndic [1]."

À côté de sa vie professionnelle, il décide de monter des écoles privées pour ses filles et ouvre Arts Sports Études et Kindy School. Il prend des cours de théâtre avec Isabelle De Haas, le couple continue de naviguer, Jérôme devient l’effigie d’un casino, intègre une troupe de danse contemporaine et une autre de théâtre [2], élève des autruches et des émeus à Tontouta, "ceux du parc Forestier sont leurs descendants", plante du café, participe à des jeux télévisés, "je suis resté invaincu durant un an à l’émission Midi moi tout avec Gérard Perrier", et tant d’autres [3] encore [4]… En 2021, le temps de sa seconde retraite est arrivé. "Je me suis dit : je fais la route des vins ou la route des stades ?"
Évidemment, il choisit les stades. "Je me suis demandé ce que je valais 45 ans après aux 400 mètres et je découvre qu’il y a des championnats en catégorie Masters. Si j’ai encore le niveau, pourquoi pas ?" Jérôme Troyat intègre l’association Track NC, alors fraîchement créée et qui compte aujourd’hui près de 600 licenciés. "Nous avons cette volonté de développer l’athlétisme. Notre leitmotiv : "S’entraîner sérieusement sans se prendre au sérieux." Il y a une ambiance du tonnerre." L’association réunit toutes les générations : enfants, parents, grands-parents. Beaucoup viennent pour courir. "Certains viennent chercher la remise en forme en plein air, d’autres veulent s’entraîner pour briller."


Alors que Jérôme Troyat jongle entre course à pied et football, essentiellement pour le loisir, il rencontre Frédéric Durand. "Il pratique seul le décathlon. Il cherche un camarade. Je découvre la perche pour la première fois. J’apprends, je progresse toujours. À mon âge, je n’avais pas du tout de technique, mais j’ai la fougue, alors en m’entraînant, je saute plus haut, je lance plus loin." Jérôme Troyat envisage de participer en août au championnat du monde de décathlon à Daegu, en Corée du Sud, et espère "embarquer dans son sillage de nouveaux jeunes".
Depuis un an, le sportif préside également la ligue d’athlétisme, qui compte près de 1 000 adhérents. "L’athlétisme calédonien a de beaux jours devant lui. Nous sommes fédérés pour le développer, donc, nécessairement, des champions vont en sortir, des carrières vont se créer."

Links
[1] https://www.lnc.nc/article/consommation/le-cout-de-la-vie-augmente-pour-les-proprietaires-aussi
[2] https://www.lnc.nc/article/economie/theatre-passage-a-vide-fait-le-plein
[3] https://www.lnc.nc/article/grand-noumea/paita/un-centre-d-entrainement-consacre-aux-trotteurs
[4] https://www.lnc.nc/article/pays/42-kilometres-a-la-godille
[5] https://www.lnc.nc/user/password
[6] https://www.lnc.nc/user/register
[7] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements